A la découverte des Saints Bretons. Le 6 août, c’est la St Dahud

Nous vous proposons dans cette rubrique de découvrir l’histoire des Saints Bretons. Les saints bretons désignent des personnalités bretonnes vénérées pour le caractère exemplaire de leur vie d’un point de vue chrétien. Peu d’entre elles ont été reconnues saintes par la procédure de canonisation de l’Église catholique (mise en place plusieurs siècles après leur mort), mais ont été désignées par le peuple, leur existence même n’étant pas toujours historiquement attestée. La plupart des vitae de saints bretons qui nous sont parvenues datent en effet des ixe et xe siècles ou ont été réécrites dans le contexte de la réforme grégorienne qui induit parfois les clercs à remodeler les documents hagiographiques, issus de traditions orales transmises aussi bien dans le vieux fond populaire que dans le milieu savant, dans leur intérêt (légitimation de la figure épiscopale, du bien-fondé d’une réforme d’une communauté monastique). Le développement du culte de ces saints se développe au Moyen Âge tardif lorsque plusieurs familles de l’aristocratie bretonne s’approprient les légendes hagiographiques en justifiant par des arguments généalogiques, de la protection particulière d’un saint ou de son adoption comme ancêtre de substitution dans leurs lignages.

Les historiens actuels éprouvent encore beaucoup de difficultés pour distinguer entre imaginaire et réalité. L’historicité des épisodes de la vie de ces saints reste ainsi souvent douteuse car ces épisodes se retrouvent dans l’hagiographie tels qu’ils apparaissent dans les coutumes ou dans le folklore. La structure même du récit des vitae se rencontre dans d’autres Vies de saints dont les auteurs reprennent généralement des « conventions littéraires d’un modèle biblique qui façonnait leurs modes de pensée et d’expression ».

En 2022, environ 170 saints bretons sont représentés, chacun par une statue, à la Vallée des Saints, en Carnoët.

Le 6 août, c’est la St Dahud

Dahut ou Dahud, parfois confondue avec Ahès, est un personnage majeur de la légende de la ville d’Ys, l’un des récits les plus connus du légendaire breton. Issue d’une figure féminine de l’Autre Monde propre à la mythologie celtique, Dahut était certainement une femme inspirée d’une déesse mère ou une fée gardienne des vannes empêchant les eaux de se répandre dans la ville sur laquelle elle règne. Son rôle et sa nature sont ensuite nettement modifiés par l’influence de la religion chrétienne et de la littérature.

Remaniée, sa légende en fait la fille unique de Gradlon, le roi de Cornouaille. Elle construit (ou fait construire) la ville d’Ys où le plaisir règne en maître, provoquant la colère d’un homme d’Église. Princesse de cette ville, Dahut finit par provoquer la submersion d’Ys par l’océan à cause de ses péchés. Selon différents collectages bretons plus tardifs, elle n’en est pas morte et continue de hanter la baie de Douarnenez et les côtes du Trégor sous la forme d’une sirène. Dahut intervient aussi dans un conte du roi Marc’h. Émile Souvestre introduit de nombreux détails littéraires sur sa luxure dans sa version de la légende, notamment la nuit que Dahut passe avec le Diable, cause de la submersion d’Ys. La version de Charles Guyot, écrite au début du xxe siècle, en fait la fille de Malgven, la « reine du Nord ». C’est généralement cette dernière version qui est reprise comme version canon de l’histoire de Dahut depuis le milieu du xxe siècle, en particulier par Jean Markale et Michel Le Bris.

Dahut est devenue un symbole du mal dans les versions courantes de sa légende. Cependant, d’autres analyses y voient l’incarnation d’un pouvoir spirituel féminin combattu par le christianisme ou une allégorie de la mer. Plusieurs artistes se font l’écho de cette vision et proposent une vision païenne de Dahut, dans laquelle elle a un enfant et se cache depuis dans sa cité engloutie. Sa légende connaît un grand succès littéraire depuis le xixe siècle. Elle reste très populaire de nos jours ; Dahut apparaît dans de nombreux opéras, chansons, romans, spectacles, et des bandes dessinées.

Crédit photo : DR
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