Richard Ferrand a connu des jours meilleurs…

La vie est dure pour Richard Ferrand. On ne respecte plus les gens importants… Alors qu’il est député de Carhaix (LREM), président de l’Assemblée nationale et conseiller régional sortant, il figure sur la liste « Nous la Bretagne » (Agir, LREM, MoDem) dirigée par Thierry Burlot aux élections régionales de juin 2021. Dans la section Finistère, il occupe la troisième place. Dans ce département, la liste en question n’obtient que 14,59 % des suffrages exprimés. A l’échelon Bretagne (4), le résultat n’est guère plus brillant pour la liste : 15,53 %. Au second tour, la liste « Nous la Bretagne » descend à 13,24 % dans le Finistère et à 14,75 % en Bretagne (4). Résultat des courses : seulement neuf sièges pour les macronistes (Olivier Allain, Stéphanie Stoll, Tristan Bréhier, Alexandra Guilloré, Marie-Pierre Védrenne, Bernard Marboeuf, Anne Patault, Anne Le Hénanff, Yves Bleunven). Exit Richard Ferrand.

Arrivent les élections législatives de juin 2022. Au premier tour, Richard Ferrand (Ensemble) – qui se présente pour un troisième mandat dans la circonscription de Carhaix – arrive en tête (16 526 voix, 33,56 %), devançant Mélanie Thomin (Nupes-PS) d’un millier de voix (15 345 voix, 31,16 %). Mais il faut croire qu’au second tour, le « tout sauf Ferrand » a joué car notre homme est battu ; il lui manque 800 voix (23 948 voix, 50,85 % contre 23 144 voix, 49,15 %). Vexant d’être battu par une inconnue du grand public ! Conseillère municipale à Hanvec, elle siège au sein de la communauté de communes du Pays de Landerneau-Daoulas. Mme Thomin, 38 ans, est professeur de français dans un lycée de Quimper (Likès). « L’Assemblée nationale a besoin d’en finir avec les députés aux ordres de l’Elysée. Elle a besoin de redevenir un lieu de débat. Ce sont les élus parlementaires qui doivent écrire la loi, pas les cabinets de conseils. Nous avons besoin de députés qui nous ressemblent, qui nous connaissent, qui nous défendent », estimait Olivier Le Bras, président de son comité de soutien, conseiller régional et ancien délégué syndical de l’entreprise Gad, à Lampaul-Guimiliau (Le Télégramme, Brest, jeudi 9 juin 2022). Le Bras ne croyait pas si bien dire : l’Assemblée nationale est bien redevenue « un lieu de débat » puisque le Gouvernement n’y dispose que d’une majorité relative.

Richard Ferrand est une victime du Rassemblement national

Devenir le quatrième personnage de l’Etat présente certains avantages. C’est ainsi que Richard Ferrand pouvait faire « avancer » des dossiers concernant son secteur ; il disposait également des relations nécessaires pour décrocher des subventions destinées aux communes de sa circonscription. Bref, il avait le « bras long », comme disent les gens, ce qui arrangeait les affaires des maires – reconnaissants, ils sont 31 à lui apporter un soutien officiel. A ce niveau de l’Etat, on peut rendre beaucoup de services. Mais les inconvénients ne sont pas négligeables. Non seulement on perd le contact avec le terrain, mais encore on n’a plus le temps de rencontrer les électeurs ; on survole la circonscription. Si bien que, dans une période où la contestation est forte, ça se paie cash. Ajoutons à cela l’image de « fricard » que lui donnaient ses magouilles immobilières. C’est ce que montrent les résultats du second tour. Comme base de départ, il dispose de ses électeurs du premier tour (16 526) et de ceux de la droite : 5218 pour LR et 1387 pour Reconquête ! Notons que Maël de Calan (LR), président du conseil départemental du Finistère, fait campagne en sa faveur avant le second tour. Par rapport à ce total de 23 131 électeurs, il ne parvient à progresser au second tour que de 13 (treize) voix – soit 23 144 voix ! Tandis que Mélanie Thomin dispose d’abord des électeurs de gauche du premier tour : les siens (15 345 voix), ceux de l’UDB (1 500) et de Lutte ouvrière (478). A ce total de 17 323, si on ajoute arbitrairement les 1645 voix recueillies par les six candidats divers (dont les 426 du Parti breton), on n’obtient que 18 968 suffrages. Or elle a obtenu 23 948 voix à ce second tour. D’où proviennent les 4 980 suffrages qui manquent ? Une seule explication : ces « renforts » sont à rechercher – en grande partie – du côté des 7 146 électeurs qui ont voté pour Patrick Le Fur (Rassemblement national) au premier tour. Dans ces conditions, Mélanie Thomin serait mal inspirée en critiquant « l’extrême droite »… Si les électeurs du RN étaient allés à la pêche ou sur la plage ce fameux dimanche, Richard Ferrand serait toujours le « pape » du Palais-Bourbon. Mais ces électeurs, à la fois contestataires et populistes, voulaient « se payer » l’homme du Président…

