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La Chambre régionale des comptes (CRC) de Bretagne vient de publier un rapport sans concession sur la gestion des lycées publics bretons. Si l’effort financier de la région est salué, plusieurs défis majeurs sont identifiés, notamment la baisse prévisible des effectifs, l’absentéisme du personnel, et la nécessité de revoir la stratégie globale d’organisation.
En 2023, la gestion des lycées représentait le deuxième poste de dépense de la région Bretagne, avec 364 millions d’euros consacrés à 114 établissements publics accueillant 56 % des lycéens bretons. Loin d’être marginal, ce domaine est stratégique pour l’aménagement du territoire et la réussite scolaire. C’est dans ce contexte que la Chambre régionale des comptes a mené un contrôle approfondi couvrant les années 2018 à 2023.
Des lycées globalement bien répartis, mais sous tension démographique
Si la région s’est dotée d’un maillage territorial dense, avec une répartition équilibrée entre zones rurales et urbaines, le rapport souligne des disparités criantes dans les taux d’occupation. À l’heure actuelle, la moyenne régionale est de 78 %, mais certains lycées professionnels et agricoles en Finistère ou dans le Morbihan affichent des taux inférieurs à 60 %. En revanche, certains établissements en Ille-et-Vilaine dépassent les 90 %.
Mais l’enjeu principal reste démographique. Après une hausse des effectifs entre 2010 et 2017 (+9,3 %), le nombre de lycéens est en baisse depuis 2018 (-2,6 %). L’Ille-et-Vilaine reste dynamique, mais de nombreux territoires, notamment dans le centre Bretagne, devraient connaître des baisses importantes dans la prochaine décennie. À l’horizon 2035, ce sont près de 6 300 lycéens en moins qui sont attendus dans la région, dont 3 500 dans le secteur public.
Une stratégie régionale jugée illisible
Malgré plusieurs documents-cadres, la Chambre regrette l’absence d’un véritable schéma directeur stratégique à l’échelle régionale. Ce défaut de pilotage rend difficile l’adaptation du réseau aux réalités démographiques et sociales.
Le rapport préconise l’approbation dès 2025 d’un document stratégique intégrant la carte scolaire, les projections d’effectifs, les besoins immobiliers, et la gestion prévisionnelle des agents. Une démarche indispensable, d’autant plus que plusieurs établissements sont menacés à court ou moyen terme dans des zones comme Redon, Quimper ou Saint-Brieuc, tandis que d’autres, à Rennes ou Auray, pourraient nécessiter extensions ou constructions nouvelles.
Si l’investissement immobilier est jugé conséquent – avec deux nouveaux lycées construits et 65 % du parc restructuré entre 2017 et 2023 –, les charges de fonctionnement sont en hausse de 22,5 % sur la même période. Elles s’élèvent désormais à 175 M€ par an. En cause : l’augmentation du nombre d’agents (+3,3 %) et la flambée des coûts énergétiques (+18,8 %). Le rapport pointe également un absentéisme élevé parmi le personnel technique, qui grève le bon fonctionnement des établissements.
L’enseignement privé largement soutenu
Autre point sensible : la contribution régionale au fonctionnement de l’enseignement privé. Si celle-ci est prévue par la loi, la CRC recommande de revoir les montants alloués, notamment au lycée Diwan de Carhaix, pour se conformer aux plafonds légaux. Le contrat de délégation de service public avec l’association Ailes, liée au même établissement, est également jugé problématique.
Des recommandations claires
La Chambre formule huit recommandations, parmi lesquelles :
- L’adoption d’un schéma directeur des lycées publics d’ici fin 2025.
- Une gestion prévisionnelle des effectifs et des compétences.
- Une réduction du taux de vacance des logements de fonction.
- La fin de certaines primes ou dispositifs jugés irréguliers ou illégaux.
Le rapport de la Chambre régionale des comptes met en lumière les efforts de la région Bretagne pour ses lycées, mais insiste sur la nécessité de mieux anticiper et piloter. Alors que la baisse des effectifs s’annonce durable dans plusieurs territoires, une réforme structurelle du réseau apparaît inévitable. Reste à savoir si la majorité régionale prendra la mesure de l’avertissement.
Crédit photo : Wikipedia (cc)
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