Christophe Dolbeau : « Lorsque je parle de parias, je pense aux intouchables, aux lépreux, aux pestiférés de la politique » [Interview]

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Christophe Dolbeau, écrivain et correspondant de presse (il a collaboré à des journaux croates de l’émigration comme Studia croatica (Argentine), Hrvatska gruda, Nezavisna Država Hrvatska et Hrvatsko pravo), vient de publier une troisième édition de son livre « Les Parias », consacré aux fascistes, aux pseudos fascistes et aux « mal pensants ».

Un ouvrage édité chez Akribéia, qui nous emmène à la rencontre de figures maudites du 20ème siècle, non pas forcément en leur époque, mais surtout après eux…

Après Face au Bolchévisme, ou encore Des Gentlemens à part, voici donc un nouvel ouvrage à la rencontre d’hommes dont les parcours sont aujourd’hui inacceptables pour des hommes modernes parfaitement cernés par Xavier Eman dans sa dernière tribune libre.

Breizh-info.com : Il s’agit de la troisième édition de votre livre Les Parias. En quoi était-il important d’écrire ce livre, et de le rééditer ?

Christophe Dolbeau : Confronté, à propos du fascisme ou de la Collaboration, à un réquisitoire et des anathèmes quasi unanimes, il m’a semblé nécessaire, voire indispensable, de proposer aux jeunes lecteurs une autre approche, que je souhaite moins hostile et plus objective. Je crois qu’il est temps de considérer les choses différemment. Ayant constaté par ailleurs que le public français ne connaît pas toujours très bien certains personnages que l’historiographie officielle tient pour secondaires, j’ai choisi d’évoquer quelques-uns de ceux qui me paraissent avoir néanmoins joué un rôle intéressant.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qu’un paria ? Qu’est-ce qui réunit tous les hommes dont vous évoquez la vie et le parcours ? Comment avez-vous opéré la sélection, car le monde du XXe siècle notamment regorge de Parias ?

Christophe Dolbeau : Lorsque je parle de parias, je pense aux intouchables, aux lépreux, aux pestiférés de la politique. En 1945, toutes sortes d’individus se sont trouvés vilipendés puis exclus du débat et même de la société. Porteurs de toutes les tares et définitivement infréquentables, beaucoup furent physiquement éliminés, tandis que d’autres aboutissaient en prison et que d’autres encore devaient fuir à l’autre bout du monde et s’y terrer durant de longues années. Les intellectuels n’échappèrent pas à la stigmatisation et nombre d’entre eux payèrent le prix fort. Voilà en quelques mots ce que j’entends par parias. Quant au choix que j’ai opéré, il est un peu arbitraire et se fonde surtout sur le côté relativement peu connu de pas mal de personnages. Certains noms ne disent probablement pas grand chose aux néophytes. Plus célèbres, quelques autres semblent familiers, mais sans qu’on les connaisse bien pour autant. J’ai aussi privilégié les parcours les plus étonnants.

Breizh-info.com :  Vous avez choisi de faire le distingo entre « fascistes et pseudo-fascistes » et « mal-pensants ». Expliquez-nous ?

Christophe Dolbeau : Oui car si l’on peut sans doute considérer un Mussert, un William Joyce ou un James S. Barnes comme d’authentiques fascistes, tel n’est pas le cas de Mgr Tiso ou de l’Indien Bose, ni de René Benjamin ou Pierre Hubermont. À force d’être galvaudé, le terme de fasciste n’a souvent plus aucune pertinence factuelle. C’est pour cela que je trouve utile de faire le distingo.

Breizh-info.com : Pourquoi n’y a-t-il que des hommes parmi les personnages que vous avez sélectionné ? N’y avait-il pas quelques femmes elles aussi parias ?

