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A la découverte des Saints Bretons. Le 19 octobre, c’est la St Ezhvin

Nous vous proposons dans cette rubrique de découvrir l’histoire des Saints Bretons. Les saints bretons désignent des personnalités bretonnes vénérées pour le caractère exemplaire de leur vie d’un point de vue chrétien. Peu d’entre elles ont été reconnues saintes par la procédure de canonisation de l’Église catholique (mise en place plusieurs siècles après leur mort), mais ont été désignées par le peuple, leur existence même n’étant pas toujours historiquement attestée. La plupart des vitae de saints bretons qui nous sont parvenues datent en effet des ixe et xe siècles ou ont été réécrites dans le contexte de la réforme grégorienne qui induit parfois les clercs à remodeler les documents hagiographiques, issus de traditions orales transmises aussi bien dans le vieux fond populaire que dans le milieu savant, dans leur intérêt (légitimation de la figure épiscopale, du bien-fondé d’une réforme d’une communauté monastique). Le développement du culte de ces saints se développe au Moyen Âge tardif lorsque plusieurs familles de l’aristocratie bretonne s’approprient les légendes hagiographiques en justifiant par des arguments généalogiques, de la protection particulière d’un saint ou de son adoption comme ancêtre de substitution dans leurs lignages.

Les historiens actuels éprouvent encore beaucoup de difficultés pour distinguer entre imaginaire et réalité. L’historicité des épisodes de la vie de ces saints reste ainsi souvent douteuse car ces épisodes se retrouvent dans l’hagiographie tels qu’ils apparaissent dans les coutumes ou dans le folklore. La structure même du récit des vitae se rencontre dans d’autres Vies de saints dont les auteurs reprennent généralement des « conventions littéraires d’un modèle biblique qui façonnait leurs modes de pensée et d’expression ».

En 2022, environ 170 saints bretons sont représentés, chacun par une statue, à la Vallée des Saints, en Carnoët.

Le 19 octobre, c’est la St Ezhvin

La vie de saint Ethbin, transcrite au XIe siècle dans le manuscrit du Cartulaire de l’abbaye de Landévennec publié par M. de la Borderie, pour la Société Archéologique du Finistère, nous apprend qu’après avoir reçu le diaconat, à Dol, des mains de saint Samson, ce personnage prit l’habit religieux dans un monastère nommé Taurac, gouverné par un certain saint Similien.

Celle que les nouveaux Bollandistes ont imprimée (7) sur des copies prises aux siècles derniers, par les anciens, sur les originaux des abbayes de Marcbienne et d’Anchin, en Flandre, donnent la même leçon.

L’une et l’autre disent, presque dans les mêmes termes, que le jeune moine novice fut mis par son abbé sous la direction d’un de ses Pères, prêtre, appelé Guénolé, dont il allait chaque jour servir la messe à un oratoire situé à un mille du monastère. Ethbin quitta Taurac à la suite de sa dévastation par les Francs, mais Guénolé y mourut soit avant, soit après cet événement, et ses reliques y restèrent jusques à leur translation, lors des invasions normandes, probablement en 878, à Montreuil-sur-Mer, en Ponthieu, où elles ont été l’objet d’une vénération particulière jusqu’à leur destruction en 1793. On y conservait dans l’église abbatiale de Saint-Sauve, avec la plus grande partie de ses ossements, son aube de lin, sa chasuble, sa cloche à main, semblable à celles dont usaient les supérieurs des monastères primitifs bretons et gaëliques insulaires et continentaux. Il y était aussi représenté en sculpture, la crosse dans la main droite, la cloche dans la gauche et des poissons aux pieds (8), d’où on peut présumer qu’il fut abbé, sans doute, à Taurac (9), après Saint-Similien, dont il n’est plus parlé après la simple mention de son existence, lors de la prise d’habit de saint Ethbin.

