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A la découverte des Saints Bretons. Le 6 juin c’est la Saint Gurval

Nous vous proposons dans cette rubrique de découvrir l’histoire des Saints Bretons. Les saints bretons désignent des personnalités bretonnes vénérées pour le caractère exemplaire de leur vie d’un point de vue chrétien. Peu d’entre elles ont été reconnues saintes par la procédure de canonisation de l’Église catholique (mise en place plusieurs siècles après leur mort), mais ont été désignées par le peuple, leur existence même n’étant pas toujours historiquement attestée. La plupart des vitae de saints bretons qui nous sont parvenues datent en effet des ixe et xe siècles ou ont été réécrites dans le contexte de la réforme grégorienne qui induit parfois les clercs à remodeler les documents hagiographiques, issus de traditions orales transmises aussi bien dans le vieux fond populaire que dans le milieu savant, dans leur intérêt (légitimation de la figure épiscopale, du bien-fondé d’une réforme d’une communauté monastique). Le développement du culte de ces saints se développe au Moyen Âge tardif lorsque plusieurs familles de l’aristocratie bretonne s’approprient les légendes hagiographiques en justifiant par des arguments généalogiques, de la protection particulière d’un saint ou de son adoption comme ancêtre de substitution dans leurs lignages.

Les historiens actuels éprouvent encore beaucoup de difficultés pour distinguer entre imaginaire et réalité. L’historicité des épisodes de la vie de ces saints reste ainsi souvent douteuse car ces épisodes se retrouvent dans l’hagiographie tels qu’ils apparaissent dans les coutumes ou dans le folklore. La structure même du récit des vitae se rencontre dans d’autres Vies de saints dont les auteurs reprennent généralement des « conventions littéraires d’un modèle biblique qui façonnait leurs modes de pensée et d’expression ».

En 2022, environ 170 saints bretons sont représentés, chacun par une statue, à la Vallée des Saints, en Carnoët.

Le 6 juin c’est la Saint Gurval

Né au pays de Galles au 6e siècle, évêque d’Alet-St-Malo, fonde un monastère à Guer et près de Locoal

Le dossier de saint Gurval, honoré à Guer, est particulièrement pauvre : une courte vita en trois leçons transmise par le Propre malouin de 1615, dont la matière avait été empruntée à un légendier plus ancien (ex veteri legendario macloviensi), lequel a fourni également les biographies de saint Malo, de saint Méen, etc. On peut voir, à partir de son texte sur saint Sulin (il s’agit en fait de saint Sulian/Suliau), comment travaillait l’auteur du Propre de 1615 : on conserve en effet une autre version de la vita de ce saint, qui figurait dans le bréviaire malouin imprimé de 1537, et qui, au témoignage du chanoine Doremet en 1628, provenait « de notre vieil légendaire ». Les deux compilateurs ont à l’évidence abrégé le même texte ; mais le choix de celui de 1615, à l’opposé de celui de son prédécesseur, est de privilégier la dimension galloise de cette vita et de passer sous silence ce qui se rapporte aux relations de son héros avec saint Samson : sa « fascination » (comme l’a écrit G.H. Doble) pour la légende de saint Tysilio va même jusqu’à lui faire substituer la date de la fête de ce dernier à celle de la tradition continentale.

Vie et culte de saint Gurval

Saint Gurval, quant à lui, est présenté comme l’ancien condisciple (sous la férule de saint Brandan) et l’immédiat successeur de saint Malo sur le siège d’Aleth ; mais, ayant lui-même remis sa charge épiscopale entre les mains de son archidiacre Coalfinith, il s’en va, en compagnie de plusieurs prêtres, à la recherche d’un certain monastère de son diocèse dans le pays de Guer (quoddam suae diocesis monasterium in pago Guernio constructum expetiit, pluribus secum ductis sacerdotibus). Sur place, il continue d’être l’objet de la vénération des populations, attirées par sa sainte conversion ; mais « souhaitant effacer le souvenir de son épiscopat » (episcopatus sui notitiam deferere cupiens), il laisse à Guer douze prêtres et s’éloigne avec les autres vers un autre lieu non nommé. Finalement, il s’installe dans une « caverne » (in speluncam), où il accomplit de nombreux miracles. Pas de détail sur sa mort, ni sur sa sépulture, ou encore sur ses éventuelles reliques.

On peut bien sûr reconnaître ici, au moins partiellement, les effets de la méthode de travail du compilateur de 1615, dont nous avons dit quelques mots ; mais il nous semble surtout que la source à laquelle il a puisée devait être singulièrement pauvre pour amener chez l’écrivain cette remarque en forme d’aveu sur le fait que c’est le saint qui aurait lui-même chercher à effacer toute trace de son épiscopat.

Que savons nous par ailleurs de saint Gurval et de son culte au Moyen Âge ? Il était honoré à Guer depuis 1124 au moins, car l’église du lieu est alors placée sous son vocable, et quelques reliques en sont conservées sur place dans un reliquaire de la première moitié du XVe siècle, en bois recouvert de plaques d’argent partiellement dorées.

Les abbayes de Saint-Méen et de Montfort, dans le diocèse de Saint-Malo honoraient quant à elles, à la date du 7 juin pour la première et du 6 juin pour la seconde, un saint Gudual (Guidgali episcopi ou sancti Gutuuali episcopi et confessoris), personnage à qui elles reconnaissaient la qualité d’évêque en conformité avec sa vita. Or, sur la base d’une vague homophonie, les chanoines malouins chargés au XVe siècle de la refonte du sanctoral diocésain ont intégré le nom de saint Gurval dans la liste des évêques d’Alet à cette même date du 6 juin, comme en témoigne la notation Sancti Gurvali episcopi Macloviensis dans le calendrier du missel manuscrit diocésain ; cependant, la vita de saint Gudwal, personnage par ailleurs largement honoré dans le diocèse de Vannes, ne présente aucun point commun avec la vita de saint Gurval, personnage exclusivement honoré à Guer, dans le diocèse de Saint-Malo, mais aux confins du Vannetais.

Photo : DR

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