Portrait. Maël de Calan, à la fois LR, « Macron-compatible », Américain…

Le Finistère a la chance d’être un département béni par les dieux. En effet son conseil départemental est présidé par un homme qui possède toutes les qualités : Maël de Calan (Saint-Pol-de-Léon). Ce poulain d’Alain Juppé a d’abord été battu aux élections législatives de juin 2017 (circonscription de Morlaix) par une « marcheuse » inconnue (Sandrine Le Feur), puis la liste sur laquelle il figurait – en septième position – aux élections municipales de mars 2020 est battue à Roscoff. Rêvant d’une carrière nationale, il se voit président de LR ; ce qui le conduit à être candidat, mais Laurent Wauquiez est élu dès le premier tour (74,64 %), tandis que le Léonard n’arrive qu’en troisième position (9,25 %).

Pour mener campagne, LR a accordé 15 000 euros à chaque candidat. « Le candidat juppéiste Maël de Calan, qui confie « vivre au crochet de sa femme » depuis le début de la campagne, entend profiter de l’enveloppe pour développer sa stratégie numérique. » (Le Figaro, vendredi 27 octobre 2017) Ce candidat moderne « demande que Les Républicains disent clairement que leurs alliés sont au centre, qu’ils sont prêts à combattre le FN et ses idées, et qu’ils défendent les valeurs européennes » (Le Télégramme, lundi 11 décembre 2017). « La droite doit être intelligente », proclame-t-il (Le Parisien, 4 décembre 2017). C’est pourquoi il réclame la disparition de l’ISF : « La droite doit assumer sa suppression totale, qui n’est pas un cadeau aux riches mais un outil au service de la croissance et de l’emploi. De la même manière que la baisse de la fiscalité des dividendes et des charges n’est pas un cadeau aux rentiers ou aux patrons. » (Les Echos, jeudi 2 novembre 2017).

De Calan est aussi « écrivain »

Pour s’occuper, Maël De Calan se met à écrire. On aura donc droit d’abord à La Vérité sur le programme du Front national (Plon) en mai 2016 ; il décortique le programme du FN pour mieux le critiquer. Le sien est évidemment meilleur puisqu’il propose « la retraite à 65 ans et la sortie des 35 heures »« un programme de réformes courageuses », dit-il (Ouest-France, Bretagne, vendredi 29 avril 2016). Va suivre Où va la droite ? La tentation populiste (Les Editions de l’observatoire) en août 2018. Pour l’auteur, il s’agit d’«un petit manuel de combat pour convaincre la droite de résister tout en défendant fièrement ses idées ! » (Le Figaro, 25-26 août 2018). Un « livre décapant », selon le complaisant François-Xavier Lefranc , rédacteur en chef d’Ouest-France (Dimanche Ouest-France, 23 septembre 2018) ; mais cet essai permet surtout de clarifier les choses : « La droite de gouvernement, qui assume la complexité du pouvoir et veut transformer les choses, ne peut pas coexister avec une droite populiste qui fonderait son action sur la démagogie et le simplisme. » Qu’en pensent les partisans de la stratégie de « l’union des droites » ?

En bon libéral – LR tendance Médef -, de Calan se veut « Macron-compatible ». Dès les élections législatives de 2017, il fait des risettes au nouveau président de la République. Son mentor Alain Juppé l’a constaté avec étonnement : « Le 30 mai, je suis allé soutenir en Bretagne mon ancien conseiller Maël de Calan. Et qu’est-ce qu’il met sur ses affiches ? « La droite ouverte pour réformer avec Macron » (Le Canard enchaîné, 7 juin 2017). Pour bien se démarquer de son président Laurent Wauquiez, il se refuse à toute « opposition radicale, systématique et bruyante. Je suis surpris de voir des responsables de mon parti attaquer avec autant de virulence le gouvernement, même si ses positions étaient celles que nous défendions il y a plusieurs mois » (Libération, vendredi 24 novembre 2017). A ceux qui lui reprochent son « ambition démesurée », voire son « arrivisme », il réplique :  « Je suis toujours resté dans ma famille politique. Je considère que le rôle de la droite est de pousser Macron aussi loin que possible dans le sens de la réforme ». Nicolas Legendre, le correspondant du Monde à Rennes, explique ensuite que le coup d’«une droite ouverte pour réformer avec Macron » – que l’on pouvait lire sur ses affiches, sans logo LR – n’a pas donné les résultats escomptés. Non seulement de Calan est battu au second tour par la candidate LREM, mais encore « lui qui s’imaginait quelques mois plus tôt, selon ses proches, comme potentiel secrétaire d’Etat ou ministre, a dû ravaler ses ambitions » (Le Monde, samedi 9 septembre 2017).

