A la découverte des Saints Bretons. Le 16 septembre c’est la St Korneli

Nous vous proposons dans cette rubrique de découvrir l’histoire des Saints Bretons. Les saints bretons désignent des personnalités bretonnes vénérées pour le caractère exemplaire de leur vie d’un point de vue chrétien. Peu d’entre elles ont été reconnues saintes par la procédure de canonisation de l’Église catholique (mise en place plusieurs siècles après leur mort), mais ont été désignées par le peuple, leur existence même n’étant pas toujours historiquement attestée. La plupart des vitae de saints bretons qui nous sont parvenues datent en effet des ixe et xe siècles ou ont été réécrites dans le contexte de la réforme grégorienne qui induit parfois les clercs à remodeler les documents hagiographiques, issus de traditions orales transmises aussi bien dans le vieux fond populaire que dans le milieu savant, dans leur intérêt (légitimation de la figure épiscopale, du bien-fondé d’une réforme d’une communauté monastique). Le développement du culte de ces saints se développe au Moyen Âge tardif lorsque plusieurs familles de l’aristocratie bretonne s’approprient les légendes hagiographiques en justifiant par des arguments généalogiques, de la protection particulière d’un saint ou de son adoption comme ancêtre de substitution dans leurs lignages.

Les historiens actuels éprouvent encore beaucoup de difficultés pour distinguer entre imaginaire et réalité. L’historicité des épisodes de la vie de ces saints reste ainsi souvent douteuse car ces épisodes se retrouvent dans l’hagiographie tels qu’ils apparaissent dans les coutumes ou dans le folklore. La structure même du récit des vitae se rencontre dans d’autres Vies de saints dont les auteurs reprennent généralement des « conventions littéraires d’un modèle biblique qui façonnait leurs modes de pensée et d’expression ».

En 2022, environ 170 saints bretons sont représentés, chacun par une statue, à la Vallée des Saints, en Carnoët.

Le 16 septembre c’est la St Korneli

La légende dit qu’il serait à l’origine des alignements de menhirs… Saint Cornély est le patron des bêtes à cornes (karn = corne), il est aussi le patron de Tour’ch (29).

Dans le sud de la Bretagne, saint Cornély – Sant Korneli – est le plus connu [des saints protecteurs du bétail]. On doit voir en ce mot la forme bretonne de Corneille (latin Cornelius). C’est du reste sous ce nom de Corneille qu’il est connu à la Chapelle-des-Marais, en Haute-Bretagne. En Cornwall, chez les Bretons d’outre-Manche, il existe une paroisse nommée Saint-Cornelly. Ce saint homme fut pape de 251 à 253. L’Empereur Gallus le persécuta et il mourut en exil.

Selon la légende que les enfants de Carnac se font plaisir de vous raconter, Cornéli, pape à Rome, était poursuivi par des soldats païens. Deux boeufs l’accompagnaient qui portaient ses bagages. Un soir, il arriva devant la mer. Les soldats le serraient de près, rangés en bataille. Il se cacha dans l’oreille d’un boeuf et transforma ses ennemis en pierre. Telle est l’origine de ces alignements mégalithiques de Carnac, si célèbres. Ils sont, en effet, appelés Soudarded sant Korneli (soldats de saint Cornéli). Comme on le voit, la première partie du récit correspond exactement à la vie du saint. Que de plus on le fasse venir à Carnac, rien d’étonnant : c’est monnaie courante dans l’hagiographie populaire bretonne. Il plaît de rapprocher, terrestrement, les saints de nous.

Au Moustoir, à Kergroix, on faisait voir les empreintes des pieds des boeufs de saint Cornéli. Il s’agit, selon M. Le Rouzig, le regretté conservateur du Musée préhistorique Miln à Carnac, de cuvettes naturellement creusées dans le granit par les pluies, dites en maints endroits « empreintes du diable » ou d’un saint quelconque.

A Landevant, on indiquait le chemin que Cornéli avait suivi, et où la récolte poussait toujours plus drue. D’ailleurs, le saint mit à profit ses qualités fertilisantes pour tromper les soudards de Rome. Comme il arrivait près de Carnac, il vit des paysans occupés à semer dans un champ.

  • Que semez-vous là ? leur demanda-t-il.
  • De l’avoine, lui fut-il répondu.
  • Alors, dit le saint, demain vous récolterez votre avoine.

Les gens furent assez étonnés … On le serait à moins. Pourtant, le lendemain, l’avoine était mûre.
Tandis que les paysans étaient venus la couper, des soldats romains arrivèrent.

  • N’avez-vous pas vu passer ici un homme avec deux boeufs ? demanda leur chef.
  • Oui, répondirent les paysans, quand nous semions cette avoine.
  • Dans ce cas, répliqua-t-il sagement, il est inutile d’aller plus loin.

Quelques instants plus tard, les soldats étaient changés en pierre. Le saint Pape, dans sa fuite, arriva un soir dans un village. Les boeufs, comme lui-même, étaient très fatigués. Cornéli allait s’arrêter. Tout à coup, il entendit une jeune fille qui insultait sa mère. Choqué, ne voulant pas passer la nuit en aussi mauvais voisinage, il poursuivit sa route … Peu après il atteignait la mer.

Pourquoi a-t-on choisi saint Corneille comme patron des vaches ? Sans doute à cause de son nom. On y a astucieusement recherché Korn (corne) et heli (garder, en gallois et en vannetais).

Un recteur nous contait qu’une fois une offrande fut faite, par une vieille femme, à saint Korn, tout court… On pourrait peut-être rapprocher ce saint de la divinité cornue des Gaulois : Cernunnos. La ressemblance avec Carnac est aussi troublante, quoique ce dernier nom soit le plus souvent rattaché au gaëlique Cairn (lieu rocheux sacré).

Saint Cornéli est prié en de nombreux endroits, au pays de Vannes principalement. Citons, par exemple, les chapelles de saint Cornéli à Carnac, Languidic, Plouhinec. Nous ajouterons la Chapelle-des-Marais, la chapelle Saint-Mathieu à Guidel, la chapelle Saint-Philibert à Moélan, Baye où une cérémonie fut instituée au milieu du XIXè siècle, Stival, Plouray, Pluméliau, Buléon, où viennent bon an, mal an, à la chapelle Sainte-Anne une trentaine de vaches (et autant de chevaux)…Beaucoup de lieux qui ne possèdent pas de pardon ont pour le moins une statue. Et tel recteur considère Cornéli comme le deuxième patron de la paroisse.

G. MILLOUR : Les saints guérisseurs et protecteurs du bétail – Librairie Celtique – Paris – 1946

Crédit photo : wikipedia (cc, église st tudual de Trebabu)
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