Dominique Lormier : « Les principaux officiers allemands attestent d’une résistance courageuse et souvent acharnée des troupes françaises en mai-juin 1940 » [Interview]

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Dans quelques semaines, deux ouvrages de l’historien Dominique Lormier sortiront coup sur coup, traitant de l’année 1940 durant la Seconde guerre mondiale, et particulièrement de la défaite française de 1940. Mai-Juin 1940 : les causes de la défaite (éditions Aliso) et Les Vérités cachées de la défaite 1940 (éditions Le Rocher), deux ouvrages complémentaires qui bousculent les idées reçues sur la défaite française de 1940, et qui redonne quelques lettres de noblesse à l’armée française notamment.

Mai-Juin 1940 : les causes de la défaite (éditions Aliso)

La défaite de 1940 a ébranlé la France entière ainsi que la communauté internationale. Une des plus grandes puissances du monde, une armée de près de cinq millions d’hommes était vaincue en quelques semaines. Les responsables n’ont jamais été présentés en détail ; le sujet est resté tabou en France. La plupart du temps les chefs militaires ont été accusés et ces derniers ont cherché à se couvrir en trouvant des boucs émissaires parmi les cadres subalternes et certaines personnalités politiques… La victoire de 1945 a quasiment clos le débat. Pour la première fois, cet ouvrage présente les raisons et déchiffre les responsabilités, aussi bien sur le plan militaire, que politique, diplomatique et intellectuel…

Les Vérités cachées de la défaite 1940 (éditions Le Rocher)

Depuis des décennies, la défaite française de 1940 hante toujours la mémoire collective comme un épisode honteux de l’histoire nationale, durant lequel l’armée française se serait effondrée en quelques jours, contre des troupes allemandes surpuissantes et invincibles.

Réalité des forces en présence, erreurs du commandement, résistance militaire héroïque, exploits méconnus, sacrifices oubliés, récits de civils pendant l’exode ou sous les bombardements…

Dominique Lormier, comme il l’a fait dans Les Vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale, a mené une enquête minutieuse. Son livre passionnant, reposant sur des documents et des témoignages inédits, et sur les archives militaires françaises et allemandes, revient sur les véritables raisons de la défaite de 1940 et révèle beaucoup de non-dits sur cette période houleuse qui reste encore à découvrir.

Pour évoquer ces deux ouvrages, nous avons interrogé son auteur.

Breizh-info.com : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Dominique Lormier : Je suis un historien libre et indépendant, vivant de ma plume depuis plus de 30 ans, auteur de plus de 140 ouvrages, principalement sur l’histoire militaire, dont en priorité la Seconde Guerre mondiale. Je me suis notamment spécialisé sur la défaite de 1940, en déboulant de nombreux mythes à ce sujet, comme celui d’une victoire facile de l’Allemagne et d’une déroute française liée à la lâcheté de ses soldats. Les chiffres démontrent le contraire. Il convient d’avoir toujours un regard panoramique d’un événement de cette importance pour éviter les clichés réducteurs.

Breizh-info.com : Qu’entendez-vous par là ?

Dominique Lormier :  L’importance des pertes militaires témoignent que la campagne du 10 mai au 25 juin 1940 n’est pas une défaite honteuse pour la France, avec 183 000 soldats français hors de combat (60 000 tués et 123 000 blessés), 170 224 soldats allemands hors de combat (49 000 tués et 121 224 blessés), sans oublier 1 900 chars français et 753 chars allemands détruits, 1 247 avions français et 1 428 avions allemands détruits. En seulement 45 jours de combat, l’armée allemande a donc perdu environ 30 % de ses chars et 50 % de son aviation. Il ne s’agit en rien d’une simple promenade militaire pour la Wehrmacht. En plus des 753 chars allemands détruits, environ 300 autres sont sérieusement endommagés : soit 1 053 panzers détruits ou sérieusement endommagés sur 2 683 présents au début des opérations.

