Nantes. Après l’affaire Kerivin, l’opposition s’attaque à tout le « système Rolland » (et Ayrault)

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En révélant les malversations soupçonnées de Joëlle Kerivin, en même temps directrice (démissionnée) de la Folle Journée et de l’espace Simone de Beauvoir, les proches de Johanna Rolland s’imaginaient peut-être faire la part du feu en concentrant les problèmes sur la personne de Mme Kerivin. En pratique, ils ont ouvert la boîte de Pandore : enhardie par la proximité des cantonales et régionales, l’opposition s’attaque à tout le « système Rolland », en grande partie hérité des années Ayrault. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la défense des socialistes n’est pas très efficace.

Vendredi 19 mars dernier, Laurence Garnier, Julien Bainvel et Foulques Chombart de Lauwe revenaient dans une conférence de presse sur l’affaire Kérivin et les perquisitions au Voyage à Nantes. Pour l’opposition, « c’est tout le système Rolland qui est interrogé par ce qui se passe à la Folle Journée ou au VAN […] Johanna Rolland a placé Joëlle Kerivin […] si les détournements de fonds publics sont avérés, nous voulons savoir si la directrice a bénéficié de complicités au sein de la structure », charge l’opposition.

Pour ses élus, « les soupçons de détournements de fonds pour la Folle Journée et de contournement des marchés publics pour le VAN concernent directement et juridiquement la présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland, et qu’elle devra s’en expliquer devant la justice ». C’est pourtant l’évidence, mais jamais l’opposition n’a été si concrète du temps de Jean-Marc Ayrault.

Et d’enfoncer le clou. Foulques Chombart de Lauwe dresse le réquisitoire contre un « système » fait pour « se maintenir au pouvoir », entre des nominations « reconduites tacitement sans l’accord du conseil d’administration », le dérapage des études de l’Arbre aux Hérons, « 54% pour atteindre 4.3 millions d’euros pour qu’à la fin on ne sache toujours pas si cette œuvre est faisable techniquement ni combien elle va finalement coûter », et la gestion « très opaque et politique » de l’Institut d’Etudes avancées de Nantes, que la Ville finance tout de même à hauteur de 450.000 € par an et lui met à disposition des locaux.

La défense pas très efficace des proches de Johanna Rolland

Le « système Rolland » a réagi en deux temps – l’espace Simone de Beauvoir a été repris par Marie-Françoise Clergeau, l’ex-députée du centre de Nantes et une proche d’entre les proches de Jean-Marc Ayrault.

Et par la voix du premier adjoint Bassem Asseh, qui réagit dans les colonnes – guère hostiles du reste – de nos confrères d’Ouest-France aux propos de l’opposition qu’il trouve : « nauséabonds, indignes et pathétiques ». Autrement dit, d’extrême-droite et politicard. Ceux de l’opposition LR qui font assaut de politesse, sinon de mollesse, envers la majorité de gauche depuis des années, pour ne pas paraître trop infréquentables, quitte à rendre leur position inaudible et s’auto-censurer, apprécieront.

Et pour l’IEA ? « Des mensonges inventés de toute pièce dans un but strictement politicien ». Autrement dit pas touche – sinon la gauche pourrait rappeler à la droite qu’elle aussi entretient des comités théodules, des structures publiques mal gérées – par exemple l’abbaye de Fontevraud (CCO) pour le conseil régional – et des institutions fantômes qui servent à recaser les copains.

Il y aurait pourtant de quoi creuser : outre le déficit de l’IEA (350.000 € en 2018-19 et 650.000 € en 2019-20) son ancienne secrétaire générale (de septembre 2013 à décembre 2019) Aspasia Nanaki est aussi passée de l’IEA à Pour Nantes, l’association qui portait la campagne de Johanna Rolland aux dernières municipales.

Et celle qui avant d’intégrer l’IEA en 2011 comme secrétaire générale adjointe était conseillère technique au cabinet du président de Nantes Métropole de janvier à juillet 2011 s’est recasée d’après son CV au sein de Nantes Saint-Nazaire développement, depuis septembre dernier. Cette institution « soutenue et financée par Nantes Métropole et Saint-Nazaire Métropole » s’est donnée pour « mission d’attirer les entreprises » et affirmait  sur France Bleu en 2020 « avoir aidé à la création de six mille emplois sur le territoire ». Bigre ! Le vaccin contre la désindustrialisation et le chômage de masse aurait-il été inventé par les socialistes nantais ?

Très novateur, Bassem Asseh propose une « commission éthique et transparence ». Comme disait Clémenceau, quand on veut enterrer un problème, on propose une commission…

 « Pas impossible » que la Chambre des Comptes revienne voir la Folle Journée

Ce lundi, la Chambre régionale des Comptes s’est invitée dans le débat politique, en répondant que l’opposition nantaise ne peut pas la saisir : « les seules qui peuvent demander un contrôle sont le préfet, le maire d’une commune ou le président d’un conseil départemental ou régional ».

Cela tombe bien, une partie de l’opposition municipale est En Marche et le conseil régional est de droite. Mais le temps que la demande soit faite et que le contrôle ait lieu, puis soit rendu public, les élections cantonales et régionales, à la source d’une bonne partie de la fièvre de transparence affichée par les uns et les autres, seront passées.

Pour la Folle Journée, le président de la chambre régionale des Comptes Bertrand Diringer adresse un avertissement sans frais : « Il n’est pas impossible que la Chambre revienne voir cette structure ; nous avons un large portefeuille de contrôles à effectuer, donc nous devons être sélectifs ». Et aller là où il y a déjà du biscuit, car il y a rarement de la fumée sans feu. Une malversation isolée, mais de grande ampleur – l’on parle d’un préjudice proche de 100.000 euros – cache certainement d’autres problèmes de gestion, mineurs ou non.

Louis Moulin

Illustration : DR
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