Lorsque Valérie Pécresse crée son mouvement Libres !, le Léonard en devient le vice-président. « Les valeurs de Libres ! sont d’ailleurs majoritaires dans l’électorat LR. Nous avons simplement décidé de regrouper nos forces pour pouvoir peser sur la ligne de la droite » (Le Figaro, samedi 17 février 2018), se persuade-t-il. Pourtant, à l’occasion de la primaire de la droite pour l’élection présidentielle, on a pu constater que pour l’emporter Valérie Pécresse a placé son curseur bien à droite (contrôle de l’immigration, « impunité zéro », suppression de 200 000 postes de fonctionnaires, etc.), oubliant les « recommandations » du sieur de Calan. Toujours hostile à la ligne impulsée par Laurent Wauquiez, de Calan abandonne la présidence de la fédération du Finistère de LR : « Je n’y adhère pas toujours sur le fond, je crois qu’elle nous isole et qu’elle ne nous permettra pas de remporter les prochains scrutins » (Ouest-France, Bretagne, vendredi 3 août 2018).

Les Américains nourrissent de Calan

Mais la politique ne nourrit pas toujours ; il faut songer au casse-croûte lorsqu’on ne parvient pas à se faire élire député. L’intelligence incite à chercher une carte de visite susceptible de rendre service ensuite ; c’est pourquoi dans la promotion 2018 de la « French American Foundation », on trouve Maël de Calan parmi les « Young Leaders » (Le Figaro Economie, mardi 10 juillet 2018). Les Américains vont lui donner un job ; notre homme « rejoint le bureau parisien du cabinet de conseil en stratégie » McKinsey où il devient « directeur de projet avec la casquette d’associate partner » (Le Figaro Economie, mercredi 10 octobre 2018). C’est le début de la gloire. Le Gouvernement fait appel à McKinsey pour gérer la campagne de vaccination. Le 23 décembre 2020, dans une visioconférence, on voit donc « Maël » expliquer aux directeurs des agences régionales de santé (ARS) comment va se dérouler la campagne de vaccination. Le ministre Olivier Véran lui laisse le soin de« détailler la méthode et l’agenda gouvernemental, les dates de livraison des vaccins, le circuit logistique, etc. » (Le Canard enchaîné, 6 janvier 2021). « Maël de Calan pilote une équipe d’une quinzaine de personnes, qui intervient en soutien de la « task force vaccin ». (…) Ce recours à une firme américaine a pu heurter certains au ministère de la Santé  (…) Le cabinet intervient fréquemment sur des sujets opérationnels pour le gouvernement français. » (Le Télégramme, jeudi 7 janvier 2021). On se demande à quoi servent les nombreux hauts fonctionnaires qui peuplent le ministère de la Santé et ses annexes…

