Le dîner familial, dernier bastion de la civilisation ?

Dans un monde saturé d’écrans et de distractions numériques, le simple fait de s’asseoir ensemble autour d’une table devient un acte de résistance. Ce rituel, jadis banal, est aujourd’hui relégué au rang de corvée par une génération qui préfère souvent le plateau-télé au repas partagé. Et pourtant, c’est sans doute dans ces moments-là, à la lueur d’une lampe, entre une assiette de soupe et un verre de vin, que se transmettent encore les fondements d’une civilisation.

Les repas de famille, école du réel

Dans bien des foyers, le repas du soir a longtemps été le seul moment où chacun reprenait contact avec la réalité. Les parents y racontaient leur journée, les enfants apprenaient à écouter, à argumenter, à exprimer ce qu’ils pensaient sans l’écrire sur un écran.
Autour de la table, on apprenait à parler, à se taire, à débattre sans se haïr. On y forgeait le sens des limites et celui du respect. C’était une école silencieuse de la hiérarchie et de la transmission.

Combien d’adolescents, devenus adultes responsables, peuvent encore dire qu’ils ont tout appris à table : le goût des mots, la politesse, l’écoute, la curiosité du monde ? Ces dîners ont formé des générations entières. Ils étaient la première agora, la première école de la liberté.

Mais aujourd’hui, ce lieu de parole s’efface. Le bruit des couverts a cédé la place au bourdonnement des écrans.
On mange seul, distrait, sans échange ni silence. Les repas de famille disparaissent, et avec eux s’éteint une part de l’âme collective.

Ce déclin n’est pas anodin : il traduit une crise de la famille, mais aussi une crise de civilisation.
Là où autrefois on transmettait des histoires, des souvenirs, des convictions, on regarde désormais des séries calibrées par des multinationales. Le dialogue vivant est remplacé par le bavardage numérique. L’humanité s’efface au profit du flux.

Pourtant, toutes les études le confirment : les enfants qui partagent régulièrement des repas avec leurs parents sont plus stables, moins vulnérables aux addictions, plus confiants dans la vie. Parce qu’ils ont reçu quelque chose de simple et de vital : un cadre, une écoute, un lien.

La table, lieu de transmission et de résistance

Le repas en famille n’est pas qu’un moment de convivialité : c’est un ancrage.
C’est là que se forge la mémoire des foyers, que l’on parle de ses racines, de ses ancêtres, de ce qui compte vraiment.
C’est aussi là que se perpétue, à petite échelle, un modèle de civilisation basé sur la parole, la mesure et la présence réelle — tout ce que le monde moderne cherche à dissoudre.

En Bretagne comme ailleurs, ces dîners sont le prolongement de la veillée au coin du feu, de la table paysanne, du repas de fête où se mêlaient générations et voisinage. Ce n’est pas un hasard si les peuples les plus enracinés sont aussi ceux qui mangent encore ensemble. Le repas partagé est un acte culturel, presque sacré : il relie les vivants entre eux.

On dit souvent qu’il n’y a plus de débat possible dans nos sociétés. Peut-être parce qu’il n’y a plus de tables autour desquelles débattre.
On ne se confronte plus les yeux dans les yeux, on “commente” à distance. On s’indigne en ligne, mais on n’écoute plus son père, sa mère, ou ses enfants.

Réapprendre à dîner ensemble, ce n’est pas seulement retrouver la chaleur d’un foyer, c’est rouvrir un espace de dialogue vrai.
C’est dans ces discussions parfois houleuses, parfois drôles, que se transmet la liberté de penser — la vraie, celle qui naît du désaccord et de la parole.

Une civilisation commence à table

L’ancien président américain Ronald Reagan disait que “tous les grands changements commencent à la table du dîner”.
Il avait raison, mais il faut aller plus loin : toutes les civilisations meurent quand leurs habitants cessent de dîner ensemble.

Quand le repas devient un acte solitaire, quand la parole se tait, la société se désagrège. Le foyer n’est plus qu’un parking d’individus connectés.
C’est pourquoi chaque dîner familial, chaque repas partagé, chaque table dressée dans une maison bretonne, française ou européenne est un acte de résistance à la dissolution.

Redressons la table. Éteignons les écrans. Servons le pain, le vin et la parole. Car c’est là, entre un plat chaud et un regard échangé, que renaissent les peuples.

Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT.

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5 réponses à “Le dîner familial, dernier bastion de la civilisation ?”

  1. guillemot dit :

    C’est justement parce que le rituel du repas pris ensemble et en famille a disparu que notre société est en mode de déliquescence .

  2. Michel BERAUDO-MARCH dit :

    Ce n’est pas un hasard si lorsqu’il s’agit de discuter et d’engager le dialogue on parle de s’asseoir autour d’une table.

  3. RAYMOND NEVEU dit :

    Article d’anthologie à conserver. J’ai la nostalgie des repas de famille de jadis mais hélas le nombre d’enfants par famille se réduit et…les familles se dispersent. Que de souvenirs impérissables à coucher sur papier. Les bons mots du paternel qui à table s’efface pour ne pas dire s’écrase devant la souveraine mère sauf pour les vins…Ici c’est moi qui gère la cuisine, on apprend autour de sa mère pas chez les trucs d’une congrégation de religieuses! Mes filles vont venir nous voir je leur promets un repas comme chez leur grand-mère paternelle car c’est moi qui vais officier!

  4. jotglars 66 dit :

    Demandons nous pourquoi le portable, si cher avant, est devenu 24/24 avec les abonnements illimités bon marché ? Ils savaient que la population serait aliénée aux écrans, ne liraient plus, ne se parleraient plus ( à table ou ailleurs ) et deviendraient des drogués des images, sans aucun libre arbitre, sans culture et facilement manipulables et dociles….à table ! La résistance est agréable !

  5. d dit :

    Idem dans l’entreprise hospitalière : sans moments simples partagés, les malentendus et suppositions malveillantes s’installent. Nombre des dysfonctionnements s’originent là !

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