La résistance acharnée de l’armée française sauve de la capture 403 517 soldats britanniques sur les 450 000 présents en France en mai-juin 1940, car l’évacuation de Dunkerque n’est pas l’unique opération de ce type durant cette période, plusieurs ports français permettent d’autres rembarquements, avec le sacrifice en couverture de nombreux régiments français. Ainsi, la Grande-Bretagne sauve la plus grande partie de son armée présente en France, permettant de sanctuariser son propre territoire dans l’immédiat, malgré la perte de 3 457 soldats britanniques tués et 43 026 prisonniers en mai-juin 1940. Les 403 517 soldats sauvés de la capture représentent l’essentiel de l’armée britannique en juillet 1940, comme tient à le rappeler le général anglais Brooks, chef d’état-major.

Après la perte de 1 428 avions en mai-juin 1940, la Luftwaffe n’est pas en mesure de mettre à genoux l’aviation britannique qui parvient à mettre en ligne 1 396 appareils le 10 août 1940, dont 1 095 chasseurs, contre 3 031 avions allemands, dont seulement 1 223 chasseurs. En mai-juin 1940, l’armée de l’air française a donc joué un rôle important dans l’échec allemand de la bataille d’Angleterre en juillet-octobre 1940, comme le souligne le général allemand Adolf Galland, un des as de la Luftwaffe. Il est d’ailleurs significatif de remarquer qu’en 45 jours de combat en mai-juin 1940, la Luftwaffe perd 1 428 avions contre 1 616 durant les 123 jours de la bataille d’Angleterre en juillet-octobre 1940, sans oublier 2 668 aviateurs allemands tués en mai-juin 1940 contre 2 662 lors de la bataille d’Angleterre (chasseurs, bombardiers et reconnaissance).

Le sacrifice de l’armée française en mai-juin 1940 permet donc à la Grande-Bretagne de poursuivre la guerre, comme l’a reconnu Winston Churchill en personne. De la défaite de 1940, on ne retient que les 1 500 000 prisonniers militaires français, en oubliant de souligner que plus de 80 % sont capturés par la Wehrmacht entre le 18 et le 25 juin 1940, suite au message catastrophique du 17 juin, à la radio, du maréchal Pétain appelant à la cessation des combats, alors qu’ils vont en réalité se poursuivre pendant encore 8 jours. Durant cette dernière semaine, 965 000 soldats français poursuivent cependant le combat, malgré la défection d’une partie de l’autorité militaire et politique.

Bien que luttant à un contre trois sur le plan aérien, avec un commandement en grande partie dépassé par les événements, un plan militaire initial faisant le jeux de l’adversaire, avec 75 % de ses chars armés d’un canon inefficace contre 75 % des panzers, une DCA inexistante, des transmissions défaillantes, l’armée française a cependant causé de lourdes pertes à la Wehrmacht, en lui mettant hors de combat 30 % de ses blindés et environ 50 % ses avions. Le bouclier français a joué un rôle essentiel dans le rétablissement britannique et la poursuite de la guerre contre Hitler.

La défaite militaire française de 1940 n’est donc pas une défaite honteuse. Elle doit être évaluée sous un angle panoramique et stratégique, en évitant les clichés réducteurs. Il est vrai que la rapidité de cette défaite en six semaines a pu laissé croire que l’armée française s’était débandée. Or la guerre-éclair du commandement allemand repose justement sur la défaite rapide de l’adversaire, avec l’action conjuguée des panzerdivisions et de l’aviation. De plus, les erreurs tactiques et stratégiques du commandement français ont facilité le succès de la Wehrmacht, sans remettre en cause le courage du soldat français sur le terrain.

Bien qu’informé par son service de renseignement que la principale offensive allemande se déroulera dans les Ardennes, le général Gamelin refuse de prendre au sérieux cette information capitale et s’entête à croire que la bataille décisive doit se dérouler au nord de la Belgique. Il y engage ses meilleures unités dans un piège tendu par Hitler, disperse ses divisions de réserve au lieu de les conserver lors d’une possible contre-offensive sur les flancs de l’adversaire, laisse le front de la Meuse sous la défense de divisions sous-équipées, luttant à un contre cinq. Il est le principal responsable de la défaite militaire de 1940. Mais il n’est pas le seul, les principaux politiques français refusent de voir à temps le danger du réarmement allemand, suivent la calamiteuse politique britannique d’apaisement avec Hitler de 1933 à 1938, en refusant d’intervenir militairement contre l’occupation allemande de la Rhénanie en mars 1936, alors que l’armée française dispose encore à ce moment-là de la supériorité sur le terrain, qu’elle va perdre par la suite.