McKinsey est une boîte qui paie bien. « Selon sa déclaration d’intérêts, Maël de Calan percevait entre 11 900 et 15 600 euros nets par mois chez McKinsey » (Challenges, 24 février 2022). Alors qu’en tant que président du conseil départemental du Finistère, il devra se contenter de 5 357 euros bruts/mois (séance du 26 juillet 2021). Comment expliquer ce sacrifice ? D’où la question : continue-t-il à travailler pour McKinsey ? Effectue-t-il des missions qui lui permettent d’améliorer l’ordinaire ? Siège-t-il dans des conseils d’administration avec des jetons de présence qui mettent du beurre dans les épinards ? Comparé à François Baroin, Maël de Calan demeure un gagne-petit. En 2019, ce dernier a perçu 137 000 euros nets (près de 11 500 euros mensuels) en tant qu’avocat. La même année, il a aussi perçu 310 000 euros nets de dividendes de sa société de conseil, FB Conseil. Par ailleurs, il est membre de plusieurs conseils d’administration (Ouest-France, vendredi 21 janvier 2022).

Maël de Calan devient président de justesse…

En insistant, on finit par y arriver, surtout si la chance est au rendez-vous. C’est ce qui est arrivé à Maël de Calan lors des élections départementales de juin 2021. Depuis 1998, l’assemblée départementale du Finistère était la propriété de la gauche. En 2015, il avait manqué un canton à la droite pour l’emporter. L’an passé, dirigée par M. de Calan, l’Alliance pour le Finistère (droite) emporte 14 cantons, la gauche 11. Les Verts mettent la main sur Brest 2 (Centre-Recouvrance) et les régionalistes (Philippe Guillemot et Corinne Nicole, des amis de Christian Troadec) s’imposent à Carhaix. L’arithmétique parle : Maël de Calan se retrouve président du conseil départemental.
Tirée par les cheveux, ric-rac… C’est ainsi qu’on peut qualifier cette victoire. Car, dans plusieurs cantons, la droite l’emporte avec une poignée de voix d’avance. C’est en particulier le cas à Brest-3 (Saint-Pierre-Plouzané) où le binôme de droite l’emporte avec cinq voix de plus (3 489/3 484, soit 50,04 %/49,96 %). Le chef de file du PS, Marc Labbey, qui était programmé pour devenir président, est donc renvoyé dans ses foyers. A Briec, le binôme de droite devance celui de gauche de 124 voix (3 961/3 837). A Douarnenez, l’écart est de 170 voix (5 969/5 799).
L’abstention est très forte, en général entre 60 et 70 %. C’est à Brest-1 (Bellevue-Lambézellec) que l’abstention est la plus forte (74,04 %) et à Douarnenez qu’elle est la plus faible (56,60 %). Dans la paroisse de Benoît Hamon (Saint-Renan), elle atteint 62,71 % ; si l’ancien candidat à la présidence de la République avait été candidat, la gauche l’aurait-elle emporté ?
En 2027, on assistera au match retour. M. de Calan a intérêt à labourer le terrain sérieusement s’il veut conserver la majorité. Pour réussir en politique, il faut parvenir à fabriquer une « marque ».
Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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0 réponse

  1. Mael de Calan s’est rêvé en chevalier blanc qui tuerait le dragon populiste et ramènerait ses électeurs au centrisme LR. Il est en train de contribuer au résultat inverse : le rétrécissement progressif de son parti. Vu ses résultats jusqu’à présent, ce petit homme est une boussole qui montre le Sud. On peut se demander quelle est la motivation de ceux qui comptent sur lui, que ce soit pour organiser la vaccination ou pour servir l’influence américaine en France. Ou pour diriger un conseil départemental, d’ailleurs.

  2. dans la biographie de Mael de Calan, vous avez oublié son rôe plus que trouble dans le sabotage de la candidature Fillon ; au prétexte de le supporter, il a été pour lui comme la corde l’est au pendu, et a serré le noeud aussi fort qu’il l’a pu …

  3. il va rejoindre la gauche en votan macron dès le 1er tour!
    je note que nolleau ( restons zen sur paris première) , a traité zemmour, mlp et mélanchon de « poutinolatres » réduction ad hitlérum bien connue, tous ceux qui ne se rallient pas à macron sont des traitres!

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