Crise de la dette. Vers une épreuve de vérité ?

Le Premier ministre François Bayrou nous a peint le tableau d’une France ruinée, croulant sous le poids d’une incommensurable dette. Dans son long préambule destiné à nous annoncer qu’il allait demander un vote de confiance le 08 septembre à l’Assemblée nationale, il donnait l’impression d’une sorte de « Moi ou le chaos » dans lequel il voulait jouer son va-tout.

Son long monologue dans lequel il retraçait la montée inexorable de la dette à partir de 2008 aurait quand même nécessité une ou deux explications.

Chaque fois que le sujet revient sur le tapis, on nous parle de la crise de 2008 pour justifier un emprunt massif pour « sauver l’économie française » sans nous dire qui l’avait mis en péril.

Le peuple français, toujours jugé trop dispendieux, n’a strictement rien à voir avec cette crise, aboutissement d’invraisemblables errements d’un système bancaire trop sûr de lui.

Jean Luc Baslé, dans son livre « Démocratie inversée en Amérique » en a fait une synthèse remarquable. Il met en évidence les différentes étapes qui ont mené à cette crise, en commençant par l’abolition du « Glass-Steagall Act » qui a permis aux banques de dépôt traditionnelles de se lancer dans des opérations d’assurances et de titrisation de prêts où le pire côtoyait le meilleur dans la même enveloppe. Pour couronner le tout, certaines agences de notation peu regardantes avaient donné un « triple A » à ces produits appelés CDO (Colateralized Debt Obligation) plus ou moins frelatés au départ.

A tous ces ingrédients, les banquiers en élaborèrent un autre : les CDS (Credit Default Swap) qui assuraient à ces banquiers de s’assurer au cas où leurs clients feraient faillite. On croit rêver…

Cette crise gigantesque a au moins permis de mettre en lumière un aspect du libéralisme échevelé resté soigneusement caché : la notion du « too big to fail » et celle de « banque systémique ». Ainsi, contrairement à la « loi » de « la main invisible du marché », une banque jugée importante ne pouvait pas faire faillite et devait être secourue par l’argent public. En France, cela à justifié les emprunts et l’augmentation de la dette publique pour sauver les banques mises en danger par  leurs imprudences. Quelle était la part de responsabilité du peuple français ? Aucune !

Et François Bayrou continue sur le même registre afin de justifier cette augmentation phénoménale de la dette par des phénomènes extérieurs qui ont nécessité l’intervention massive des pouvoirs publics en empruntant toujours et encore afin de sauver le pays de la faillite.

La finance internationale a voulu asservir le monde par la dette

Dans un papier récent, je faisais allusion à l’argent-dette et la création monétaire qui lui était associée. Les lois entourant ce procédé sont ainsi faites que c’est le contribuable qui doit payer la dette, et avant tout les intérêts de la dette. Cela donne l’impression qu’une sorte de fatalité s’est abattue sur les peuples et que ceux-ci sont irrémédiablement condamnés à en supporter les effets, alors qu’ils n’ont jamais eu à se prononcer sur le sujet. Il n’y a pas si longtemps, l’État pouvait encore lancer des emprunts auprès du public afin de financer des investissements, ce qui avait pour effet de garder la dette en France. Aujourd’hui, et pour on ne sait quelle raison, il semblerait que seules les banques puissent nous prêter de l’argent. D’où vient ce privilège ?

Enfin, la seule perspective évoquée par François Bayrou est celle de l’intervention du FMI et de la Banque Mondiale pour nous faire  marcher droit si nous n’acceptons pas le « travailler plus pour gagner moins ».

Peut-on encore échapper au FMI ?

Cette question n’est jamais véritablement abordée par nos dirigeants. Pourtant, elle mérite d’être posée. Notre dette publique est aujourd’hui de 3300 milliards d’euros. Depuis 1974, nous avons payé à nos créanciers en 2023 environ 1640 milliards d’intérêts, ce qui n’est pas mal compte-tenu du fait qu’une grande majorité de cet argent prêté a été créée à partir de rien. En admettent que seul un dixième de ces sommes soit de l’argent réel (fonds propres ou dépôts de clients) cela fait quand même un rendement de pratiquement 500 %. Il y aurait peut-être matière a discuter un peu sur les intérêts futurs ?

Admettons, hypothèse de pure école, que nous quittions l’UE et l’euro et retrouvions le contrôle de notre monnaie, attribut essentiel de notre souveraineté. Nous devrions alors proposer quelque chose à nos créanciers afin d’obtenir un solde de tout compte, comme on le fait lors d’un divorce entre époux.

Le principal de la dette, pour l’essentiel, pourrait ne pas être remboursé car, compte-tenu de sa nature (créé à partir de rien) il devrait être détruit immédiatement lors de son remboursement.

Concernant les intérêts restants, une sorte de « deal », mot très à la mode, pourrait être trouvé avec nos créanciers qui, au global et à voir ce qui précède, ont déjà réalisé une opération plus que juteuse en récupérant cinq fois leur mise initiale.

Une négociation qui prendrait en compte le rapport de forces et ses perspectives d’évolution devrait pouvoir s’engager entre gens de bonne volonté, d’autant plus qu’il serait éminemment souhaitable que notre monnaie nationale, dans laquelle pourrait être libellé un accord,  soit adossée à une valeur intrinsèque telle que celle de l’or.

Évidemment, cela mettrait un terme à notre participation à une Europe fédérale. Mais a-t-elle beaucoup de chances de survie actuellement ?

En tout état de cause, il appartiendrait au peuple français, et seulement à lui, de se prononcer sur le devenir de la France.

Jean Goychman

Illustration : DR
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