Retourner aux Mutuelles de Bretagne, cela semble difficile pour Ferrand – même s’il peut compter sur l’aide des « réseaux » ! Son copain Macron a cherché à le recaser, mais il a refusé les propositions qui lui étaient faites : « Celle de devenir conseiller à l’Elysée, de peur que son statut d’ancien président de l’Assemblée ne vienne brouiller le message sur la séparation des pouvoirs. Pas question non plus de diriger l’Office national des forêts, ni le Château de Chambord ou celui de Versailles, comme certains ont pu l’envisager à voix haute devant lui. » (Le Figaro, samedi 15-dimanche 16 octobre 2022). Fin juin, Emmanuel Macron avait reçu à l’Elysée Ferrand pour lui dire : « Tu fais ce que tu veux ici, tu t’installes, tes conditions seront les miennes. » (Le Télégramme, samedi 23 juillet 2022). Mais celui qui se dit « licencié par les électeurs » refuse.

Il paraît que celui que Thierry Solère, conseiller spécial du président de la République, surnomme « le détenteur de la couronne du Christ historique », flâne dans Paris du mardi au jeudi, avant de regagner la Bretagne en fin de semaine. « Sans jamais quitter son costume trois pièces, il dîne, déjeune, ne dit pas non à un pastis et fume toujours autant. » Evidemment, notre homme possède un solide carnet d’adresses qu’il peut monnayer – dans ces milieux, rien n’est gratuit. Si bien que le 2 août, il a enregistré une « société de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion », destinée aux particuliers, entreprises, fonds d’investissement et associations. Sa petite boutique s’appelle « Messidor », ce qui rappelle le dixième mois du calendrier révolutionnaire (du 19 ou 20 juin au 19 ou 20 juillet). Mais cette nouvelle activité pourrait à terme lui valoir quelques ennuis. « Cela ressemble fortement à du lobbying, ce qui est parfaitement légal à conditions de respecter les règles de transparence », explique Jean-Philippe Derosier, professeur de droit constitutionnel à l’université de Lille. « L’accès direct au président est particulier, précise-t-il. Si une intervention de Richard Ferrand peut influencer une décision publique, il est supposé se déclarer auprès de la HATVP. » (Le Monde, dimanche 23-lundi 24 octobre 2022). Ferrand est certainement devenu prudent, voire méfiant…

Bernard Morvan

Un bon conseiller en immobilier

L’affaire des Mutuelles de Bretagne s’est bien terminée pour Richard Ferrand. Le 5 octobre, la Cour de Cassation a confirmé la prescription des faits qui lui avaient valu une mise en examen en 2019 pour prise illégale d’intérêts. Dans l’information judiciaire ouverte après une plainte de l’association anticorruption en 2017, l’ancien directeur général des Mutuelles de Bretagne était soupçonné d’avoir monté une opération immobilière litigieuse, à savoir la location à partir de 2011 par ces dernières de locaux commerciaux appartenant à sa compagne, maître Sandrine Doucen, pour un loyer annuel de 42 000 euros, pendant neuf ans. « Par ce montage immobilier et économique, M. Ferrand avait permis à sa compagne d’acquérir un bien immobilier sans bourse délier puisque le loyer couvrait intégralement le prix d’acquisition », souligne l’arrêt de la Cour de cassation. Mais le couple n’a « pas délibérément cherché à dissimuler les conditions dans lesquelles intervenait la signature du contrat de bail » (Le Monde, dimanche 23-lundi 24 octobre 2022). La Cour confirme donc la prescription. On peut soupçonner que le président du conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne avait laissé le directeur général mener l’opération à sa guise. Tout content de voir le dossier se régler rapidement et facilement. Les élus – des braves gens que l’on peut facilement rouler dans la farine – « font confiance » aux technocrates… Aujourd’hui, avec « Messidor », Ferrand pourra mettre à profit ses talents en matière de financement de l’immobilier. Pouvant expliquer – en connaissance de cause – comment devenir propriétaire sans sortir un seul centime, il pourra se constituer une clientèle importante. Des stages de formation destinés aux cadres des sociétés mutualistes (banques, assurances) et des associations seraient aussi les bienvenus. Leçon n°1 : « Comment faire prendre aux élus des vessies pour des lanternes ».

