Pourparlers de paix en Irlande du Nord. L’IRA voulait se passer du Sinn Féin pour négocier

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Durant la guerre civile en Irlande du Nord, l’IRA provisoire pouvait imposer son point de vue au Sinn Féin, mais l’inverse n’était pas le cas, selon de nouvelles révélations trouvées à partir des archives de l’État irlandais désormais déclassifiées.

L’IRA voulait en effet se passer du Sinn Féin des pourparlers de cessez-le-feu engagés avec le gouvernement britannique, selon des documents d’État irlandais récemment déclassés et rédigés 1990.

Le message d’un haut fonctionnaire irlandais à ses collègues du ministère des affaires étrangères (DFA) a été rendu public après avoir été conservé aux archives nationales de la République d’Irlande – sous le numéro de référence 2020/17/34. 260900 DEC 20 – pendant 30 ans.

Des discussions indirectes en l’IRA et les autorités britanniques et irlandaises

La note de service classée secrète révèle ainsi les efforts de deux aumôniers de la prison Maze – le père John Murphy et le révérend Will Murphy – pour pousser l’IRA (républicaine) et l’UVF (loyaliste) à cesser la violence.

Dans le cadre de la première initiative de négociations de paix, au début des années 90, le père Murphy venait d’avoir une «série de discussions intensives avec le Conseil de l’armée de l’IRA».

Informant le diplomate irlandais Brendan McMahon des discussions, le prêtre a déclaré que le conseil de l’IRA était en faveur de pourparlers directs (et pourquoi pas publics), avant d’appeler au cessez-le-feu, avec le gouvernement britannique. Des pourparlers auxquels l’IRA ne voulait pas convier le Sinn Féin. L’impression du Père Murphy était que « Les membres de la direction de l’IRA ne partageaient pas forcément le point de vue socialiste de la direction du Sinn Féin».

Les deux aumôniers avaient informé à l’époque quatre dirigeants de l’église: le cardinal Tomás Ó Fiach, l’archevêque Robin Eames, l’évêque Cathal Daly et l’évêque Sam Poyntz de la «volonté de l’IRA de chercher une alternative à la campagne de violence» et qu’elle était prête à « entamer des discussions exploratoires avec le gouvernement britannique ».

Le père Murphy a noté qu’il n’était «pas question d’un cessez-le-feu à ce stade» mais que l’intensité de la violence de l’IRA à l’époque pourrait être «réduite» en cas de pourparlers.

Ó Fiach et Eames avaient tous deux convenu de rencontrer le secrétaire d’État de l’époque, Peter Brooke, pour faire pression pour engager les pourparlers.

Dans une note distincte adressée au Taoiseach, le premier ministre irlandais, le diplomate irlandais Dermot Gallagher, devenu secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, rapporte une réunion qu’il a tenue avec Daly, alors primat désigné, en novembre 1990 dans la maison du frère du chef de l’église à Belfast. .

Daly a déclaré à Gallagher que l’ancien chef d’état-major de l’IRA Sean MacStiofáin – qui «reste en contact régulier avec la direction de l’IRA» – l’avait informé régulièrement des décisions du conseil militaire.

«Quant à la relation entre l’IRA et le Sinn Féin, l’évêque a déclaré qu’il était convaincu qu’il s’agissait d’organisations distinctes; il a également exprimé l’opinion que, si l’IRA était en mesure d’imposer son point de vue au Sinn Féin, l’inverse n’était pas le cas », note la note.

«Si cela est vrai – et nous soupçonnons que la lecture de l’évêque de la situation à cet égard est exacte – il s’ensuit que les messages émanant de l’IRA proprement dit. . . ont probablement plus de poids que tout ce qui ressort du dialogue en cours entre [Gerry] Adams et John Hume. » Adams était selon cette note « l’un des rares » du mouvement républicain à avoir une vision à long terme, mais il était « très limité par l’IRA » et « incapable de faire quoi que ce soit de significatif sans l’approbation de l’IRA ».

Les documents officiels irlandais de 1990 révèlent également que l’accession de John Major au poste de Premier ministre britannique a été considérée par le gouvernement irlandais comme une « opportunité importante ». M. Major était considéré comme moins favorable aux unionistes que son prédécesseur Margaret Thatcher.

La note, datée du 12 décembre 1990, écrite par Dermot Gallagher à Charles Haughey, alors premier ministre irlandais, expliquait aussi : « Il semblerait qu’à l’heure actuelle, Major n’ait pas d’opinion arrêtée ou même peu de connaissances sur l’Irlande du Nord. En même temps, par instinct et par tempérament, le nouveau Premier ministre risque de trouver la posture unioniste arriérée (…) Dans la mesure où la cause républicaine résulte d’une logique et du bon sens, il y a peut-être une réelle possibilité d’obtenir la sympathie et le soutien de Major »

Les efforts de John Hume pour obtenir la paix

Multipliant les efforts pour engager des pourparlers de paix, John Hume informait régulièrement le gouvernement irlandais de ses contacts.

John Hume a déclaré au gouvernement qu’il avait été approché par un homme d’affaires de Derry, Brendan Duddy « avec ce que Duddy a affirmé être un document approuvé par le Conseil de l’armée de l’IRA».

Duddy avait déjà été utilisé par l’IRA comme intermédiaire auprès de Hume à deux reprises et permis d’amener Hume jusqu’à une réunion secrète avec l’IRA, de sorte que son approche devait être «prise au sérieux», selon la note.

Le document prévoyait la tenue d’une conférence – avec une date convenue pour que l’IRA déclare un cessez-le-feu – au cours de laquelle une stratégie commune pour une Irlande unie serait élaborée «et ensuite présentée aux dirigeants de la Communauté européenne».

«À cet égard, le texte était rédigé dans un langage qui mettait l’accent sur la place et le rôle de l’Irlande en Europe, et sur le fait que les Irlandais avaient toujours été européens dans leurs perspectives», a déclaré Hume au gouvernement.

L’homme d’affaires a déclaré à Hume qu’il y avait «un certain espoir de mettre fin à la campagne pendant qu’Adams et des personnes de son âge étaient aux commandes».

Le chef du SDLP de l’époque, John Hume, a déclaré que cet émissaire de l’IRA l’avait averti que si les efforts de paix n’étaient pas pris en compte, il y aurait au moins deux décennies de violence supplémentaires qui «plongeraient de nouveau le pays dans l’horreur et mettrait en danger y compris des politiciens nationalistes » évoquant son inquiétude devant l’attitude de l’immense masse de jeunes catholiques révoltés et sans emploi et la poursuite possiblement accrue de la campagne de violence.

La note indiquait enfin que le chef de la police d’Irlande du Nord avait « évoqué l’ampleur du problème de sécurité » en indiquant que les soldats britanniques pouvaient être engagés n’importe où à la frontière, et que par ailleurs les Provisionnals (du nom des membres de l’IRA provisoire, avaient les capacités de décapiter toute structure politique qui voudrait négocier des accords de paix sans elle.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

 

 

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