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« Je pense que c’est vrai qu’on n’aurait pas fait ces mêmes essais dans la Creuse ou en Bretagne », confesse Emmanuel Macron à Tahiti, à propos des essais nucléaires menés par la France dans le Pacifique entre 1966 et 1974. C’est bien gentil à lui de songer à la Bretagne, mais présenter la question ainsi est absurde. Les essais nucléaires ont eu lieu à Mururoa et à Fangataufa parce que ces deux atolls de l’archipel des Tuamotou étaient inhabités. Et qu’on ne comptait pas même cinq mille habitants dans un rayon de 1 000 km alentour. Dans un rayon de 1 000 km autour de n’importe quelle île bretonne, plus de cent millions d’habitants auraient été concernés. Bretons, Français, Britanniques, Irlandais, Basques, Espagnols, Portugais, Flamands, Wallons, Bataves, Alsaciens, Allemands, Luxembourgeois et même Suisses et Italiens.
« La nation a une dette à l’égard de la Polynésie française », estime le chef de l’État. « Cette dette est le fait d’avoir abrité ces essais en particulier ceux entre 1966 et 1974, dont on ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres ». À l’écouter, on croirait que l’armée française a débarqué un beau jour, et pan ! 46 fois dans l’atmosphère avant de découvrir que, oui, peut-être, il pourrait y avoir des risques. Les risques, tout le monde en était conscient : les bombes atomiques sont dangereuses, elles sont même faites pour ça. Un système de surveillance radiologique avait été mis en place avant même le début des expériences.
Macron, vrai ou faux naïf ?
Des personnes ont néanmoins été irradiées – des militaires surtout. La France a évidemment une dette à leur égard. Mais parler d’une dette « à l’égard de la Polynésie française » est abusif. À l’époque des essais aériens, 10 % seulement des 120 000 Polynésiens habitent l’archipel des Tuamotou. La majorité de la population réside à Tahiti et dans les autres îles du Vent, à plus de 1 200 km de Mururoa. Les cas sont individuels et non collectifs.
Emmanuel Macron découvre le sujet avec une naïveté feinte ou réelle. Mais il y a cinquante ans que la question se pose. Elle n’est pas simple : comment établir un lien entre des pathologies très variées et une irradiation subie des dizaines d’années plus tôt ? La « loi Morin » du 5 janvier 2010 fixe une présomption de causalité assez large : dix-huit pathologies (cancer du poumon, de l’estomac, de la vessie, etc.) peuvent être indemnisées dès lors que le malade a séjourné dans certaines zones à certaines époques… sauf si un comité d’indemnisation considère le risque comme négligeable. Résultat : au bout de sept ans, sur 840 demandes, une vingtaine seulement ont été satisfaites.
La loi Morin est donc modifiée en 2018 à la demande d’élus polynésiens. Au fil du temps, cinq pathologies supplémentaires sont ajoutées à la liste, et toute limite géographique est supprimée. Il suffit d’avoir résidé en Polynésie française (soit sur 2,5 millions de km²) au moment des essais pour avoir droit à une indemnisation.
Une étude magistrale de l’INSERM
Pour y voir plus clair, L’INSERM a fait le point sur la question l’an dernier, dans une expertise collective de plus de 600 pages, en s’appuyant sur une masse d’informations, des données démographiques polynésiennes jusqu’aux études menées dans le monde entier à propos des expositions aux rayons ionisants. Comme si les rayonnements ne suffisaient pas, les Polynésiens multiplient les facteurs de risque, avec 36 % de tabagisme (30 % en métropole), une consommation d’alcool qui « a longtemps été parmi les plus élevées au monde » et une culture traditionnelle qui valorise le surpoids. Le climat tropical favorise aussi des maladies infectieuses et parasitaires. Faire la part des affections dues aux essais nucléaires est donc très difficile, d’autant plus qu’ils ne sont pas la seule source de radiations et que les experts divergent sur les effets des faibles doses.
Emmanuel Macron présente dans les termes les plus simplistes une question complexe que la France a entrepris de traiter assez généreusement depuis longtemps. Ainsi parvient-il à l’idée d’une « dette » de la France. Sa démarche rappelle nettement celle de Jean-Marc Ayrault, persuadé que la caractéristique majeure de Nantes en deux mille années d’histoire est sa participation à la traite transatlantique. Indemniser les personnes – Polynésiens comme métropolitains – affectées par les essais nucléaires est clairement une obligation. En profiter pour battre la coulpe du pays n’est absolument pas justifié. À moins que Macron ne compte payer toutes les dettes de la France envers toutes ses provinces pour toutes les vies qu’elle leur a réclamées lors de toutes ses guerres…
E.F.
[cc] Rangiroa, Tuamotu-Gambier, Polynésie Française, photo Benoit Mahe, Wikimedia Commons
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4 réponses à “Emmanuel Macron fantasme les essais atomiques en Bretagne”
Le moins que l’on puisse dire est que la France a pris moins de précautions que pour la covid. Là, il n’était pas question de risque zéro, ni de masques antirariations obligatoires ! Un peu comme pour les vaccins, il fallait savoir prendre des risques (certes négligeables à Passy).
Vous vous exprimez, c’est votre droit, sur une question que vous semblez méconnaitre complètement. J’ai fait 5 séjours longs à Mururoa, j’ai assisté à 47 essais, et puis affirmer que les précautions prises étaient tout le contraire de ce que vous décrivez! Croyez-vous que les milliers de personnes dont les plus grands spécialistes de la fission nucléaire auraient accepté de vivre sur des sites où la sécurité nucléaire comme la sécurité sismique et hydrographique seraient prises à la légère?
monsieur macron adore pourfendre tout ce qui est français !
à paris il aurait dit quelque chose, à tahiti il dit le contraire, encore le « en même temps »
Mr Macron, le Président de la désunion surtout à l’extérieur .