A la découverte de Ma7.sk, plus grand média hongrois de Slovaquie [Entretien]

A la rédaction de Breizh-info, nous apprécions de vous faire découvrir également d’autres médias, francophones…ou pas. Aujourd’hui nous partons en Slovaquie, plus précisément en Haute-Hongrie, à la découverte du média conservateur Ma7.sk, dont nous avons rencontré le responsable, pour évoquer le conservatisme, mais aussi l’Europe centrale, la situation des minorités ethniques et culturelles là bas.

Bonne découverte !

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Krisztián Pomichal : Je suis biologiste évolutionniste de métier, mais depuis 2019, je travaille comme journaliste. J’ai toujours été intéressé par la politique étrangère, et en tant que membre de la communauté hongroise (nous n’aimons pas le mot minorité, car on ne peut pas être une minorité dans sa propre patrie) en Slovaquie, je représente fièrement mon peuple dans les médias. Je suis le rédacteur en chef du plus grand média hongrois de Slovaquie ou, comme nous l’appelons, Felvidék (ce qui signifie Haute-Hongrie), appelé ma7.

Breizh-info.com : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs la situation dans le sud de la Slovaquie, avec la minorité hongroise ?

Krisztián Pomichal : Après la première guerre mondiale, l’empire austro-hongrois s’est effondré. Dans le traité de Versailles (palais de Trianon) la Hongrie a perdu 72% de ses terres et 64% de sa population. Pour dire la vérité, une partie de cette population n’était même pas hongroise, de nombreuses nations, comme les Slovaques ou les Tchèques, ont obtenu leur propre État-nation.

MAIS près de 3,3 millions ( !) de Hongrois sont devenus citoyens de nouveaux États (la Transylvanie était occupée par les Roumains, qui avaient auparavant leur propre pays, beaucoup plus petit), et personne ne leur a demandé s’ils voulaient rejoindre ces nouveaux États. Des terres 100% hongroises (comme ma propre région, appelée Csallóköz – l’île de seigle) ont fait partie d’un nouveau pays simplement parce que quelqu’un a écrit un document près de Paris dans un château.

Par exemple, 800 000 Hongrois sont devenus citoyens de la Tchécoslovaquie, sans aucune discussion.

Je suis donc aujourd’hui citoyen de la République slovaque (la Tchécoslovaquie et la Slovaquie sont des États indépendants depuis 1989), mais je suis hongrois, ma langue maternelle est aussi le hongrois (beaucoup de Hongrois en Slovaquie parlent très mal le slovaque, ce qui est une bonne chose, car l’assimilation est beaucoup plus lente). Mes ancêtres ont vécu dans cette région depuis les années 1600. Malheureusement, la communauté hongroise devient de plus en plus petite, il y a maintenant environ 420 000 hongrois en Slovaquie, l’assimilation est assez rapide. L’une de mes « missions » en tant que journaliste est de lutter contre ces tendances.

Breizh-info.com : Quelles visions avez-vous des minorités régionales ou ethniques qui se battent pour leur langue, leur liberté, leurs droits dans toute l’Europe ?

Krisztián Pomichal : Je pense qu’il est vraiment important que nous nous connaissions les uns les autres. C’est pourquoi je pense que cette interview est une grande opportunité (d’ailleurs, je vous en remercie !). Nous devons mener des batailles différentes, mais je pense que nous pouvons nous aider mutuellement en sensibilisant les gens.

Malheureusement, l’Union européenne ne soutient pas les minorités ethniques ou régionales. Il est clair qu’ils ont leur propre agenda en soutenant d’autres minorités, comme les minorités sexuelles ou religieuses. Mais nous ne pouvons pas dire que nous ne nous mêlons pas de leurs affaires, je pense que nous devons rester sur nos positions aussi longtemps que nous le pouvons. Nous devons élever la voix, nous ne pouvons pas dire : « Je me fiche de l’UE, qu’elle fasse ce qu’elle veut ». Malheureusement, cela ne fonctionnera pas ! L’UE finira par imposer sa volonté aux États-nations, si nous ne nous battons pas. Peut-être n’avons-nous aucune chance, mais qui s’en soucie ? Il faut juste se battre !

Breizh-info.com : Votre média est aussi un média conservateur. Pour vous, qu’est-ce qu’un média conservateur ? Quel point de vue défendiez-vous ?

Krisztián Pomichal : Pour moi, les médias conservateurs incarnent et défendent des valeurs. Je ne crois pas que le seul rôle des médias soit d’être la quatrième colonne du pouvoir, d’être le chien de garde. Non ! Nous devons représenter nos valeurs : la patrie, la famille, la fierté nationale, la religion, les traditions. Ce sont les choses qui ont fait de l’Europe ce qu’elle est, ou malheureusement, ce qu’elle était. Le plus grand continent ! Pour moi, mon rôle en tant que journaliste conservateur est de diffuser les valeurs qui me tiennent à cœur.

A mon avis, c’est beaucoup plus difficile et beaucoup plus important à mon sens que par exemple, d’obtenir des informations sur une nouvelle affaire de corruption.

Breizh-info.com : Quel regard portez-vous sur l’Europe occidentale aujourd’hui ? La liberté d’expression et la liberté de la presse sont-elles les mêmes en Europe centrale et en Europe occidentale ?

Krisztián Pomichal : En tant que personne originaire d’un pays d’Europe centrale et orientale, l’Europe occidentale était pour moi une sorte de pays de rêve. Paris, Berlin, Londres, Madrid, toutes les grandes villes étaient comme la terre promise que je voulais voir (sans pour autant vouloir quitter ma patrie).

Maintenant, l’Europe occidentale est malheureusement devenue quelque chose d’autre. Quelque chose que je ne veux pas voir dans mon propre pays. Le grand écrivain russe Fiodor Dostoïevski a dit un jour de la Russie qu’elle avait un avantage sur l’Europe occidentale, l’avantage d’être en retard. C’est ce que je pense des pays d’Europe centrale au XXIe siècle.

Dans nos pays, heureusement, nous n’avons pas à nous soucier de l’utilisation du pronom correct pour décrire quelqu’un, ou du fait que nous ne pouvons pas visiter certains quartiers de nos villes devenus trop dangereux, des zones de non droit.

Mon travail consiste à faire en sorte qu’il en soit ainsi aussi longtemps que possible.

C’est bon de voir Yann, que nous ne sommes pas seuls !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR

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