Apprentissage en Bretagne administrative : la crise du coronavirus fragilise la progression des effectifs

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L’édition 2020 du baromètre ISM-MAAF de l’artisanat évalue l’impact de la crise du Coronavirus qui a durement touché les apprentis au même titre que les salariés. En Bretagne administrative, la pandémie est ainsi susceptible de venir ternir les bons résultats des années scolaires précédentes (effectifs en hausse de +5 % en 2018-2019), même si les récentes mesures gouvernementales en faveur de l’apprentissage sont encourageantes pour les entreprises.

Pour la première fois, le baromètre analyse le taux d’emploi des apprentis. Dans la région Bretagne, territoire le plus épargné par le chômage, il se situe au-dessus de la moyenne nationale. Il est également largement supérieur aux taux d’emploi des jeunes diplômés issus de la voie scolaire traditionnelle : un avantage incontestable en cette période de crise.

Crise sanitaire : les apprentis touchés par les mêmes dispositions que les salariés

L’apprentissage est essentiel pour la transmission de savoir-faire : c’est par cette voie qu’une majorité de jeunes (52 %) est formée aux métiers de l’artisanat. La crise sanitaire est venue fragiliser les entreprises artisanales et, par conséquent, cette filière de formation en alternance. Ainsi, durant les mois de mars à juin, la fermeture administrative de certaines activités a contraint près de 25 000 apprentis à cesser leur travail en entreprise.

En Bretagne, ces dispositions ont concerné 1 350 apprentis. Les activités de services à la personne ont été les plus durement impactées : coiffure (980), soins de beauté (180) et commerce de fleurs (160).

Marielle Vo-Van Liger, directrice Marketing et Communication MAAF : « Ces dernières années, les politiques publiques et les campagnes de promotion de l’apprentissage ont permis de créer une véritable dynamique et de rendre attractive une formation qui était délaissée. Le contexte de crise qui touche de plein fouet le secteur de l’artisanat, premier pourvoyeur d’apprentis en France, nécessite que tous les efforts soient portés vers ces entreprises pour soutenir l’emploi des générations arrivant sur le marché du travail. Retrouver les baisses successives que nous avons connues au début des années 2010 (-13 % en 2012-2013) serait dramatique et il faudrait plusieurs années pour s’en relever. »

Avant la crise, une situation pourtant très favorable en Bretagne

En 2018-2019, sur les 150 000 jeunes inscrits en apprentissage en France, près de 12 690 se sont formés en Bretagne, Loire-Atlantique incluse. Un chiffre en hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. C’est le département de la Loire-Atlantique qui concentre le plus grand nombre d’apprentis (4 090) devant l’Ille et Vilaine (2 680) suivi par le Finistère (2 150), le Morbihan (2 060) et les Côtes-d’Armor (1 690).

La variété des diplômes préparés est large : 64 % sont inscrits à des diplômes de niveau CAP (5 460 apprentis), 28 % (2 430) à des diplômes de niveau BAC/BP et 8 % (670) à des diplômes de l’enseignement supérieur. (Chiffres départementaux disponibles sur demande)

Dans la région, quatre secteurs connaissent une augmentation de leurs effectifs en apprentis par rapport à l’année précédente : la fabrication (+10 %, 560 apprentis), le BTP (+8 %, 3 270) les services (+5 %, 2 180) et l’alimentation (+2 %, 2 560 apprentis).

Un taux d’emploi supérieur à celui des jeunes diplômés issus de la voie scolaire

En Bretagne – région où le taux de chômage est le plus faible en France – le taux d’emploi, qui correspond à la chance pour un apprenti d’accéder à un emploi dans les 7 mois suivant l’obtention de son diplôme, est de 74 %. Il est supérieur à la moyenne nationale établie à 68 %.

En pleine crise sanitaire et économique, les apprentis en sortie de formation peuvent compter sur un taux d’emploi bien supérieur aux élèves formés par voie scolaire. Si la disparité tend à se réduire avec l’augmentation du niveau d’étude, au final, un apprenti de l’artisanat ayant son Brevet Professionnel en poche a un taux d’emploi à 7 mois (83 %) bien supérieur à un élève sortant de BTS (68 %).

Taux d’emploi 7 mois après la sortie de formation en fonction du niveau d’étude (chiffres nationaux)

À titre de comparaison et à niveau de formation identique, le taux d’emploi est de 84 % pour un apprenti ayant obtenu un diplôme de niveau BAC contre 48 % pour l’élève formé par voie scolaire. Autre point positif : 60 % des apprentis sont embauchés en emploi à durée indéterminée (CDI) 7 mois après la fin de leur formation en apprentissage.

Catherine Elie, directrice des études et du développement économique de l’ISM : « Les taux d’insertion dans la vie active sont toujours favorables aux jeunes formés par apprentissage (au moment de l’embauche, prime est toujours donnée par l’entreprise à l’expérience). Mais ils dépendent sans surprise du contexte économique local : ils sont ainsi généralement moins bons dans les territoires fragilisés, avec un taux de chômage important ou en désindustrialisation. Dans certains territoires frontaliers (Franche-Comté, Alsace…), la mobilité interrégionale permet également de conforter les chances d’emploi. La conjoncture actuelle va sans doute détériorer les conditions d’accès à l’emploi. On sait que les précédentes crises ont eu un effet plus destructeur pour les non-diplômés. L’obtention du diplôme par les apprentis protège pour l’entrée dans la vie active, encore plus si l’on pousse son apprentissage jusqu’au BP ou au BTS. »

L’apprentissage, une orientation choisie et une possibilité de reconversion

La grande majorité (54%) des effectifs d’apprentis entrant en CAP provient du collège. 13 % sont déjà diplômés de l’enseignement professionnel (ils sont déjà détenteurs d’un CAP, d’un Bac Pro) ou de l’enseignement général et complètent leur formation. Les 33 autres pourcents sont des apprentis en reconversion qui s’inscrivent dans le cadre d’un parcours dit de deuxième chance, après avoir décroché du lycée, de l’université ; certains viennent également du monde de l’emploi et reprennent leurs études). Parmi les apprentis en reconversion, 56 % sont issus de l’enseignement professionnel et 29 % de l’enseignement général et technologique.

Autre point notable : la diversité des parcours d’entrée en apprentissage. Si les jeunes démarrent majoritairement la préparation d’un métier avant 18 ans, l’apprentissage s’ouvre désormais aux plus de 26 ans : 1 600 apprentis ont fait ainsi leur rentrée (+25 % par rapport à l’année dernière).

Crédit photo : DR
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