La défaite de 1940 est avant tout celle d’une partie des élites militaires et politiques franco-britanniques, médiocres et incompétentes, refusant de voir à temps le danger du nazisme, préparant par la suite des plans délirants, faisant sans le savoir le jeux de la Wehrmacht.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous justement a amené à écrire ces deux ouvrages sur 1940 ?

Dominique Lormier : Le premier ouvrage, devant paraître le 27 mai 2020, Mai-Juin 1940 : les causes de la défaite (éditions Alisio), porte principalement sur les raisons profondes de ce drame national, remontant à 1918 et à la période de l’entre-deux-guerres. J’analyse les causes politiques, diplomatiques, militaires et autres ayant causé cette défaite. On découvre de nombreux faits méconnus et inédits.

Le second ouvrage, devant paraître le 20 mai 2020, Les Vérités cachées de la défaite 1940 (éditions Le Rocher), complémentaire avec le premier sans lui faire concurrence, porte davantage sur le déroulement de cette campagne, à travers de nombreux témoignages méconnus et des archives souvent inédites. On découvre de nombreux combats acharnés, témoignant de la résistance courageuse des troupes françaises, des récits de la débâcle des civils sous les bombes allemandes, etc…

J’ai donc écrit ces deux ouvrages pour mettre fin aux nombreux mythes et clichés portant sur cette période controversée. Je me suis basé sur des archives et des témoignages des deux camps opposés.

Breizh-info.com : N’est-ce pas une forme de tradition française que de se voir trop beau, y compris lorsque de n’est pas le cas ?

Dominique Lormier : Durant les années d’après guerre et jusqu’à la fin des années 1950, l’historiographie française de la Seconde Guerre mondiale s’est surtout portée sur la Résistance, la France libre et la Libération, afin de faire oublier la défaite de 1940 et le régime de Vichy. Le masochisme national des années 1970-1990 s’est limité à la collaboration, passant ainsi d’un extrême à l’autre, alors que l’histoire de cette période doit être étudiée dans sa globalité. Depuis quelques années, certains historiens et auteurs français corrigent à juste titre l’image caricaturale que l’on a généralement de la défaite de 1940, longtemps restée un secret de « famille honteux », un tabou limité à quelques clichés moqueurs et réducteurs. A travers mes deux ouvrages cités, on découvre la réalité complexe de cette période, en évitant les jugements sommaires, l’anachronisme réducteur, le sectarisme idéologique.

Trop souvent, la défaite française de 1940 est présentée comme une « promenade de santé » de la Wehrmacht, marquée par la prétendue débandade des troupes françaises dans les Ardennes et ailleurs, la facile chevauchée des panzerdivisions vers la Manche, le rembarquement des troupes britanniques à Dunkerque mettant en valeur uniquement la Royal Navy et la Royal Air Force, puis l’occupation allemande de Paris et d’une large partie du territoire national, avec son long cortège de nombreux prisonniers militaires français, vaincus et débraillés.

Dans le film anglais Les heures sombres (2017) de Joe Wright, à la gloire de Churchill, on nous explique que le corps expéditionnaire britannique a été en grande partie sauvé grâce au sacrifice de 48 chars anglais à Calais ! Le film Dunkerque (2017) de Christopher Nolan est de la même imposture historique, avec l’omniprésence des soldats britanniques, sans oublier les navires et les avions anglais, et les troupes françaises réduites à une barricade au début et à quelques fuyards par la suite : une véritable honte ! A aucun moment, il n’est fait mention dans ces deux films de la résistance acharnée des troupes françaises, ayant couvert le rembarquement de l’armée britannique.

