Les États-Unis vont entamer un dialogue avec les groupes terroristes – et notamment les FARC – en Colombie

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Il est bien connu que l’État colombien, soutenu par les États-Unis, a longtemps lutté pour établir un dialogue ouvert avec les organisations impliquées dans le trafic de drogue en Amérique du Sud, telles que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Il a pu valider les anciens guérilleros des FARC comme membres d’un nouveau parti politique, en ignorant l’implication de l’organisation dans le trafic de cocaïne dans la région.

Maintenant, de manière beaucoup plus profonde, le gouvernement américain lui-même a décidé de faire un pas vers la reconnaissance politique des organisations criminelles colombiennes, en retirant les FARC de la liste noire américaine des groupes finançant le terrorisme.

Le 30 novembre, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a annoncé que son pays avait annulé la classification des FARC comme organisation de financement du terrorisme. Cette annulation n’implique pas la suspension des accusations individuelles par les tribunaux américains contre les anciens membres des FARC, cependant, il est indéniable qu’à partir de ce moment il y aura un dialogue plus large, plus dynamique et direct entre le gouvernement américain et la milice colombienne, ce qui amène une série de soupçons sur l’intérêt réel de Washington à décider de prendre une telle mesure.

En effet, les FARC ne sont plus une organisation illégale en Colombie depuis 2016, lorsque le gouvernement de Juan Manuel Santos (2010-2018) a entamé un processus de pacification du pays et signé un accord d’amnistie, transformant la guérilla en un parti politique officiel. Cette mesure n’a toutefois eu que peu d’effets pratiques, car les FARC ont continué à opérer sur le marché illégal de la drogue, en entretenant des relations avec les cartels de la cocaïne et en favorisant les activités violentes de la guérilla à l’intérieur du pays et dans la forêt amazonienne. Le mérite de l’ancien président Santos a été, en somme, de pouvoir mettre fin à une guerre civile qui a duré plus de cinq décennies en signant un accord entre le gouvernement et les FARC, mais il n’a pas réussi à neutraliser les effets néfastes que l’organisation génère dans la société colombienne.

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Apparemment, c’est Santos, qui a reçu le prix Nobel de la paix pour ses efforts dans le dossier des FARC, qui a conseillé, lors de consultations privées, au gouvernement américain de prendre la mesure annoncée cette semaine. Pour Santos, nettoyer l’image des FARC en tant qu’organisation terroriste est une étape fondamentale à franchir pour garantir l’inclusion sociale des anciens combattants rebelles. La catégorisation de « terroristes » empêche de nombreux membres des FARC, même vivant légalement, de pouvoir obtenir de bons emplois et d’ouvrir des comptes bancaires, par exemple, ce qui contribue à leur marginalisation. Avec cette mesure, cela tend à changer, du moins dans une certaine mesure.

Un certain nombre de facteurs doivent être pris en compte pour comprendre ce qui se passe actuellement en Colombie. L’ancien président Juan Santos s’est éloigné de la vie publique ces dernières années, mais a récemment manifesté un certain intérêt pour la reprise de son activité politique, pas nécessairement dans une perspective électorale. Il s’est également montré intéressé par un dialogue avec Ivan Duque, l’actuel président, sur plusieurs points stratégiques pouvant faire l’objet d’une coopération mutuelle. Contrairement à Santos, qui est un universitaire respecté dans le monde entier, professeur à Oxford, et dont l’image semble « propre » aux élites transnationales, Duque a une position politique plus conservatrice et archaïque, en plus d’entretenir des liens presque ouverts avec les réseaux criminels, ayant des apparitions publiques avec des chefs du trafic de drogue enregistrées sur des photos. Cependant, tous deux convergent sur un point central, à savoir l’alignement sur Washington, étant donné que c’est Santos qui a signé l’accord visant à élever la Colombie au rang de partenaire mondial de l’OTAN et que Duque a considérablement approfondi ce partenariat, transformant son pays en une base militaire d’une importance maximale dans la stratégie américaine d’encerclement du Venezuela.

En pratique, il semble que l’expertise politique de Santos puisse jouer en faveur du gouvernement Duque ainsi que pour son propre bénéfice. Les États-Unis ayant cessé de considérer les FARC comme une organisation terroriste, Santos et Duque ouvrent la voie à l’insertion sociale des membres de l’organisation et, par conséquent, garantissent leurs votes. Dans un scénario d’alliance entre eux, le président actuel pourra dire que c’est son gouvernement qui a réussi à nettoyer l’image des FARC, tandis que, dans un scénario de scission, de nouvelle candidature de Santos ou de soutien à un autre candidat, l’ancien président dira que la mesure a été son mérite. Dans l’un ou l’autre scénario, il y aura une grande acquisition de voix.

Et, une fois de plus, Washington profite de la situation. Il est dans l’intérêt des États-Unis de contrôler autant d’organisations impliquées dans le trafic de drogue que possible. Au début des années 1990, le gouvernement américain a lancé une croisade historique pour renverser le « cartel de Medellín », dirigé par Pablo Escobar, qui avait monopolisé l’exportation de cocaïne vers l’Amérique du Nord et l’Europe. Pour vaincre Escobar, les agences de sécurité américaines ont formé une alliance avec le « Cartel de Cali« , une organisation de trafic de drogue qui contestait à Escobar le contrôle de la production de cocaïne. Après avoir vaincu le cartel de Medellín, les services de renseignement américains ont pris le contrôle total de la majeure partie de la production et de l’exportation de cocaïne en Colombie et ce scénario se poursuit aujourd’hui.

La plupart de la production incontrôlée de cocaïne en Colombie provenait précisément des organisations politiques dissidentes qui maintenaient la production de substances illicites comme source de ressources financières. Le scénario de la guerre civile a empêché le contrôle de ces groupes, mais la paix permet un plus grand dialogue à cet égard. On sait que les FARC sont désormais une organisation légale et que leurs membres subissent des préjudices sociaux dans le pays, mais il est inutile d’essayer d’insérer socialement les membres des FARC quand l’organisation continue à entretenir des groupes armés engagés dans le trafic de drogue et le terrorisme. La mesure prise par Washington semble vraiment erronée et ne peut être comprise qu’en tenant compte du fait que le gouvernement américain veut ouvrir la possibilité de négocier directement avec les organisations de trafiquants de drogue.

Gagner le contrôle du trafic de drogue est une étape fondamentale pour un pays ayant des plans expansionnistes. Washington montre clairement son intérêt pour le contrôle de la cocaïne colombienne, et le gouvernement colombien montre clairement sa volonté de coopérer avec lui.

Lucas Leiroz (Infobrics, traduction breizh-info.com)

Crédit photo : DR
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