Sotirios F. Drokalos, historien : « L’histoire antique et médiévale est une mine inépuisable d’histoires fascinantes » [Interview]

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« Les Grecs et les Carthaginois étaient les deux ethnies les plus puissantes de la Méditerranée occidentale avant l’ascension de Rome. Ils ont construit des villes et ouvert des routes commerciales entre la Sicile, l’Afrique du Nord et les colonnes d’Hercule, ont interagi à la fois comme rivaux et partenaires, et, dans de nombreux cas, se sont livrés à des guerres. Cependant, le conflit séculaire pour la suprématie entre les Grecs occidentaux et les Carthaginois a été négligé par les historiens modernes, même s’il comprend certaines des guerres les plus importantes et les plus dramatiques entre grandes puissances en termes d’importance historique et d’ampleur des forces qui y ont pris part. »

Il s’agit d’un extrait du résumé d’un nouveau livre intitulé The Wars Between Greeks and Carthaginians (Les guerres entre les Grecs et les Carthaginois), écrit par Sotirios F. Drokalos. Il a été publié au début du mois en Grande-Bretagne et sera bientôt disponible aux États-Unis et au Canada.

De nationalité grecque, M. Drokalos est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la politique internationale, écrits en anglais, en italien et en grec. Il est titulaire de trois masters en relations internationales, en histoire militaire et en lutte internationale contre le terrorisme. Pour plus d’informations, consultez son site web : www.drokalos.com.

M. Drokalos s’est entretenu via Uzay Bulut avec europeanconservative.com au sujet de son livre, de l’enseignement de l’histoire et des raisons pour lesquelles les gens, en particulier les jeunes, devraient s’intéresser à l’histoire. Nous vous proposons ci-dessous la traduction de cette interview passionnante.

Comment vous êtes-vous intéressé, sur le plan académique, à l’histoire des Grecs et des Carthaginois en Méditerranée occidentale ?

Sotirios F. Drokalos : Je m’intéresse beaucoup aux Grecs occidentaux et aux Grecs vivant en dehors de l’État grec actuel depuis que je suis au lycée. J’ai été émerveillé par l’ampleur du monde grec originel et déçu par l’ignorance et la maladresse dont font preuve les Grecs modernes à son égard.

Syracuse, Massalia, Cyrène et de nombreuses autres villes grecques de l’Ouest, ainsi que Milet ou Éphèse à l’Est, étaient des métropoles de la Méditerranée antique et ont apporté une contribution essentielle à la civilisation grecque classique. Dans le même temps, Carthage est toujours considérée comme l’ennemie de Rome pendant son ascension vers la puissance. Mais Carthage était une grande puissance commerciale et maritime plusieurs siècles avant que Rome ne devienne une ville importante.

Les Grecs et les Phéniciens/Carthaginois peuplaient la Méditerranée occidentale. Ils avaient des cultures et des économies bien plus avancées que celles des populations clairsemées qui existaient auparavant.

Il s’agit donc d’une histoire d’exploration, d’aventure, de commerce, d’art et de guerre, avec deux cultures anciennes fascinantes comme protagonistes. J’ai voulu présenter cette histoire entremêlée des Grecs occidentaux et des Carthaginois au public international à travers les guerres qui les ont opposés, qui sont toujours le meilleur point de départ. Il s’agissait d’un conflit authentique et long entre deux grandes puissances antiques, qui avaient également beaucoup de points communs et qui, dans une large mesure, coexistaient en tant que collaborateurs.

Pourquoi pensez-vous que les gens devraient en savoir plus sur l’histoire des anciens Grecs et Carthaginois ?

Sotirios F. Drokalos : Certaines choses sont utiles parce qu’elles ont un rapport avec votre réalité immédiate, d’autres parce qu’elles vous inspirent et vous offrent une compréhension et un sens plus profonds de cette réalité. L’histoire des Grecs et des Carthaginois de l’Antiquité fait partie de cette dernière catégorie. Il est essentiel d’étudier les ethnies et les cultures anciennes, telles que les Carthaginois et les Grecs, car elles constituent un monde, une époque de l’existence humaine, dont nous pouvons tirer des connaissances et de l’inspiration.

Pourquoi est-il important pour les jeunes d’étudier l’histoire ancienne et médiévale ?

Sotirios F. Drokalos : Si vous aimez les livres, les films et les séries télévisées fantastiques, ou la littérature et le cinéma traitant des relations sociales et personnelles, je peux vous assurer que l’histoire réelle est encore plus passionnante.

L’histoire ancienne et médiévale est une mine inépuisable d’histoires fascinantes. La distance et les différences par rapport à notre époque donnent l’impression d’un voyage vers d’autres mondes, majestueux et mystérieux, mais réels, à explorer et à comprendre. Lorsque vous revenez de ce voyage, vous vous rendez compte qu’il vous permet de mieux saisir et connaître votre réalité, bien mieux. Mais j’insisterais sur l’aspect fantastique et mystérieux des mondes anciens et médiévaux, convaincu que les jeunes comprendront l’importance de l’histoire s’ils en saisissent d’abord le charme.