L’historiographie abonde en clichés au sujet de la prétendue « déroute » de l’armée française en 1940  : « Débandade générale », « défaite historique », « catastrophe sans précédent », « sévère déculottée », « décomposition de toute l’armée », « défaitisme et couardise du soldat français », « troupeau de fuyards apeurés », « sauve qui peut général », « promenade militaire de la Wehrmacht »… William Langer souligne « qu’en moins de six semaines, l’une des principales puissances du monde disparut de la scène internationale ».  Henri Amouroux écrit que dès « les premiers coups frappés, l’armée française n’est plus qu’un grand corps brisé, tronçonné, qui réagit par soubresauts ». Les auteurs anglo-américains se sont spécialisés dans une approche réductionniste, dont l’historien Robert Paxton, qui s’interroge sur la « funeste panique » de l’armée française. Sir Basil Liddell Hart ironise sur « l’effondrement rapide de la première armée du monde » et s’attarde longuement sur le sauvetage héroïque de l’armée britannique à Dunkerque. Un livre entier ne suffirait pas à relever les citations frappant d’infamie l’armée française de 1940 depuis des décennies. Les manuels scolaires, même les plus récents, ne sont pas plus objectifs : la résistance, les combats et le sacrifice de l’armée passent aux oubliettes, la débâcle et l’armistice occupent l’essentiel de la période de mai-juin 1940.

A en croire les principaux ouvrages publiés sur la Seconde Guerre mondiale, l’armée française se serait effondrée en quelques jours, la Wehrmacht n’aurait rencontré qu’une très faible résistance, l’armée britannique rembarquant ensuite à Dunkerque et les Allemands entrant dans Paris peu après. Les pertes allemandes seraient extrêmement faibles. En bref, l’armée française aurait rapidement capitulé sans avoir réellement combattu.

Lors de la crise irakienne de 2003, les médias et les politiques américains, comme Donald Rumsfeld, ont fustigé l’attitude pacifique de la France, en mettant en avant « la lâcheté historique des paniquards de 1940 ». La légende a la vie dure… Les blagues de l’administration américaine ne font pas non plus dans la dentelle : « Savez-vous pourquoi l’Allemagne a mis trois jours pour envahir la France ? Parce qu’il y avait du brouillard », ou plus féroce encore : « Quelle est la principale compétence d’un officier qui sort de Saint-Cyr ? Savoir dire je me rends en au moins dix-sept langues. »

Allant à l’encontre de ces mythes, il est révélateur de constater que les témoignages des principaux officiers allemands attestent d’une résistance courageuse et souvent acharnée des troupes françaises en mai-juin 1940. Dans un rapport du 20 novembre 1940, portant sur les enseignements de la campagne de mai-juin 1940, le général Erwin Rommel, commandant de la célèbre 7e panzerdivision, écrit : « Sur les flancs de la Meuse, dans les fortifications de campagne et dans les maisons fortifiées, les soldats français ont combattu avec une extraordinaire habileté et opiniâtrement, et ils ont causé des pertes élevées à nos troupes. Les attaques de chars français et d’infanterie sur la rive ouest de la Meuse n’ont été repoussées qu’avec peine. Au sud de la Somme, les troupes françaises ont combattu avec un acharnement extraordinaire. Les unités antichars et les équipages de chars français se sont partout battus avec courage et ont causé des pertes élevées à nos troupes. »

Le colonel Wagner, commandant du 79e régiment allemand d’infanterie, écrit dans son carnet de guerre, suite à la bataille de Stonne en mai 1940 : « La défense acharnée de l’armée française est à signaler. Cette défense était offensive, et s’accompagnait de furibondes contre-attaques avec des chars. Les positions étaient bien camouflées, établies en profondeur et très difficiles à reconnaître. La troupe française avait l’expérience des combats en forêt. L’artillerie française se signala par son feu rapide et bien réglée. Grâce à d’excellents observateurs, l’artillerie française prenait sous son feu tous nos mouvements de troupes. »

Le général allemand Schubert, commandant du 23e corps d’armée, rend ainsi hommage à la 14e division française d’infanterie (DI), son principal adversaire sur le front de l’Aisne en juin 1940 : « Les unités de la 14e DI laissèrent l’infanterie allemande s’approcher au maximum pour obtenir une efficacité certaine. En beaucoup de points, des tireurs postés dans les arbres continuèrent à tirer jusqu’à leur dernière cartouche, sans égard à l’avance des forces allemandes. La 14e DI s’est battue les 9 et 10 juin 1940 d’une manière identique aux meilleurs unités françaises de 14-18 devant Verdun. »

Le maréchal Keitel tient à souligner : « Le commandement allemand a reconnu le courage et l’héroïsme dont les troupes françaises ont fait preuve dans une suite ininterrompue de batailles sanglantes en mai-juin 1940. »

Breizh-info.com : Quels sont les mythes que vous avez « débunké » à l’occasion de vos recherches ?

