Le mercredi 1er juillet 2020, par l’effet d’un plan de cession, Presstalis – en redressement judiciaire depuis le 15 mai dernier – a cédé la place à une nouvelle entité : France Messagerie.

Jusqu’alors prestataire de la SAD, filiale de Presstalis, EARTA assurait la gestion en région de la reprise des invendus de la presse, activité assurant 30 % de son chiffre d’affaires. La liquidation de la SAD lui a donné la possibilité de candidater pour obtenir le statut de mandataire dépositaire pour Nantes, Rennes, Tours et Le Mans, démarche sécurisante pour l’avenir de ses salariés.

Mais, dans un climat d’opacité incompréhensible au regard des enjeux, sa candidature a été rejetée, sans explication rationnelle. EARTA a alors cherché à obtenir au moins l’assurance de conserver a minima son activité actuelle : après avoir compris qu’elle avait vocation à conserver cette activité, avec son périmètre géographique d’intervention, elle a été informée que son activité avait en réalité vocation à disparaitre. Si ce scénario n’est pas modifié, l’activité d’EARTA va donc s’effondrer à très court terme, faisant perdre leur emploi à 250 travailleurs dont 220 en situation de handicap.

Didier Rio, gérant d’EARTA, dénonce l’indifférence des animateurs de la restructuration de PresstaliS, notamment Louis Dreyfus qui, pour l’instant, ne fait rien pour conjurer une catastrophe humaine, sociale et économique imminente

220 travailleurs handicapés potentiellement au chômage

« La perte de leur emploi va être catastrophique humainement alors même que depuis des années ils ont toujours été, malgré leurs difficultés, au niveau et très très souvent surprenants. C’est une réelle catastrophe » s’insurge Didier Rio, Gérant d’EARTA.

Ce que dénonce aujourd’hui ce chef d’entreprise engagé, ce sont les fausses assurances qui lui ont été données lui cachant l’issue fatale programmée : « Malgré des volumes incertains à venir, on nous assurait oralement, il y a encore 4 jours, du maintien de l’activité sur laquelle se fonde EARTA, à savoir la récupération et le tri des invendus en région, sans modification de notre périmètre géographique. Or, après des discussions qui paraissaient constructives pour une solution a minima, nous venons d’apprendre que la nouvelle gestion des flux retours en régions sera finalement internalisée par France Messagerie et/ou par son confrère MLP (Messageries Lyonnaises de Presse), ce qui induit la mort brutale d’EARTA ».

Didier Rio est abasourdi et écœuré de la tournure des choses. « Nous nous battons pour maintenir les emplois de travailleurs handicapés depuis des semaines, en proposant même de nouveaux services tels que la sous-traitance type stockages, si de tels besoins venaient à s’exprimer. Nous disposons des compétences et de la réactivité nécessaires pour assurer les prestations. Pourtant, en dépit de notre efficacité déjà prouvée depuis des années, il semble que ni le sort, ni les aptitudes de nos 250 salariés ne soient finalement pris en considération par France Messagerie. C’est un problème économique pour certains mais, pour moi, c’est avant tout un drame humain car mes 250 collaborateurs, spécialement les 220 personnes en situation de handicap, auront forcément de grandes difficultés à retrouver un emploi » poursuit Didier Rio.

La colère et les doutes de Didier Rio.

EARTA a eu à cœur ces dernières semaines de mobiliser tous les acteurs de la restructuration de Presstalis, afin de défendre sa candidature de mandataire/dépositaire ou bien à défaut de la solution du maintien de son activité de gestion des invendus de la presse. Lors des concertations avec des représentants du Comité interministériel de restructuration industrielle, du Commissariat aux restructurations et prévention des difficultés des entreprises en Pays de Loire ou encore de la DIRECCTE, Didier Rio a porté à la connaissance de ces derniers les solutions disponibles.

Aujourd’hui, Didier Rio veut savoir pourquoi les solutions sont négligées alors qu’elles étaient jugées praticables il y a peu : « L’externalisation de la fonction de traitement des flux retours n’existera plus dans la nouvelle organisation de France Messagerie. C’est ce que nous avons appris hier. C’est absolument contraire aux discussions que nous avons eu. Quelles sont les vraies raisons de ce revirement de situation ? L’Etat qui annonce ce matin 200 millions de soutien à France Messagerie n’a-t-il rien à dire aux salariés fragiles d’EARTA ? Que penser du communiqué de presse commun des ministres de l’Economie Bruno Le Maire et de la Culture Franck Riester dans lequel ils indiquent que “les pouvoirs publics continueront à être attentifs aux conséquences sociales de cette restructuration“ ?

EARTA : un savoir-faire solidaire reconnu mais fragilisé

L’entreprise adaptée emploie 250 salariés sur les sites du Mans et de Voivres. La gestion des flux retours de presse (les invendus) constitue près d’un tiers de son chiffre d’affaires (7 M€).

Créée en 2001, elle peut aujourd’hui compter sur l’engagement de travailleurs en situation de handicap, souvent victimes de traumatismes crâniens ayant entrainé une incapacité partielle de travail en milieu classique. A Voivres et au Mans, elles réceptionnent, trient et reconditionnent une partie des magazines et journaux invendus et préparent l’autre partie au recyclage. « Enthousiastes et d’un sérieux remarquable, ce sont des équipes solidement attachées à leur métier » souligne Didier Rio. « Le placement en conciliation d’EARTA consécutivement à la liquidation judiciaire prononcée de la SAD était déjà fragilisant pour nos équipes qui sont fébriles depuis. Nous faisions confiance à nos interlocuteurs, notamment le repreneur de PRESTALIS devenu France Messagerie, qui aujourd’hui nous trahissent et plongent EARTA dans l’incertitude la plus totale. Nous réclamons de la transparence et des solutions concrêtes » conclut Didier Rio.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine