Merde, un juron nantais avec Cambronne et Victor Hugo

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« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder » : cette petite phrase tonitruante d’Emmanuel Macron a ouvert sur un étrange registre la campagne présidentielle de 2022. Elle a déclenché des torrents de commentaires sur le thème « un président peut-il vraiment dire ça ? » Et aussi sur le mot « emmerder », ses dérivés (« emmerdements », « emmerdeur ») et sa racine : « merde ».

Ce juron, le plus bref des mots historiques, a acquis son titre de gloire avec le général Pierre Cambronne (1770-1842), né et mort à Nantes. Ce serait le dernier mot prononcé au dernier acte de Waterloo par le commandant du dernier carré de la garde impériale, en réponse à un général anglais qui le sommait de se rendre. L’essayiste nantais Michel Le Séac’h a raconté sur son blog l’histoire étonnante du « mot de Cambronne ».

Au lendemain du 18 juin 1815, un journaliste publie le récit de la bataille. Selon lui, avant de se faire hacher menu avec ses hommes (il survécut par miracle à ses blessures puis aux prisons anglaises), Cambronne aurait noblement répondu : « la Garde meurt mais ne se rend pas ! »

Waterloo inversé

Tout de suite, des doutes s’expriment : fait-on des phrases sous la mitraille ? Plusieurs fois démentie par le général E.R., la formule est néanmoins inscrite sur le socle de sa statue érigée à Nantes après sa mort. Mais le mot en M, qu’il ne faut pas dire, reste désigné couramment comme « le mot de Cambronne ». Ce qui suscite la colère de personnes respectables : non, non, un général de l’Empire n’a pu prononcer un tel mot ! (On mesure l’évolution des mœurs quand on l’entend dans la bouche d’un président de la République !)

Mais la gloire immortelle du mot « merde » ne vient pas tant de Cambronne lui-même que de Victor Hugo. En 1862, dans Les Misérables, il décrit la bataille de Waterloo et écrit en toutes lettres : « Cambronne répondit : Merde ! » De la grossièreté, il fait un mot glorieux : « L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. » Cette relecture du dernier instant impérial enthousiasme les Français.

Victor Hugo plus qu’un peu nantais

Cambronne était Nantais ; Victor Hugo l’était plus qu’un peu. Son général de père, Léopold Hugo, le « héros au sourire si doux » avait caserné à Nantes au temps des Guerres de Vendée. Il en avait été si marqué que La Tour d’Auvergne le croyait Breton et lui donnait du « pays », comme on disait alors entre provinciaux de même origine. Il s’était fait un ami nantais, l’armateur Trébuchet, et épousa l’une de ses filles, Sophie – dont Geneviève Dormann a établi une fougueuse biographie (Prix de la ville de Nantes 1983). Ainsi, tandis que son père guerroyait à travers l’Europe, Victor Hugo a été élevé à Paris, mais par une mère nantaise.

Mieux encore : nommé à Paris, Léopold avait rencontré le greffier Pierre Foucher, qui était nantais lui aussi. Ils étaient devenus inséparables. À peine Léopold marié, Foucher fit de même. Léopold fut son témoin. Au banquet, il porta ce toast : « Ayez une fille, j’aurai un garçon, et nous les marierons ensemble. » C’est ce qui se passa : Victor Hugo épousa Adèle Foucher, la mère de ses cinq enfants. Fils et gendre de Nantais, il ne pouvait qu’avoir de la sympathie pour Nantes. La visitant en 1834, il écrivait : « C’est beau. Pas assez de clochers pourtant. En général, la Bretagne, si pieuse, ne brille pas par les églises. »

Rien ne dit que Victor Hugo ait rencontré Pierre Cambronne. Mais ils ont deux choses en commun : Nantes et Merde !

Photo : statue du général Cambronne, cours Cambronne à Nantes. Photo B.I., droits réservés.
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