Le Laos, partagé entre amitié traditionnelle avec le Vietnam et perspective de développement économique avec la Chine

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Au début de ce mois, le 11ème Congrès du Parti Populaire Révolutionnaire Lao a élu le nouveau Général du Parti. Le chef du parti est également le Président du conseil des ministres du pays, Thongloun Sisoulith, âgé de 75 ans. Son élection à la tête du parti ouvre la voie à sa nomination en tant que prochain président du pays dans le courant de l’année 2021/

Le nouveau secrétaire général s’attachera en priorité à faire sortir le Laos de son statut de pays parmi les plus pauvres du monde, ce qu’il espère réaliser d’ici 2024. Le Congrès a approuvé un nouveau plan de développement socio-économique sur cinq ans, avec un objectif de croissance annuelle du PIB de 4 %. Ces dernières années, ce chiffre pour le Laos a été très impressionnant (7 %), mais la pandémie COVID-19 a porté un coup dur à l’économie du pays, car les touristes étrangers ne peuvent pas entrer et les travailleurs laotiens ont perdu leur emploi en Thaïlande et dans d’autres pays voisins en raison de la fermeture des frontières.

Selon la Banque asiatique de développement, le PIB du Laos a diminué de 2,5 % en 2020.

Désormais, avec une nouvelle direction politique, le Laos va probablement se tourner vers la Chine et s’éloigner de son partenaire de longue date, le Vietnam, auquel il est lié par une idéologie, une géographie et une histoire commune. Tous les hauts dirigeants du Laos se sont formés à la théorie et à la pratique communiste au Vietnam et/ou dans l’ancienne Union soviétique. Sisoulith a lui-même étudié en Union soviétique et est diplômé de l’Institut pédagogique d’État de Leningrad. Il a soutenu sa thèse de doctorat à l’Académie des sciences sociales du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique à Moscou.

Cette éducation commune a permis au Laos et au Vietnam d’avoir des liens forts jusqu’ici.

Le Vietnam a toujours été un grand investisseur au Laos et l’un de ses principaux partenaires économiques. En 2020, il occupait la première place dans le domaine économique. Le Vietnam a actuellement 414 projets au Laos pour une valeur de 4,22 milliards de dollars.

Mais la Chine a versé plus de 12 milliards de dollars pour soutenir 785 projets. Le plus grand de ces projets chinois est la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant la province chinoise du Yunnan à la capitale laotienne, Vientiane. Cette ligne ferroviaire à grande vitesse est construite dans le cadre de l’initiative « Belt and Road ». La ligne ferroviaire devrait être terminée dans le courant de l’année et permettra d’augmenter rapidement les investissements chinois au Laos, ainsi que le transport des touristes chinois.

La Chine est également le principal créancier du Laos. Sur les 12,6 milliards de dollars de dette extérieure du Laos, 5,9 milliards de dollars appartiennent à la Chine. Au cours de la période 2021-2024, le Laos devra payer en moyenne 1,1 milliard de dollars de dettes internationales par an, alors que le total de ses réserves de devises étrangères est estimé à 1,3 milliard de dollars. Le pays est confronté à une menace de faillite par défaut.

Le nouveau secrétaire général du parti a l’intention de changer de politique et, au lieu de s’endetter, il ouvrira le capital des entreprises d’État inefficaces, en vendant une partie des actions à des sociétés étrangères. Mais là encore, la Chine passe en premier. L’année dernière, la société d’État China Southern Power Grid Co. a reçu une participation majoritaire dans la société d’État Electricite du Laos, obtenant ainsi le contrôle effectif du système énergétique national du Laos.

Le Laos espère atténuer cette situation de quasi monopole en construisant une centrale hydroélectrique sur le Mékong, puis en vendant de l’électricité à d’autres pays d’Asie du Sud-Est, devenant ainsi le centre énergétique de la région. Pékin soutient Vientiane dans cette démarche, mais cette initiative s’est heurtée à une forte opposition du Cambodge et du Vietnam, car les barrages du Laos créeraient de grandes difficultés environnementales et des impacts financiers importants. Par conséquent, l’orientation de la politique économique du Laos risque d’exacerber les relations régionales, et les nouveaux dirigeants devront résoudre ce problème.

Les dirigeants du pays se retrouvent désormais partagés entre une amitié historique et forte avec le Viêt Nam et des intérêts économiques avec la Chine.

Le Viêt Nam ne voudrait pas perdre de son giron le Laos, un pays voisin qui a une grande importance géopolitique pour Hanoï, malgré la pression économique de Pékin. Le Laos devrait toutefois garder une attitude prudente envers les projets chinois, d’autant plus qu’ils nuisent souvent à l’environnement et ont un impact sur la population rurale massive du Laos.  En outre, les projets chinois de grande envergure ne prévoient pas de créer des emplois pour les Laotiens, d’augmenter les revenus et d’améliorer la vie de la population locale. La plupart des projets sont réalisés par des entreprises chinoises avec des matériaux et des composants chinois.

Au cours des cinq prochaines années, le Laos et le Vietnam devront s’efforcer de mettre en œuvre une politique commune et de mener à bien les programmes définis lors du XIe Congrès de la révolution populaire laotienne et du XIIIe Congrès du Parti communiste vietnamien qui se tiendra prochainement. Ces programmes comprennent également la stratégie de coopération bilatérale entre le Viêt Nam et le Laos, et l’accord signé pour la période 2021-2025 avec diverses orientations et projets.

Le Vietnam a toutefois une animosité historique avec la Chine en raison des efforts répétés de cette dernière pour envahir ce pays d’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui encore, la Chine et le Vietnam s’affrontent pour la souveraineté dans la mer de Chine méridionale. Cela a rendu leurs relations difficiles et pourrait pousser le Laos à choisir l’un ou l’autre, ce que Sisoulith aura du mal à accepter puisque la prospérité du Laos est liée à la Chine, mais que ses intérêts géopolitiques et ses liens historiques sont liés au Vietnam.

Paul Antonopoulos, analyste géopolitique indépendant (traduction de http://infobrics.org/post/32655/)

Crédit photo : Pixabay (cc)
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