Mises en examen de deux anciens dirigeants du Refuge : tourmente dans mouvance LGBTQI+ ?

Les deux anciens dirigeants de l’association de Montpellier  Le refuge, Nicolas Noguier et Frédéric Gal, ont été présentés au parquet le 20 janvier à l’issue de leur garde à vue. Ils sont soupçonnés de faits graves à caractère sexuel. Quelle est donc cette association et de quoi sont vraiment accusés ses deux dirigeants ?

Le Refuge, fondation pour l’accueil de jeunes victimes d’homophobie

Fondée en 2003, l’association Le Refuge est reconnue d’utilité publique en 2011, avant de devenir en 2020 une Fondation. Elle propose un logement temporaire et un soutien à des jeunes en rupture familiale victimes de violences homophobes ou transphobes.

Jusqu’en février 2021, Le Refuge est présidé par Nicolas Noguier, se définissant comme « un activiste des droits humains », et dirigé par Frédéric Gal.

Elle est présente à travers 20 délégations départementales opérationnelles gestionnaires de dispositifs d’hébergement temporaire et d’accompagnement psychologique et social dans 20 villes dont Bordeaux, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Paris, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

D’après Wikipédia, « la structure est agréée depuis 2010 par le rectorat de l’académie de Montpellier  pour les interventions en milieu scolaire et la formation du personnel éducatif et devient en 2014 par décision ministérielle l’une des associations éducatives complémentaires de l’enseignement public. »

Wikipédia cite deux dispositifs spécifiques dont elle bénéficie :

  • dispositif Expérimental National d’Hébergement (DENH) pour jeunes réfugiés et demandeurs d’asile LGBTQIA+  de 30 places à Angers ;
  • lieu de Vie et d’Accueil (LVA) pour jeunes mineurs de 14 à 18 ans de 7 places à Aujargues. »

Dix-huit volontaires peuvent participer à son action depuis son agrément par l’Agence du service civique.

Selon Wikipédia, elle a reçu les distinctions suivantes :

  • Le Refuge est lauréat de l’édition 2010 du trophée des Associations lancé par EDF, catégorie Solidarité.
  • En 2012, la structure est récompensée par le prix Europe 1 Solidarité.
  • En 2014, l’association est lauréate de la fondation HSBC pour l’Education 
  • Le 8 novembre 2013, l’association Jeune chambre internationale (JCI) décerne à Nicolas Noguier son prix TOYP « Ten Outstanding Young Persons » 2013 dans la catégorie « contribution aux droits des enfants, à la paix mondiale et aux droits humains » lors de son congrès mondial à Rio. Nicolas Noguier reçoit ce trophée des mains de la présidente JCI Chiara Milani.

Wikipédia cite aussi le soutien de nombreuses personnalités : «  Le Refuge est soutenu par de nombreuses personnalités, telles que la chanteuse Jenifer, …Patrick Sébastien, le comédien Stéphane Slima, Vincent Macdoom, Stéphane Bern. Nicolas Serkis,  leader du groupe Indochine, a été parrain de l’association, de même que Muriel Robin à partir de novembre 2017 ».

Wikipédia rappelle également celui de certains politiques :

« Le 4 juin 2012, le président du Refuge a été reçu à l’Élysée par Pierre Besnard, chef de cabinet de François Hollande, où ont été abordés le suicide chez les jeunes homosexuels, l’hébergement des jeunes sans domicile fixe et la formation des travailleurs sociaux à ces problèmes. Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental, a rendu visite à l’équipe et aux jeunes hébergés par la structure, le 28 juin 2012. La structure a été reçue par Dominique Bertinotti, ministre chargé de la Famille, le 13 juillet 2012 où l’association a rappelé son engagement en faveur de l’ouverture du mariage aux couples de même genre.

Le 31 janvier 2013, la Garde des Sceaux Christiane Taubira rend hommage à l’action de l’association devant l’Assemblée nationale. »

Cette association, devenue fondation d’utilité publique, a donc bénéficié de longue date du soutien des pouvoirs tant politiques que culturels et économiques, qui lui a permis d’obtenir le statut très favorable d’une fondation d’utilité publique.

Pourtant, dès 2014, Rue 89 avait évoqué des faits discutables dans le fonctionnement de l’association. Les mises en examen de ses deux dirigeants confirmeraient-elles de graves dérives ?

Nicolas Noguier et Frédéric Gal, les deux dirigeants du Refuge, mis en examen

En décembre 2020, Médiapart avait parlé « d’une prise en charge défaillante des jeunes » par Le Refuge de Montpellier et, plus grave, publié  des témoignages  » mettant gravement en cause la direction ». 

Un audit externe, réalisé par le Boston Consulting Group, avait confirmé :  « des  dysfonctionnements structurels imposant une réaction forte et urgente ».

Ceci avait entraîné la démission du président Nicolas Noguier  et du directeur général Frédéric Gal le 18 février 2021.

Courant février 2021, le parquet de Montpellier avait reçu plusieurs plaintes et signalements émanant de particuliers ou d’association et concernant des infractions pénales qui auraient été commises au sein de la fondation Le refuge, tant au siège de Montpellier que dans certaines antennes.

