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La première partie de la carrière de Sean Connery est placée sous le signe d’une rencontre puis d’un compagnonnage avec un mythe. Posture virile, regard séducteur, carrure athlétique, réparties spirituelles, bravoure infaillible : impossible d’imaginer sous d’autres traits que les siens le James Bond des années soixante, même si Ian Fleming, l’auteur de la série, lui aurait préféré David Niven ou Cary Grant. Le public, lui, fait un triomphe à James Bond contre Dr No (1962) ou à Goldfinger (1964), et hisse ce qui n’était, au départ, qu’une modeste série B se contentant de brasser les ingrédients des bons vieux Hitchcock, au rang de phénomène mondial.
« Scotland Forever »
Dix ans auparavant, ce fils de femme de ménage et de chauffeur d’engins de chantier, était loin d’imaginer pareil destin. Tour à tour apprenti boucher, livreur de lait, maçon, maître-nageur ou vernisseur de cercueils (sans doute l’emploi pour lequel il était le moins doué, selon lui), le jeune homme vient d’achever un engagement de trois ans dans la marine, au cours duquel il s’est fait tatouer « Scotland Forever », témoignage d’une adhésion sans faille à la cause écossaise, qu’il maintiendra sa vie durant. Démobilisé, Sean hésite quelque temps entre le football (on lui propose de jouer au Manchester United pour 25 livres par match) et le théâtre. Fort heureusement pour les admiratrices d’On ne vit que deux fois (1967), il choisit ce dernier, même si la mise en orbite professionnelle se fait attendre… Choisi parmi 600 candidats pour incarner l’agent 007 (et, semble-t-il, soutenu par l’épouse du producteur Albert Broccoli), il impose d’emblée une présence musculeuse et un magnétisme irrésistible qui font sans doute de lui, selon l’auteur de ces lignes, le meilleur interprète de la série.
Conscient du danger de l’identification à un seul et unique rôle et de l’obsolescence programmée de ce type de carrière, il choisit, dès l’inégal Pas de printemps pour Marnie (Hitchcock, 1964), de diversifier ses compositions pour incarner des personnages plus ambivalents, insurgé duplice (le Zed de Zardoz, de John Boorman, 1973) voire franchement désaxés (l’inspecteur de The Offence, le chef-d’œuvre de Sydney Lumet, sorti en 1972). Les Diamants sont éternels (1971), pour lequel il reçoit un million de livres, et dont il reverse l’intégralité à une association caritative… écossaise, est le dernier film officiel de la franchise, avant une ultime incarnation de Bond, en 1984, pour Jamais plus jamais.
Dès lors, Sean Connery troque les apprêts du flamboyant licensed to kill pour les rides prématurés de l’homme buriné par l’existence, comme dans La Rose et la flèche, de Richard Lester, où, en Robin des bois, il a pour partenaire Audrey Hepburn-Marianne pour son grand retour à l’écran, en 1976. Mentor (et franciscain-enquêteur, dans Le Nom de la rose, Jean-Jacques Annaud, 1986, où il joue un Guillaume de Baskerville des plus convaincants), toujours prêt à dispenser ses enseignements définitifs sur le sens de la vie (À la rencontre de Forrester, Gus Van Sant, 2000), la responsabilité individuelle (le commandant du sous-marin Octobre rouge), le code de l’honneur et les valeurs civiques (le chef de la police Jim Malone, dans Les Incorruptibles, Brian de Palma, 1987), il est le comédien idéal pour camper les patriarches mythiques (le roi Arthur, dans Lancelot, en 1995). De temps à autre, il ne dédaigne pas renouer avec l’aventure : il est le père d’Indiana Jones, dans le troisième volet de la série, tourné en 1989, ou l’Allan Quatermain de La Ligue des gentlemen extraordinaires, en 2003, valeureux et hardi comme en ses premiers rôles. Ce sera son dernier film.
Sévérac
Illustration : DR
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2 réponses à “Sean Connery (1930-2020). Inoubliable 007, mais pas que…”
J’avais beaucoup aimé « A la rencontre de Forrester » de Gus Van Sant.
J’espère que Joe Biden sera élu. Il représente bien pour gouverner un pays.