Christophe Dolbeau : Ne voyez dans l’absence de parias féminins, aucune misogynie de ma part. Cela tient surtout au fait qu’à l’époque à laquelle je me suis cantonné, il y avait très peu de femmes politiques, en tout cas de premier plan. Mais ce pourrait être une idée de présenter, dans un autre ouvrage, des femmes comme Jeanne Coroller, Maria-Odile Maréchal-Van Den Berghe, Gertrud Scholtz-Klink, Olga Medici ou Clara Franceschini. Mais cette fois, nous traiterions de personnages carrément inconnus du grand public !

Breizh-info.com : Vous évoquez le parcours d’Eoin O’Duffy, militant irlandais qui intéressera particulièrement les lecteurs d’un journal au ton celte comme le nôtre. Pouvez-vous nous parler un peu de lui ?

Christophe Dolbeau : Fort peu connu chez nous, O’Duffy fut l’un des héros de l’indépendance irlandaise et l’un des principaux seconds de Michael Collins. Après s’être vaillamment battu contre les Britanniques, il sera le fondateur et le patron de la police de l’État Libre. Très attaché à l’héritage celtique de son île, il avait appris le gaélique grâce à des cours du soir. Grand partisan de la pratique du sport par les jeunes, il sera aussi, sa vie durant, l’infatigable promoteur du cyclisme et du handball dans son pays. Au plan politique, O’Duffy s’affichait comme un sympathisant avéré de l’Italie fasciste et de l’Espagne nationale. Après avoir offert à Mussolini de partir pour l’Éthiopie avec 1000 volontaires, il recruta une brigade de 700 hommes et s’en fut ferrailler contre les Rouges en Espagne. Honneur oblige, le contrat qu’il avait signé excluait explicitement tout engagement contre les Basques… Personnage courageux, idéaliste et très carré, le général est une figure sympathique. Énergique et charismatique, il était, hélas, dépourvu de la rouerie qui eut été nécessaire pour concurrencer Éamon de Valera.

Breizh-info.com :  Finalement parmi tous les parias dont vous dressez le portrait, n’est-ce pas Perón qui a le mieux réussi ? Pourquoi d’ailleurs l’ériger au rang de paria alors qu’il a tout de même régné deux fois en Argentine ?

Christophe Dolbeau : De tous les parias que je mentionne, Perón est effectivement celui qui a le mieux réussi puisqu’il fut élu deux fois à la présidence de son pays. Si je le tiens tout de même pour un pestiféré, c’est pour plusieurs raisons. D’abord parce que cet obscur colonel, né au fin fond de la pampa, et son épouse, qui avait fait des ménages, ne furent jamais du goût de l’oligarchie locale ni de l’establishment mondial. Baroque et trop extroverti, l’officier ne plaisait pas ; il n’était pas du sérail. Dans l’après-guerre du Plan Marshall et de l’antifascisme triomphant, son justicialisme agaçait les puissants. Ce mélange de populisme, de nationalisme, de protectionnisme, de dirigisme et de corporatisme était à la fois incongru et contrariant. Il fut donc accusé de complaisance pour le nazisme et dénoncé urbi et orbi pour avoir donné asile à des fugitifs « fascistes ». Pragmatique, cette politique lui permit en tout cas d’importer de nombreuses compétences – l’exilé français Dewoitine permit ainsi à l’Argentine de devenir, en 1947, le 5e pays au monde à fabriquer son propre avion à réaction ! Comme si ces accusations de collusion avec le fascisme ne suffisaient pas, il fut en outre excommunié et même traité de suborneur. En raison de ses choix et des avanies qui en résultèrent pour lui, je crois donc que l’on peut bien le compter au nombre des parias. 

Breizh-info.com :  Vous avez énormément travaillé sur la Croatie. Sur les fascismes. Quels sont les prochains objets de travaux à venir ?

Christophe Dolbeau : Cette année 2021 marque mon « jubilé croate » : il y a en effet 50 ans que je soutiens les patriotes croates et à cette occasion, j’aimerais bien voir rééditer mon livre La Croatie, sentinelle de l’Occident. Dans une version revue et complétée, bien entendu. À part cela, je travaille à un ouvrage traitant de la Guerre de Sécession et de l’épopée sudiste.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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