Il était notamment fait état de « violences sexuelles (viol, agressions sexuelles et harcèlement sexuel) qui auraient été commises tant par le président fondateur du Refuge que par le directeur de celle-ci sur des personnes majeures ou mineures accueillies au sein de la structure ».

Par ailleurs, ces plaintes et signalements, une vingtaine, « faisaient également état d’un très large recours au bénévolat pour exercer des tâches qui auraient normalement dû être dévolues à des salariés ainsi que de comportements susceptibles de relever du harcèlement moral de la part des deux mêmes dirigeants et au préjudice tant de bénévoles que de salariés ».

Le parquet avait alors diligenté une enquête préliminaire en mars 2021.

Nicolas Noguier et Frédéric Gal ont été présentés au parquet le 20 janvier 2022 à l’issue de leurs gardes à vue.

L’ancien président fondateur du Refuge,  Nicolas Noguier, est mis en examen le 21 janvier dernier « pour un fait de viol et un fait d’agression sexuelle » et Frédéric Gal, cofondateur et ex-directeur du Refuge, « pour deux faits de harcèlement sexuel » selon la déclaration du Procureur, M. Belargent.

Tous deux ont également été mis en examen pour travail dissimulé et harcèlement moral sur plusieurs salariés et bénévoles de la fondation.

Ils ont été placés « sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec les plaignants du dossier et d’exercer une activité en contact régulier avec des mineurs ou des personnes vulnérables ».

Que disent les plaignants ?

Les témoignages affluent après la mise en examen de deux anciens dirigeants du Refuge, en particulier dans la boîte mail de l’ADAR, Association de défense des anciens du Refuge.

L’ADAR a été créée par Yohan Allemand, lui même hébergé il y a quinze ans à Montpellier et ancien bénévole du Refuge. « Quand j’ai lu ces témoignages, j’ai ressenti un choc, un dégoût total », témoigne-t-il à France Inter. « Je réalise que ces jeunes étaient sous influence de l’ancienne gouvernance du Refuge. ».

« Tous sont vulnérables, arrivés au refuge avec des histoires personnelles douloureuses. Beaucoup se sentent redevables de l’aide qu’ils reçoivent. Et on se rend compte aujourd’hui qu’en échange, il y a eu des relations sexuelle », poursuit Yohan Allemand.

Parmi les 18 plaintes déposées,  le site de France inter rapporte par exemple celle de Lilo Padovano sur un trajet en voiture entre Montpellier et Nîmes avec Nicolas Noguier.

« Sur l’autoroute, il a commencé à me caresser le genou, puis la cuisse, puis les parties intimes », se souvient-il. « Cela a duré pendant tout le trajet aller, puis sur le trajet du retour. J’étais tétanisé, je n’ai pas bougé, je n’ai rien pu faire. Je regardais par la fenêtre pour éviter son regard. J’en ai tout de suite parlé à la travailleuse sociale de la structure, mais il ne s’est rien passé. J’en ai parlé aussi à des amis extérieurs au Refuge, mais ils ne m’ont pas cru. »

Yohann Allemand affirme que d’autres plaintes devraient être déposées prochainement.

Pour Eric Morain, avocat de seize des plaignants dont quelques femmes, déclare qu’ « on est face à quelqu’un qui avait créé un petit univers dans le lequel il était tout-puissant, parfois adulé parfois détesté, qui profitait d’une certaine désorganisation de l’association ».

La défense des mis en cause

Les mis en examen récusent ces accusations ainsi que Midi libre le rapporte dans son édition du 21 janvier : « Après la mise en examen, l’avocat de Nicolas Noguier, Stéphane Fernandez, annonce à Midi Libre faire appel de l’ordonnance de mise en examen à l’encontre de son client. Notamment l’accusation de viol. Nicolas Noguier a d’ailleurs de son côté saisi un juge d’instruction avec constitution de partie civile en novembre dernier (avant sa mise en examen, ndlr) se disant lui-même victime de faits de harcèlement sexuel de la part de son accusateur. Mettant en cause ce dernier pour dénonciation calomnieuse. « Mon client a fait l’objet d’une campagne de diabolisation », selon Me Stéphane Fernandez. « Ce qui est terrible c’est que l’on est de moins en moins respectueux de la présomption d’innocence, ils veulent la mort sociale de Nicolas Noguier ».

Un traitement médiatique plutôt discret

L’affaire n’étant pas jugée, ces deux mis en cause doivent en effet bénéficier de la présomption d’innocence comme tous ceux qui sont accusés et aussitôt cloués au pilori par les médias sans attendre la décision judiciaire.

Ce qui est symbolique c’est la différence de traitement par la plupart des médias de ce dossier.

Ainsi, un de ces médias écrit : « Car à Montpellier comme dans le milieu LGBT+, Nicolas Noguier est une figure très respectée. Personne ne remet en cause son engagement en faveur des jeunes rejetés par leur famille en raison de leur orientation sexuelle ».

De même, ils insistent pour que l’action de l’association Le Refuge ne soit pas confondue avec celle de ses deux anciens dirigeants.

Une différence d’approche avec la façon dont l’Eglise catholique a été traitée lors des affaires d’agressions sexuelles commises par quelques clercs.

Louis Bonnery

Crédit photo : DR
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Une réponse

  1. halte aux subventions d’argent public sans vérification de l’état
    soit on est bénévole et on vit de dons (comme breize info) soit on est nationalisé

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