Dominique Lormier : De 1918 à 1939, les politiques et les militaires britanniques et français ont multiplié les fautes permettant en grande partie le succès militaire allemand de mai-juin 1940 : c’est accablant ! Sans oublier les fautes commises lors du déroulement des opérations militaires en mai-juin 1940. La Belgique est également fautive dans cette défaite. L’armée française, mal préparée et mal commandés, s’est battue avec courage, malgré quelques défaillances. Certains hommes politiques français sont aussi responsables que certains chefs militaires tricolores dans cette défaite.

Sans le sacrifice des troupes et de l’aviation françaises, la Grande-Bretagne n’aurait pu poursuivre la guerre. Les chefs militaires allemands témoignent eux-mêmes de la résistance courageuse des soldats français. 75 % des chars français, dépourvus de radios et armés d’un petit canon à faible vitesse initiale, étaient inaptes à la lutte antichar contre 75 % des panzers ! etc… Lors des dernières semaines de mai 1940, Hitler disperse ses panzerdivisions pour réduire plusieurs poches françaises de résistance au lieu de les engager massivement contre Dunkerque, afin de capturer le corps expéditionnaire britannique. Les erreurs tactiques et stratégiques sur le terrain ne sont pas uniquement françaises mais également parfois allemandes, etc…

Breizh-info.com : L’armée allemande était-elle si forte que cela lors de l’invasion ? Ou bien sont-ce les carences françaises qui ont provoqué la débâcle ?

Dominique Lormier : Les deux. L’armée allemande est mieux organisée et mieux commandée pour menée une guerre moderne, fondée sur la rapidité et la mobilité, sans oublier le combat interarmes, avec d’excellents moyens radios. Tous les chars allemands sont endivisionnés contre seulement un quart des tanks français. L’aviation allemande dispose d’une supériorité numérique de trois contre un, avec des appareils souvent plus performants. Son plan d’invasion se concentre sur le secteur français le plus mal défendu, les Ardennes et la Meuse. Le commandement français engage ses meilleures troupes en Belgique, tombant ainsi dans le piège tendu par Hitler, et disperse ses divisions blindées dans des opérations décousues et sans soutien aérien. Les attaques allemandes sont rapides et coordonnées. Les contre-attaques français sont lentes et désordonnées, etc…

Breizh-info.com : Quelles furent à l’époque les réactions de l’opinion publique ? Comment les Allemands furent-ils accueillis au fur et à mesure de leur arrivée en France ?

L’opinion publique française, longtemps persuadée que l’armée française est la meilleure du monde, est effondrée par l’ampleur et la rapidité de la défaite. Elle voit dans le maréchal Pétain un bouclier protecteur contre les exigences allemandes. Peu de Français entendent l’appel à la radio du général de Gaulle. Les Français pensent surtout à survivre. L’invasion allemande entraîne l’exode d’une partie importante de la population française vers le sud de la métropole. On se persuade que l’armée française sera en mesure de résister longtemps sur la Loire. On espère une nouvelle bataille de la Marne. Concernant l’accueil des soldats allemands, on remarque la crainte, la curiosité, l’hostilité et parfois la fraternisation, suivant les lieux et les conditions.

Breizh-info.com : Y’a t’il des films que vous conseillerez sur la période ?

Il y d’excellents documentaires historiques sur la chaîne RMC découverte, notamment sur les batailles de Dunkerque, de Stonne, des Alpes et autres, soulignant le courage des soldats français en mai-juin 1940, allant dans le même sens que mes livres et ceux d’autres auteurs. RMC découverte met également en avant les succès de la Résistance française, de l’armée De Lattre, de la division Leclerc et autres : une juste mise en valeur du courage français durant la Seconde Guerre mondiale, allant en l’encontre du masochisme national et du dénigrement systématique de l’historiographie anglo-américaine, souvent francophobe.

Propos recueillis par YV

Photo : DR
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