La mythologie peut également jouer un rôle crucial à cet égard. Beaucoup de gens deviennent historiens de l’Antiquité parce qu’ils sont passionnés par la mythologie grecque, qui est magnifique et peuplée de figures de dieux et de héros plus grands que nature.

En tant que spécialiste de l’histoire, quelles sont selon vous les lacunes les plus graves de l’enseignement de l’histoire en Europe ?

Sotirios F. Drokalos : L’histoire est la science la plus sensible sur le plan politique, dans le sens où les représentations et les interprétations historiques ont de facto un impact considérable sur la politique et sont souvent utilisées à des fins de propagande politique. Cette propagande est parfois nationaliste, mais en Europe aujourd’hui, elle est plutôt de gauche et libérale.

Cela dit, enseigner l’histoire est en tout état de cause une mission difficile, car la partie la plus passionnante et la plus satisfaisante de l’étude et de la réflexion sur l’histoire nécessite une connaissance préalable approfondie de nombreux événements. Ainsi, si l’on n’a pas une inclination naturelle et une passion pour l’apprentissage de ces événements, on risque de ne jamais ressentir la véritable magie de l’histoire.

Comment améliorer l’enseignement de l’histoire ?

Sotirios F. Drokalos : Je dirais quelque chose qui peut sembler paradoxal de la part d’un historien : moins, c’est mieux. Nous devrions mettre l’accent sur l’acquisition par les jeunes de connaissances historiques précises et générales et sur des perspectives passionnantes, plutôt que de les pousser à une compréhension détaillée. Ensuite, ceux qui tombent amoureux de cette discipline devraient la poursuivre dans des cours spécialisés, puis à l’université. À ces niveaux supérieurs, les normes et la rigueur devraient être plus élevées qu’elles ne le sont actuellement.

Nous vivons à une époque extraordinaire où il est beaucoup plus facile que jamais de trouver des informations, grâce à Internet et à l’intelligence artificielle. Le but des systèmes d’éducation de base serait d’apprendre aux gens à synthétiser et à élaborer des informations de manière rationnelle et objective, et de leur donner le goût d’étudier et d’apprendre en leur offrant des aperçus qu’ils ne trouveraient pas facilement sur le web.

Une nouvelle étude publiée dans « Nature » le 23 avril révèle que les Carthaginois, après le VIe siècle avant J.-C., étaient génétiquement plus proches des Grecs et des autres peuples méditerranéens que des Phéniciens. Quel est le rapport avec vos recherches historiques ?

Sotirios F. Drokalos : Cette publication dans Nature a surpris beaucoup de monde, comme en témoignent les articles consacrés aux conclusions de cette étude dans The Economist, The New York Times et ailleurs. Mais cela ne m’a pas vraiment surpris. Dans mon livre, j’explique que la colonisation phénicienne consistait principalement à établir des centres commerciaux, tandis que la colonisation grecque impliquait des migrations massives et la fondation de grandes villes. De plus, la culture carthaginoise n’était à l’origine qu’une partie de la culture phénicienne, mais elle est progressivement devenue distinctement punique. Elle s’est ensuite profondément hellénisée. Tout cela implique que les premiers colons phéniciens étaient peu nombreux et que la population carthaginoise des siècles suivants s’est diversifiée au fil du temps, avec une forte influence grecque. D’une manière générale, cette étude et d’autres études ADN similaires menées ces dernières années prouvent que l’impact démographique des Grecs sur la Méditerranée a été encore plus important qu’on ne le pensait auparavant.

Quelles méthodes de recherche avez-vous utilisées pour écrire ce livre ? Combien de temps vous a-t-il fallu pour le terminer ?

Sotirios F. Drokalos : J’ai d’abord écrit sur ce sujet en grec, et le livre a été publié en 2017. Entre 2023 et 2024, j’ai travaillé à la préparation d’une version anglaise plus complète et plus détaillée, en modifiant et en ajoutant de nouvelles parties et de nouveaux chapitres, ce qui a considérablement enrichi le contenu de cette publication chez Pen and Sword Books.

J’ai utilisé des sources primaires, ainsi que de nombreux articles évalués par des pairs et des ouvrages reconnus issus de la recherche moderne en histoire et en archéologie. Le fait d’avoir vécu longtemps en Italie m’a également aidé à mieux comprendre la géographie de certaines régions mentionnées.

La rédaction s’est déroulée en plusieurs étapes au fil des ans et s’est appuyée sur des lectures qui se sont étalées sur plusieurs décennies.

 

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Une réponse à “Sotirios F. Drokalos, historien : « L’histoire antique et médiévale est une mine inépuisable d’histoires fascinantes » [Interview]”

  1. PL44 dit :

    Que les Carthaginois aient eu davantage de gènes grecs que berbères parait difficile à croire. Très possible que les Grecs aient fini par « déteindre » sur les Carthaginois, même que des mots grecs se soient introduits dans leur langue mais le punique était quand même plus proche du phénicien que du grec.
    « … le Conseil de Carthage avait décidé d’élever un sanctuaire expiatoire et de confier le culte de Déméter et de sa fille à des Grecs résidant à Carthage… Le succès du culte de Déméter et de sa fille fut considérable, il s’étendit à l’ensemble du territoire occupé par Carthage et même au-delà chez les Numides. »

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