À huit jours du premier tour de l’élection présidentielle, plusieurs milliers de Polonais ont défilé dans la capitale pour dénoncer l’immigration illégale et la politique pro-européenne du gouvernement de Donald Tusk. Le rassemblement, organisé par l’opposition nationaliste, témoigne d’une forte mobilisation populaire autour d’un thème central de la campagne : la souveraineté migratoire.
Une marée rouge et blanche contre l’immigration
Environ 7 000 personnes, venues de tout le pays, ont répondu à l’appel de groupes nationalistes pour participer à la Marche nationale contre l’immigration de masse. Arborant des drapeaux polonais et scandant des slogans comme « Non à l’immigration ! », « Réveille-toi, Pologne ! » ou encore « Sois toujours Polonais, pas traître ou gauchiste », les manifestants ont convergé vers le siège du gouvernement à Varsovie.
Plus de 50 000 Polonais manifestent à Varsovie contre l’immigration et l’échec des politiques de Bruxelles. https://t.co/bXCnV7go7R
— DESNOS YVONNE (@JACLINEBU) May 10, 2025
Parmi les revendications : le rejet du Pacte migratoire européen et la restauration d’un contrôle total aux frontières, notamment entre la Pologne et l’Allemagne. De nombreux participants dénonçaient également l’influence allemande dans les décisions migratoires du gouvernement Tusk.
Le contexte : une présidentielle sous tension
L’immigration illégale s’est imposée comme un thème central de la campagne présidentielle. La Pologne accueille actuellement environ un million de réfugiés ukrainiens, mais les autorités accusent également Moscou et Minsk d’organiser une pression migratoire artificielle aux frontières orientales de l’UE.
Dans ce climat tendu, deux candidats dominent les intentions de vote :
- Rafal Trzaskowski, maire de Varsovie, pro-européen, soutenu par la coalition civique de Donald Tusk, donné en tête avec environ 32 % des intentions de vote.
- Karol Nawrocki, 42 ans, historien conservateur et admirateur de Donald Trump, soutenu par le PiS (Droit et Justice) et par le président sortant Andrzej Duda, crédité de 25 %.
Un second tour, prévu le 1er juin, semble inévitable tant l’écart reste serré entre les deux candidats.
« Ces migrants ont leur pays, qu’ils y restent »
Sur place, les manifestants ne cachaient pas leur hostilité à l’ouverture des frontières et à l’idéologie cosmopolite défendue par Bruxelles. « La Pologne doit se défendre contre l’immigration illégale. Ces migrants ont leur pays, qu’ils y restent », déclarait un agriculteur de 66 ans cité par l’AFP. D’autres dénonçaient un abandon de souveraineté au profit de l’Union européenne, accusée de vouloir imposer des quotas migratoires aux pays membres.
La fracture polonaise : nation contre globalisme
Ce mouvement populaire illustre une fracture profonde au sein de la société polonaise. D’un côté, les défenseurs de la souveraineté nationale, hostiles à une Europe fédérale et à l’immigration de masse. De l’autre, les partisans d’une intégration renforcée à l’Union européenne, plus enclins à accueillir des migrants, au nom de la solidarité ou des engagements internationaux.
Karol Nawrocki, qui incarne la ligne dure en matière d’immigration, s’impose désormais comme le porte-voix de cette frange conservatrice et patriote de la population. Son discours radical, inspiré des thématiques trumpistes, séduit une partie de l’électorat lassée du discours bien-pensant de Bruxelles et de Varsovie.
Le scrutin du 18 mai pourrait marquer un tournant. L’opposition nationaliste espère capitaliser sur la colère populaire, notamment sur la question migratoire, pour reprendre le pouvoir. Si Rafal Trzaskowski l’emporte, la Pologne s’engagera davantage dans la ligne europhile incarnée par Donald Tusk. Si c’est Nawrocki qui l’emporte, le pays pourrait durcir ses positions vis-à-vis de l’UE et relancer une politique de frontières fermes.
Quoi qu’il en soit, la démonstration de force de ce samedi 10 mai à Varsovie rappelle une réalité : la question migratoire reste l’un des baromètres les plus sensibles de la politique contemporaine en Europe centrale.
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