Il parait avoir dû sa renommée, très grande dans le nord de la France et des Pays-Bas, à la vulgarisation, par la reproduction des actes primitifs apportés avec ses reliques à Montreuil, d’un miracle insigne dont il fut favorisé, en récompense d’un acte de charité héroïque que tous les documents connus racontent de la manière suivante :

Un jour que Guénolé revenait au monastère, accompagné de son élève bien-aimé, après avoir dit sa messe habituelle dans son oratoire, par l’ordre de son abbé, à l’intention des morts et des vivants, il rencontra couché sur la terre, en proie à d’horribles souffrances, un pauvre lépreux le suppliant de le débarrasser de la pourriture obstruant ses fosses nasales, au point de l’étouffer. Son diacre Ethbin ayant levé debout, à bras le corps, le malade incapable de se mouvoir, il essaya à l’aide des doigts de lui rendre le service demandé. Mais l’opération occasionnant au patient des douleurs intolérables et lui faisant pousser des cris déchirants, le saint homme, à sa supplication, n’hésita pas à le soulager, en aspirant doucement de ses lèvres ces ulcérations dégoûtantes.

Elles se changèrent dans sa bouche, dit la légende, en une pierre précieuse, et les deux compagnons émerveillés virent briller en même temps sur la tête du lépreux une croix, leur montrant qu’Ethbin avait l’inappréciable faveur de tenir embrassé le seigneur Jésus en personne qui leur dit : « Vous n’avez pas eu honte, mes bons serviteurs, de me secourir dans mes douleurs, je ne manquerai pas non plus, moi, de vous reconnaître au ciel. Votre héritage est avec moi, et tous ceux qui s’adresseront à vous, dans leurs prières, obtiendront une part de mon royaume éternel, » et disparut, accompagné du concert des anges, dans le ciel entr’ouvert à leurs yeux ravis.

On ne sait pas autre chose des actions de ce saint Guénolé, sinon qu’il mourut au monastère de Taurac. Or, au village de Coëtatous (Coët-ar-Touz, le bois des herbes à foin), dont le nom atteste l’existence d’un de ces massifs forestiers, où les anciens moines aimaient tant à se retirer, dans la commune de Carnac, dont Taurac a pu très facilement dériver par une simple erreur de plume des copistes des manuscrits primitifs des actes de saint Ethbin, que nous n’avons plus (10), se trouve une chapelle sous le vocable d’un saint Guénolé, possédant en 1857, lors de notre dernière visite, un sarcophage en granit, semblable à ceux connus de tous les saints de notre pays des VIe et VIIe siècle.

A huit cents mètres environ (juste les mille pas des actes de saint Ethbin cités plus haut), est un village nommé le Moustoir (Mouster, monasterium, nom caractéristique, en Bretagne, des établissements monastiques antérieurs aux invasions normandes et à la rénovation sociale du XIe siècle). Sur le sentier reliant les deux localités, une rangée de gros blocs de pierre, destinée à faciliter aux piétons, lors des crues d’eau, le franchissement d’un ruisseau tombant dans l’étang dit de Gouyanzeur, porte le nom de Pont-er-Manac’h (Pont-du-Moine).

Nous avons, à la même époque, recueilli sur les lieux la tradition immémoriale de l’existence d’un établissement religieux attribué, à la vérité, aux moines rouges, comme dans la plupart des endroits du pays où se montrent des vestiges de constructions caractérisées par des débris de tuiles romaines.

Nous connaissions l’existence de ces vestiges, dont M. James Miln, dans le beau volume où il a consigné ses précieuses fouilles et observations dans la commune, a indiqué la position, tout prés du village. On peut, sans invraisemblance, y voir les restes du monastère auquel le lieu doit sa dénomination, l’étude des monuments ayant démontré la persistance chez nous des procédés de construction gallo-romaine jusqu’au Xe siècle inclusivement (11).

Il faudrait un scepticisme dépassant les bornes d’une saine logique pour ne pas reconnaître ici la parfaite concordance des circonstances locales avec les documents écrits.

Le Moustoir de Carnac est bien l’emplacement du monastère sanctifié au VIe siècle par la résidence des trois saints, Similien, Ethbin et Gwénolé. Le tombeau de ce dernier toujours vénéré, après plus de douze siècles, par les descendants de ses compatriotes, en serait à lui seul une preuve suffisante.

Crédit photo : Wikipedia (cc  Le tombeau de saint Ethbin est un monument construit en 1870 à la place d’un dolmen situé sur la commune de Port-Mort, dans le département français de l’Eure, en Normandie)

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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