Eric Léost : « La richesse du Patrimoine breton témoigne de temps anciens radieux » [Interview]

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« Glad Breizh-Le Patrimoine breton » est une nouvelle revue (deux numéros sortis à ce jour) qui se consacre, comme son nom l’indique…au patrimoine breton. C’est Eric Léost qui en est le directeur de la rédaction et Arnault Berthou, rédacteur en chef adjoint.

Dans les deux premiers numéros de ce beau magazine, trimestriel, des reportages, de belles photos, des interviews, des récits d’histoire de Bretagne expliquant la nécessaire de tel ou tel pan de notre patrimoine. C’est la culture bretonne dans son ensemble, ainsi que l’histoire de notre terre, qui est mise à l’honneur avec Patrimoine Breton.

Pour en discuter, nous avons interrogé Eric Léost.

Breizh-info.com : Quelle est la genèse de la revue Patrimoine Breton que vous venez de lancer ?

Eric Léost : C’est en fait la résurgence d’un projet mené il y a déjà quelques années mais qui n’avait été distribué en kiosques que sur la seule Cornouaille, puis dans le Léon. La ligne éditoriale ne comprenait que l’étude des manoirs et des châteaux en Bretagne. Le bâti mais aussi la généalogie et l’héraldique. Ce nouveau magazine de 72 pages à dos carré, car nous avons un lectorat de collectionneurs, se veut plus large dans son approche et après mûres réflexions, il est tombé sous le sens que LE PATRIMOINE BRETON clarifiait de façon nette nos ambitions pour la Bretagne. Après deux numéros et l’accueil plutôt positif que nous rencontrons, nous ne regrettons pas ce choix, tout en sachant que la responsabilité qui nous incombe est, nous dirons, non négligeable.      

Breizh-info.com : Pouvez-vous nous présenter l’équipe qui a collaboré aux deux premiers numéros ?

Eric Léost : D’abord le doyen, Claude Fagnen, ancien directeur des archives départementales du Finistère. C’est un normand qui, à la fin de ses études, a été nommé à Quimper. En 1976, à son arrivée en poste, le préfet lui a prêté une voiture pour « découvrir le Finistère ». Week-end après week-end, patiemment, Claude n’a alors jamais arrêté d’arpenter du Nord au Sud la Cornouaille et le Léon pour répertorier, mettre en avant et défendre le patrimoine bâti. Ainsi que d’y nouer des amitiés. Un travail phénoménal qui l’a conduit à publier plusieurs livres qui font maintenant référence. Patrick Mahé, écrivain, journaliste, ancien rédacteur en chef de Paris Match, conseiller municipal à Vannes pour y développer la culture bretonne et l’image de la ville de Vannes à l’international, a accepté de donner un coup de main pour signer en quelque sorte, un deuxième éditorial, un coup de griffe ou coup de chapeau du moment mais toujours en relation avec le patrimoine, matériel ou immatériel. André Cariou l’ancien directeur du Musée des Beaux-Arts de Quimper et qui en a fait les riches heures, a signé deux fois des articles détaillés sur la peinture en Bretagne. A Nantes, le numéro 1 et sa couverture dédiée au tombeau des parents de Anne de Bretagne, nous a donné l’opportunité de rencontrer Sophie de Gourcy, historienne de l’art et enseignante. Elle est devenue notre nouvelle « Hermine de lumière » (surnom de Anne de Bretagne) et ambassadrice du Patrimoine breton pour la Loire Atlantique, nous en sommes fiers. Christian Bolzer est un ancien de l’équipe, il est président du Centre de généalogie à Quimper, relié au Centre de Généalogie du Finistère qui édite LE LIEN, revue imprimée 4 fois par an pour leurs adhérents, à 6000 exemplaires. Il est incollable sur les manoirs et leurs familles, sur la recherche généalogique aussi. Après Patrick Mahé, nous avons un autre écrivain, ou auteure en la personne de Hélène Toulhoat, petite fille du célèbre créateur joaillier bigouden. Outre ses romans, elle rédige pour la revue une rubrique dite « Regards Croisés, Bretagne par la plume et l’encre », sur la vision d’écrivains des 18e et 19e siècle qui ont sillonné et décrit le Finistère. Lorsque le projet a été relancé j’ai eu la chance qu’Arnault Berthou, un ami passionné de Bretagne, accepte d’accompagner la résurrection de la revue et son développement, nous faisons donc équipe pour le développement de la ligne éditoriale. C’est lui qui a proposé le nouveau titre « LE PATRIMOINE BRETON ». Il travaille dans l’immobilier mais aussi l’audiovisuel puisqu’il a déjà réalisé des documentaires sur les cathédrales, à l’aide de dirigeables, à l’époque. Grâce à l’évolution technologique, il travaille en ce moment à la réalisation de films en 360° sur le patrimoine, technique dite VR, en réalité virtuelle.

Nous sommes une structure associative, le Président est un ami de longue date, Gweltaz ar Fur. Premier président de Diwan, chanteur compositeur reconnu et apprécié, dans les années 70, et qui fut un libraire emblématique de la matière celtique avec ses différentes librairies Ar Bed Keltiek, à Brest, Quimper et Lorient.

