Tartans bretons, portons-les fièrement  !

A LA UNE

Il pourrait paraître saugrenu pour les partisans de la tradition sans concessions, qu’un Breton armoricain puisse porter le kilt. Certes, il n’est en aucun cas une de nos tenues traditionnelles.

Et comme peuvent le faire certains Français amoureux du décorum des Highlands, ne cherchons pas de références historiques alambiquées sur nos droits à le porter, car ni l’ascendance bretonne de Marie Stuart ni nos faits d’armes à la bataille d’Hastings n’y seraient pour quoi que ce soit. Nous sommes Celtes, et tout comme les Ecossais, Irlandais, Gallois et Corniques nous avons, par notre race, le droit et le privilège de revêtir notre tartan national, par nationalisme breton et panceltisme.

Des Highlands à la Celtie.

Au XVIème siècle, exclusivement porté par les populations des Highlands, le kilt était un large drap plié autour de la taille et rabattu sur les épaules. Les teintures extraites de la flore locale et les différentes trames de laines formaient un motif reconnaissable et distinctif suivant les régions d’où étaient originaires les clans.

Symbole de la rébellion jacobite, il fut interdit en 1747 par le Dress act, après la bataille de Culloden en 1746 où les troupes de Bonnie Prince Charlie, principalement des Highlands, furent anéanties par une coalition anglo-écossaise. Ces Ecossais venus des Borders, anglicisés et anglicans, n’auraient jamais porté ce kilt de sauvages des Hautes Terres s’il n’était pas devenu un symbole d’unité et de fierté nationale au début du XIXème siècle. C’est l’époque de la dynamique nationaliste écossaise, où tout ce qui est symbole national est mis en exergue et rigoureusement répertorié et protégé. C’est le cas du Great Highland bagpipe où les pièces complexes et codifiées de Ceol Mor (Piobaireachd), sont retranscrites (War Raok N°43).

C’est également à cette époque que beaucoup de familles se dotent de leurs propres tartans. En 1822 ils furent officiellement répertoriés. La plupart des tartans sont donc relativement récents. Le kilt que nous connaissons aujourd’hui est une évolution modernisée du kilt ancestral, le Feileadh beg, (petit kilt) nécessitant 8 yards (7,3 mètres) de tissus de laine épais (13-16 onces), plissé à l’arrière et solidement attaché à la taille (voir nota 1).

Le tartan est depuis toujours un signe d’allégeance à un chef, d’appartenance à un clan, à une terre, et c’est naturellement qu’il passa en Irlande au début du XXème siècle, à l’initiative des nationalistes irlandais en réaction au rouleau compresseur britannique. Symbole de la rébellion gaélique, il est reconnaissable tout d’abord par son absence de motif. Il est à l’origine vert uni ou safran. Le Saint Laurence O’Tool Pipe band, de Dublin, fondé par des patriotes irlandais, porte fièrement ce kilt « solid green » depuis 1910. Tenue également militaire, il est porté par certains groupes de scouts irlandais.

Après la Seconde Guerre Mondiale, dans l’élan de la renaissance celtique, une autre Nation s’appropria la tenue des Highlanders, un peuple brittonique cette fois, le Pays de Galles. Pour les même raisons : panceltisme et défiance face à un voisin trop encombrant.

Outre le Welsh National St David’s et ses déclinaisons, les Gallois ont créé des tartans en rapport avec les noms de familles, à l’image des clans écossais. Même si la présence jadis de clans brittoniques dans le Sud de l’Écosse est avérée, il est peu probable que ces familles galloises (Owen, Evans, Davies, Jones etc…) furent organisées en clans. Mais le kilt gallois (Cilt) n’a pas vocation à puiser dans son Histoire pour y trouver sa légitimité. La Cornouaille fit de même à la fin du XXème.

Le tartan national breton fut créé en 2001 par Richard Duclos. Belle réussite tant esthétique que symbolique. La trame intègre nos couleurs nationales, le noir et blanc ainsi que le bleu symbolisant l’Armor et le vert pour l’Argoat. Le bleu ceinture le vert comme l’Armor ceinture l’Argoat. Les neufs pays bretons sont symboliquement représentés par les petits carreaux blancs sur fond noir, créés par cette trame. Il comprend aujourd’hui 2 déclinaisons, le Brittany Walking (version Hunting), et le National Grey (déclinaison moderne). Outre le tartan national, il existe aujourd’hui l’ensemble des Broioù Bretons ainsi que certains terroirs comme le Pays Bigouden ou les Monts d’Arrée, soit plus d’une quinzaine de tartans bretons et ce large panel ne cesse de s’enrichir (Lorient, Groix, Ouessant ont également les leurs).

Un acte militant !

Alors pourquoi porter le kilt et nos tartans nationaux ? Parce que c’est élégant et noble évidemment ! Mais c’est surtout un acte militant, comme l’ont fait les Ecossais et les autres Nations celtes qui lui ont emboité le pas. C’est un majeur bien dressé à la face de cette uniformité mondialiste.

Portons le kilt et les tartans bretons par rébellion. Soyons cette anomalie, ce bug celte dans cet hexagone insipide et métissé. Portons ce tartan pour intégrer encore plus la Bretagne dans la Celtie, cette euro-région qui nous tient à cœur et que nous avons dans l’âme. Notre hymne national n’est il pas déjà une passerelle vers notre passé insulaire ?

Au partisan du costume breton qui dénigre cet import étranger, je dirais qu’à aucun moment le kilt breton n’a vocation à le remplacer, tout comme la cornemuse, arrivée en Bretagne il y a plus d’un siècle, n’a éliminé notre Biniou Kozh. Elle l’a même sauvé en redynamisant notre musique traditionnelle, notamment avec les bagadoù, déclinaison bretonne du Pipe Band écossais. Qui désormais pourrait dire que la cornemuse n’est pas un symbole de notre culture ? Quel patriote breton peut dénigrer l’inspiration galloise du Bro Gozh ma zadoù ?

Le kilt n’est en aucun cas un déguisement de beuverie ou un accoutrement folklorique. Portons-le avec rigueur et respect, en respectant tous les codes vestimentaires qu’impose cette tenue digne et martiale. Approprions nous le, bretonnisons le, tout comme nous sonnons des Laridés et des marches bretonnes au Great Highland bagpipe !

J. Le Bouter (revue War raok)

NOTA 1 : Depuis 2008, tous les nouveaux tartans peuvent être enregistrés librement au Scottish Register of Tartan, sans réellement d’autorisations officielles et on voit, malheureusement, fleurir une multitude de création de tartans, plus ou moins réussis, appartenant à des entreprises, des marques, associations et fan club. Il y a plus de 4000 tartans déposés mais seulement un huitième est réellement tissé

.Illustrations : Tartan and Cie
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