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

6 réponses

  1. Carhaix si près de Callac, c’est un symbole.

    Dans un régime corrompu, les ferrands se comptent par milliers. Depuis les années 1958 les « affaires » sont devenues monnaie courante, cf. le scandale immobilier de la Garantie Foncière.
    Mais ce n’est pas tout, car si la république suce le sang du peuple elle le tue aussi, par le feu des armes ou à petit feu par le grand remplacement.

    Cette république régicide, matrice de  » la Patrie révolutionnaire qui a tué la Patrie traditionnelle  » ( Jean de Viguerie : Les Deux Patries ) n’a cessé depuis la révolution de nourrir les escrocs à la sueur de ce peuple qui fut si grand.
    Et quel autre pays au monde a un chant national aussi sanguinaire que la Marseillaise ?
    Après le grand génocide des Celtes par Rome, l’empire de l’époque, puis 1.800 ans de reconstruction et d’épanouissement, les peuples de la Gaule connaissent à nouveau le pire depuis 1793.

    Ils doivent leurs malheurs au  » Citoyen « , cet ennemi intérieur né des cerveaux malades des Jacobins : l’invention du génocide ( en Vendée et autres régions ) par un assassin syphillitique, la mort de ses paysans envoyés pour tuer d’autres innocents de l’Espagne jusqu’à la Russie, les massacres des résistants en 1830. 1848. 1871, la grande boucherie de 1914 ( Jean Giono : Le Grand Troupeau ), le grand renoncement de 1962 à Evian. Et toujours : les « affalres ».

    Et enfin le grand remplacement voulu par le nouvel empire, américain celui là et non romain, et exécuté en France par des tyrans complices.

    Dans son roman 1984, Orwell imagina la vie d’un peuple après 100 ans de guerre : son héros Winston finit par croire que 2+2 = 5 et par aimer big brother !
    Or, nos peuples, descendants des Gaulois donc des Celtes subissent une guerre civile depuis plus de 200 ans. Et beaucoup parlent orwellien, et aiment les tyrans puisqu’il les réélisent tous les 5 ans.

    Il reste évidemment des résistants dans la France traditionnelle. Ils n’en finissent pas de souffrir : réduits au chômage ( 8 millions ! ) ou pressés pire que des citrons par l’administration jacobine, confinés, injectés, massacrés si besoin. Et remplacés jusqu’à Callac !
    Seront-ils effacés de la mémoire des hommes ?

  2. Richard Ferrand est finalement un personnage secondaire, un politicien à l’ancienne, expert en manoeuvres de couloir et en échanges de moutarde et de séné, l’un de ces ambitieux assez malins pour choisir le parti socialiste au bon moment, mais pas assez habiles pour maintenir son élan — et quand même encore assez malins pour le quitter au bon moment. On se demande d’où vient son influence sur le président de la République ; peut-être celui-ci, sans expérience politicienne, avait-il besoin d’un mentor qui lui enseigne la politique vue par le petit bout de la lorgnette. Parvenu à un rôle plus grand que lui, Richard Ferrand n’a pas été capable de s’adapter à sa dimension. Le soutien d’Emmanuel Macron n’a pas suffi à compenser ses insuffisances (si même il ne les a pas aggravées). Les électeurs sentent ces choses là.

  3. Ferrand a ete le plus mauvais des presidents de l’assemblé ! souvenez vous lors d’un debat ou l’assemblé a voté contre un projet, il l’a enregistré comme accepté !!! les autres ont protestés, mais l’enregistrement a ete validé !!! et j’en passe d’autres ! c’est une o …..e de premiere avec son copain Maron !!

    1. Vous avez tout à fait raison, mais en matière de nullité, (la rouerie peut être en moins?), avouez que la présidente de l’assemblée actuelle bat tous les records…!!!!

  4. autrefois les politiques devenaient corrompus après avoir été élus (relire topaze de marcel pagnol) aujourd’hui, comme au brésil, des corrompus se font nommer directement, c’est ça le changement !

Les commentaires sont fermés.

- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

- Je soutiens BREIZH-INFO -

PARTAGEZ L'ARTICLE !

LES DERNIERS ARTICLES

ARTICLES LIÉS