Arnault Berthou et moi connaissions tous les deux le Gallois Howard Crowhurst, installé à Plouharnel depuis 30 ans et qui y travaille sur le mégalithisme de façon scientifique et méticuleuse. C’est un homme de terrain, il a commencé avec des cartes IGN et son théodolite. C’est un chercheur indépendant qui ne dépend pas économiquement du monde académique. Il n’est pas toujours facile pour ces chercheurs d’être reconnu par ce milieu officiel, mais c’est un poil à gratter nécessaire et la lumière est souvent venue de gens de sa trempe. Le mégalithisme est un sujet qui personnellement me passionne depuis douze ans environ. Howard est pour moi l’un des spécialistes mondiaux du mégalithisme, et je suis sûr l’avenir reconnaîtra en lui le successeur du Professeur Alexander Thom, qui lui-même fut pris à partie pour ses travaux, mais qui patiemment et après des parutions dans des journaux scientifiques à comité de lecture tel que le « Journal of the Royal Statistical Society », a vu ses théories et officiellement reconnues. Le terme d’archéoastronomie vient de lui. Il vint même à Carnac de 1971 à 1974 travailler et proposer une géométrie nouvelle du site. Donc, après un Ecossais, un Gallois prend la relève, tout va bien ! Et il est temps que l’on prenne en compte la valeur et la qualité de ses travaux, la Bretagne a énormément de chance d’avoir un tel résident. A noter que Howard, comme le professeur Thom, travaille avec son fils. Belle image encore là d’une transmission. Il vient de publier, en Anglais seulement pour le moment, son nouvel ouvrage, The Megalithic Plan. Ses travaux et conférences sont consultables sur epistemea.fr.

Breizh-info.com : Vous consacrez votre dernier numéro à Philippe Abjean et surtout, aux projets qu’il mène ou a mené en Bretagne. En quoi est-il un personnage majeur de la préservation et du développement du patrimoine breton ?

Eric Léost : Je vais essayer d’être le plus synthétique possible pour répondre à cette question. Il me semble que l’homme, dans sa posture, son ouverture, ses actes (!), est un prototype du patrimoine breton à lui tout seul, un alliage subtil d’humanisme et de spirituel apte à fédérer les bretons autour de leur identité et leur avenir, oui, pas moins que ça. La création de l’Université du Sens à Saint-Pol, qu’il vient de concrétiser, est très importante et nous allons suivre de près cette initiative. Ainsi que son nouveau méga projet en Centre Bretagne, mais il est encore tôt pour en parler. A ce titre j’ai néanmoins proposé à Philippe Abjean de rencontrer Howard Crowhurst, je suis sûr et certain qu’ils ont des choses à partager. Ils sont, chacun à leur façon, détenteurs d’une sagesse universelle.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui explique selon vous la richesse du patrimoine breton sur un territoire restreint ? Doit-on cela à ce que l’on pourrait nommer notamment « des querelles de chapelle » et une sorte de course en avant entre villages et communes dans les siècles qui nous ont précédé ?

Eric Léost : Oui. Pour cela il faut probablement remonter au peuplement de la « petite bretagne », au VIe siècle, après l’effondrement de l’Empire romain. Et même avant. Quand les relations entre l’actuel Pays de Galles et l’actuelle Bretagne pouvaient être symbolisées par ce que nous nommerions aujourd’hui une autoroute maritime permanente… « Les querelles de chapelle » que vous évoquez nous semblent plutôt révéler la continuité d’une course esthétique, un chemin de beauté et de dévotion animant chaque paroisse orientée vers le service du divin. La magnificence architecturale qui illumine le pays en est le résultat.

La richesse du Patrimoine breton témoigne de temps anciens radieux et d’une prospérité qui tranchent avec le cliché d’une Bretagne archaïque et démunie, colportée pendant des décennies. Cette richesse témoigne encore de la profonde spiritualité et de la ferveur religieuse qui caractérisent la Bretagne. Cet élan de toujours s’est manifesté tout au long de l’ère chrétienne par les innombrables chapelles, calvaires ou enclos paroissiaux qui jalonnent cette terre. Ils cohabitent avec la myriade mégalithique, dolmens, menhirs, cairns, tumulus qui ont franchi les millénaires et constellent encore le paysage. Ces temps mégalithiques méconnus retiennent tout autant notre attention. Aussi les contributions d’Howard Crowhurst, chercheur britannique voué depuis des décennies au patrimoine mégalithique breton occupent une place importante au sein de notre revue. Enfin, le patrimoine que nous considérons n’est pas réductible au bâti, la matière bretonne et le cycle arthurien pour ne prendre qu’un exemple prépondérant nous occupent tout autant, à l’instar des diverses expressions artistiques qui ont trait à la Bretagne. Telles que la peinture, la langue, la musique. Mais nous allons y aller tranquillement.

Breizh-info.com : Le mélange entre catholicisme celtique et vestiges de temps plus anciens peut-il expliquer également cette richesse ?

