Italie : l’immeuble de Casapound doit-il être évacué ?

La récente évacuation du centre social antifa Leoncavallo à Milan a remis Casapound sur le devant de la scène médiatique. Le bâtiment romain, actuellement habité par des familles et des militants italiens, suscite la fureur de la gauche qui a repris les hostilités dans l’espoir que ce même traitement soit infligé à ses adversaires politiques. Mais les différences entre deux réalités sont abyssales.

En Italie, les squats appelés centres sociaux sont des édifices occupés illégalement où sont organisés des activités sociales, culturelles et politiques. Anarchistes, communistes, socialistes ou autonomes, leur fonctionnement originel prévoyait l’autogestion et le financement collectif. Le phénomène a émergé dans la mouvance contestataire des années 1970, quand des jeunes occupaient des immeubles abandonnés pour en faire des bases d’action contre la société de consommation. Un des plus anciens centres sociaux, le Leoncavallo, fut fondé à Milan en 1975. Mais la réalité et les revendications héritées des années de contestation sociale ont depuis longtemps laissés la place à l’anarchie, au délabrement et aux trafics en tout genre. Aux activités telles que concerts, expositions et conférences, se mêlent un mélange de trafic de drogue, d’assistance aux immigrés clandestins et de violences… jusqu’au meurtre, comme celui de l’adolescente Desirée Mariottini, morte des suites durant un viol collectif perpétré par quatre migrants africains visiteurs assidus du centre social romain de San Lorenzo. Repères d’illégalité, ces squats d’extrême gauche sont un véritable fléau pour les habitants des environs qui doivent faire face à la dégradation et à l’insécurité qu’ils engendrent. Quant à l’autogestion, elle a, le ‘plus souvent, laissé la place à de grasses subventions publiques

Le centre sociale Leoncavallo

Du nord au sud, la péninsule est maillée de ces centres sociaux rouges… mais tel le village d’Astérix et Obélix, une seule occupation de droite, financée par ses propres militants, résiste : Casapound. Si les activités sociales n’y font pas défaut, l’objectif est cependant totalement différent du squat : l’édifice était destiné à fournir un logement aux familles italiennes en difficulté, dans une Rome des années 2000 en proie à une grave crise du logement (due principalement à la spéculation de banques qui avaient racheté un grand nombre d’appartements vides pour faire exploser les prix). Il est toujours occupé par une vingtaine de ménages et Casapound n’a pas provoqué d’insécurité ni d’insalubrité, au contraire, ils ont restauré un bâtiment délaissé et requalifié ses alentours.

La différence, souligne le porte-parole de la Casapound Luca Marsella, est évidente : «Le Leoncavallo occupait un immeuble privé, nous avons arraché à la dégradation et à la spéculation un immeuble de l’État abandonné. Et à l’intérieur de CasaPound vivent aujourd’hui vingt familles italiennes qui en ont vraiment besoin ». Il a également rappelé que lorsqu’il s’agit de centres sociaux de gauche, l’État a souvent choisi la voie de la régularisation : quand il s’agit d’une occupation gauchiste, « là, on n’évacue pas, on régularise. Eh bien : si vous voulez nous comparer aux centres sociaux, alors nous voulons le même traitement ! » Une ouverture au dialogue, donc, mais qui n’est pas synonyme de reddition : « Il ne s’agit pas de vouloir rester des occupants à vie. Ici il y a des familles, il y a des rotations : ceux qui parviennent à trouver un logement laissent de la place à ceux qui sont en difficulté. La seule condition est d’être Italien. S’il y a une volonté politique de régulariser, nous sommes prêts à négocier. Mais si la ligne sera celle de l’expulsion, nous ne sommes pas le Leoncavallo. Nous défendrons l’immeuble, comme nous l’avons déjà fait en d’autres occasions », avant de faire remarquer que l’évacuation du centre social milanais « est un bluff pour régulariser une illégalité : il n’y a pas eu de véritable expulsion, puisqu’il y a déjà un accord avec la Mairie pour le transférer dans un hangar. »

Affaire à suivre…

Audrey D’Aguanno

Crédit photo : DR

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