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Comme nous l’avons déjà souligné, il arrive à France culture d’oublier sa mission de propagande sectaire. Ce sont les rares fois où son slogan orwellien « France culture, l’esprit d’ouverture » se justifie.
L’émission « À voix nue » peut l’illustrer selon les invités et les producteurs des rencontres. Parmi les dernières, on peut noter celles consacrées à Jean-Pierre Chevènement, très satisfait de son parcours, le dialogue entre deux figures totalement complices de l’oligarchie Jean Daniel et Jean d’Ormesson, etc.
À partir de ce soir 20 heures et jusqu’à vendredi même heure, Isabelle Lasserre invite Hubert Védrine, un esprit libre et lucide sur la réalité française et géopolitique, à se raconter dans cette émission.
Le premier entretien est titré : « L’ombre de François Mitterrand. »
Il est ainsi présenté : « né dans la creuse en 1947 et depuis sa plus tendre enfance il a vécu dans l’ombre protectrice de François Mitterrand, qui deviendra son mentor, son parrain, puis l’homme qu’il admirera le plus, qui exercera sur lui une réelle fascination pendant toute sa carrière et auquel il restera toujours attaché… Ce lien avec l’ancien président de la République est un héritage de son père, Jean Védrine. Les deux hommes, qui ont eu un » coup de foudre amical », ont vécu la même histoire : ils ont été fonctionnaires de Vichy avant d’entrer en résistance, prisonniers des Allemands en 1940. Un parcours somme toute assez classique au début de la guerre pour Hubert Védrine, qui a toujours été fier de son père.

Indépendant, rétif aux modes et aux influences, Hubert Védrine s’ennuie à Sciences Pô. Il entre à l’ENA en traînant des pieds et de justesse (dernier au concours) et malgré une promotion « assez fun », considère qu’il « n’y apprend pas grand-chose ». À l’époque, il se sent plutôt aventurier. Il rêve de voyages et d’ailleurs et observe 68 avec une « distanciation ironique sympathique ». Il est inspiré par Jean Lacouture, qui dîne souvent chez ses parents et par Albert Camus, dont il connait par cœur des dizaines de pages. Il s’imagine un temps journaliste, fait un stage au Monde, mais finit par être aspiré dans la haute administration par François Mitterrand, fréquent visiteur de la maison familiale, qui le prend sous son aile et l’envoie dans la Nièvre en 1978, pour être suppléant du député maire de Nevers Daniel Benoist. Mais ce genre de politique n’est pas sa tasse de thé. Il trouve sa voie trois ans plus tard, en 1981, quand François Mitterrand, tout juste élu, l’appelle à l’Élysée. »
Comme on le lit, on est loin des présentations simplistes de cette époque très complexe, où un Français pouvait être à la fois fonctionnaire de Vichy et patriote refusant l’occupation allemande ou communiste obéissant aux instructions de Moscou pour, suite au pacte germano-soviétique, appeler à fraterniser avec les Allemands tout en sabotant l’action de Vichy.
Suivront mardi : « la passion de la diplomatie, les années Mitterrand », mercredi : « Bosnie, Rwanda : les polémiques françaises », jeudi : ministre de la cohabitation », vendredi : « l’homme qui parle à l’oreille des présidents ».
Thierry Monvoisin
Photo : DR
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