Eric Léost : Oui. La Grande Troménie de Locronan tous les six ans en est l’exemple parfait. C’est la rencontre du patrimoine chrétien, druidique et mégalithique, qui associe, géographie, géométrie, l’astronomie, voire la géologie. C’est le plus vieux pèlerinage européen préservé, 1500 ans au minimum. Howard Crowhurst est allé proposer de faire découvrir ses travaux sur, notamment la position de ce site et sa relation au ciel, à l’association qui organise la Troménie de Locronan en 2018, un peu craintif il faut l’avouer. Ses découvertes démontrent bien une science très ancienne qui reliait l’observation du ciel à l’homme sur terre, voire « la place de l’homme sur terre », mais ce n’est que mon avis sur ce point. A sa grande surprise, (mais encore ici il faut y voir une spécificité bretonne) il a été accueilli de façon très ouverte et les dirigeants lui ont même demandé ses calculs, affinés grâce à Google Earth. Ainsi ont-ils déplacé, fusse de quelques mètres parfois, certaines stations du pèlerinage, sur ses conseils. Stations qui au départ, rappelons-le, en des temps très reculés et avant même la société celtique, étaient marquées uniquement par des mégalithes.

Breizh-info.com : A l’heure actuelle, si l’on compare avec l’Irlande, ou le Pays de Galles par exemple, les efforts de conservation de notre patrimoine en Bretagne semblent importants. Comment les faire perdurer, alors que de plus en plus, des chapelles (pour ne citer qu’elles) sont fermées, faute d’entretien, mais aussi en raison de nombreux actes de malveillance ?

Eric Léost :  C’est un long processus. Depuis l’après-guerre, la réappropriation de la culture bretonne par le milieu associatif a été énorme en Bretagne. Puis, après les revendications du FLB à la fin des années soixante et soixante-dix qui ont conduit à la signature de la Charte culturelle bretonne, à la constitution du Conseil Culturel de Bretagne et de l’Institut Culturel de Bretagne, (qui a lui-même enfanté de l’Office de la Langue bretonne), les notions de Patrimoine, de Culture, sont devenues un enjeu important pour le Conseil Régional. Depuis la mandature et le travail de Jean-Yves Cozan, c’est un poste convoité et nous dirons, un peu « « stratégique » pour la communication de ses Présidents successifs. Le site patrimoine.bzh de la Région Bretagne est très intéressant et fourni. Ils font un gros travail depuis l’attribution de cette compétence en 2004. Je conseille à tout le monde d’y aller en direct, depuis leur bureau !. Puis de concrétiser sur le terrain, en se promenant tout simplement. Il n’est pas une seule commune de Bretagne qui ne recèle un trésor, pas une !

Notons La création des journées du Patrimoine a aussi été une très bonne initiative. Pour ma part, je pense que la séquence télé « Chefs d’oeuvre en péril » à la télévision dans ma jeunesse, m’a marqué. Et bien sûr je conseille simplement de lire le nouvel ouvrage de Philippe Abjean, « Le royaume du Silence », qui est un appel à une quête intérieure. 

Breizh-info.com : Quel sera le thème et le sommaire du numéro 3 ? Comment ont été reçus, et vendus, les deux premiers numéros ?

Grâce à Sophie de Gourcy, nous sommes entrés en contact avec Martin Aurell, un spécialiste mondial du cycle Arthurien, ce sera le Grand Entretien du Patrimoine Numéro 3 à la mi-juillet. Nous avons aussi rencontré David Robo, le maire de Vannes, autour de la restauration du patrimoine vannetais, et le projet d’un grand musée. Nous parlerons de la Table des Marchands de Locmariaquer, où « le soleil et la lune se marient ». De peinture à nouveau, avec celle de Georges Clairin à la Pointe du raz, et la « fabrication de stéréotypes », dixit André Cariou. De symbolique dans le « Salon rouge du château de Goulaine », avec Sophie de Gourcy, à côté de Nantes. Avant de raconter la création des monuments historiques dans le numéro 4 à l’automne, Claude Fagnen revient cet été pour le 2e épisode sur la séquestration des biens nationaux et cette période « « agitée » à la fin du XVIIIe siècle. Et plus encore… La commercialisation sur les cinq départements bretons est importante pour nous. D’où la UNE du premier numéro sur la symbolique du tombeau des parents de Anne de Bretagne dans la cathédrale de Nantes. L’accueil a été bon partout. Des abonnements arrivent tous les jours. Nous tirons à 4000 exemplaires. Notre modèle économique a été basé sur une année et 3 numéros. A ce jour, les ventes du numéro 1 et l’accueil du 2 nous permettent d’envisager la suite de façon positive.

Contact : [email protected]

Pour recevoir le Numéro 1 ou le Numéro 2, adresser un chèque de 10 euros à l’ordre du PATRIMOINE BRETON à : TI AR VRO / GLAD BREIZH – 3 Esplanade Famille Gabaï – 29000 Quimper 

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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Une réponse à “Eric Léost : « La richesse du Patrimoine breton témoigne de temps anciens radieux » [Interview]”

  1. patphil dit :

    du passé faisons table rase …. est devenu la déconstruction !
    quelle évolution !

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