1914-1918 : comprendre la Première Guerre mondiale, la guerre qui a bouleversé le monde (et suicidé l’Europe)

Il y a plus d’un siècle, l’Europe plongeait, à cause de la querelle d’une grande famille d’aristocrates européens, dans une guerre que personne ne croyait possible : un conflit mondial, industriel, et d’une violence sans précédent. Entre 1914 et 1918, plus de 70 millions d’hommes furent mobilisés, dont près de 8 millions de Français. À la fin, le monde ancien — celui des empires, des rois et des certitudes — avait disparu.
Mais que s’est-il vraiment passé ? Pourquoi cette guerre ? Et pourquoi, encore aujourd’hui, le 11 novembre reste-t-il une date de mémoire nationale ?

Les causes : l’Europe d’avant 1914, un baril de poudre

À la veille de la guerre, l’Europe est à la fois riche, fière et inquiète.
Trois grandes puissances dominent le continent :

  • La France (République), meurtrie par la perte de l’Alsace et de la Moselle depuis 1871, veut un jour récupérer ces provinces annexées par l’Allemagne.
  • L’Allemagne, jeune empire fondé en 1871 sous la direction de Bismarck, est devenue une puissance industrielle et militaire redoutée.
  • L’Empire britannique, à la tête du plus vaste empire colonial du monde, surveille avec méfiance la montée de son rival allemand.

À ces tensions s’ajoutent deux autres grands empires :

  • L’Autriche-Hongrie, affaiblie par ses nombreux peuples (Tchèques, Slovaques, Croates, Serbes…) qui réclament leur indépendance.
  • La Russie, puissance immense mais fragile, qui soutient les peuples slaves des Balkans.

L’Europe est alors divisée en deux blocs :

  • La Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie) ;
  • La Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie – qui changera de camp en 1915).

C’est un équilibre instable, où chacun arme et espionne l’autre. L’étincelle viendra des Balkans.

Juin 1914 : Sarajevo, le coup de feu qui embrase le monde

Le 28 juin 1914, à Sarajevo (capitale de la Bosnie-Herzégovine), l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, est assassiné par Gavrilo Princip, un jeune nationaliste serbe.
L’attentat choque l’Europe, mais personne n’imagine encore une guerre mondiale.
Pourtant, en un mois, un enchaînement d’alliances, de menaces et de malentendus va tout précipiter :

  • L’Autriche-Hongrie accuse la Serbie d’être responsable de l’attentat et lui déclare la guerre (28 juillet 1914).
  • La Russie soutient la Serbie.
  • L’Allemagne soutient l’Autriche-Hongrie.
  • La France soutient la Russie.
  • L’Allemagne envahit la Belgique pour attaquer la France : le Royaume-Uni entre en guerre.

En quelques jours, l’Europe entière s’embrase. La “Grande Guerre” commence.

1914 : l’illusion de la guerre courte

L’été 1914 est marqué par un élan d’enthousiasme patriotique. On croit partir “pour quelques mois”, et être rentré “avant Noël”.
Les soldats français, en pantalon rouge, partent au front la fleur au fusil, persuadés de défendre la patrie contre “l’envahisseur”.

Mais très vite, la réalité s’impose : les offensives meurtrières échouent.
L’armée allemande fonce vers Paris (plan Schlieffen), mais elle est stoppée in extremis lors de la bataille de la Marne (6-12 septembre 1914).
Les deux armées s’enterrent alors dans un système de tranchées qui s’étend de la mer du Nord à la Suisse.

C’est le début d’une guerre nouvelle : la guerre de position, où chaque mètre de terrain se paie au prix du sang.

1915-1916 : la guerre industrielle et la guerre d’usure

Les armées creusent, s’enterrent, se bombardent. Les conditions sont inhumaines : boue, rats, froid, peur, gaz asphyxiants, cadavres omniprésents.
La guerre devient industrielle : canons géants, mitrailleuses, obus à fragmentation, mines, gaz de chlore.
Les civils participent eux aussi à l’effort de guerre : usines, rationnement, impôts, deuils.

1915 :

  • L’Italie rejoint les Alliés.
  • Les premiers gaz sont utilisés à Ypres.
  • Sur le front d’Orient, les Alliés échouent à Gallipoli (Turquie).

1916 :
Année terrible. Deux batailles symbolisent la folie de cette guerre :

  • Verdun (février-décembre 1916) : 300 000 morts pour quelques kilomètres. Les soldats français, “les Poilus”, y gagnent une gloire tragique.
  • La Somme (juillet-novembre 1916) : plus d’un million de morts ou blessés.

C’est à Verdun que le général Philippe Pétain devient un héros national : il tient bon, coûte que coûte, au cri de “Ils ne passeront pas !”.

1917 : l’année des ruptures

L’année 1917 marque un tournant.
D’un côté, les armées sont épuisées. En France, des mutineries éclatent : les soldats refusent de mourir inutilement. Le général Pétain, devenu commandant en chef, rétablit l’ordre en combinant fermeté et amélioration des conditions de vie.

En Russie, la guerre provoque l’effondrement du régime tsariste. La Révolution d’Octobre porte Lénine au pouvoir : il retire la Russie du conflit.
L’Allemagne peut alors concentrer ses forces sur le front Ouest.

Mais un nouvel acteur entre en scène : les États-Unis, dirigés par le président Woodrow Wilson, déclarent la guerre à l’Allemagne en avril 1917.
Les raisons : les sous-marins allemands qui coulent les navires civils, et la volonté américaine de “défendre la démocratie”.

La guerre devient vraiment mondiale.

1918 : la fin d’un monde

Au printemps 1918, l’Allemagne tente une offensive massive avant l’arrivée en force des troupes américaines.
Mais les Alliés résistent. L’armée française, épaulée par les Britanniques et les Américains, reprend l’initiative sous le commandement unique du général Ferdinand Foch.

Les troupes allemandes, épuisées, affamées, et minées par les révoltes, reculent sur tout le front.
À l’intérieur du pays, la révolution éclate : l’empereur Guillaume II abdique.

Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, l’armistice est signé à Rethondes, dans la forêt de Compiègne.

Les canons se taisent.
Mais la paix reste à construire.

Le bilan humain : un continent décimé

La guerre de 1914-1918 fut l’une des plus meurtrières de l’histoire.

  • Environ 10 millions de soldats tués, dont 1,4 million de Français.
  • 6 millions de civils morts, victimes des famines, bombardements, maladies.
  • Des millions de mutilés, de veuves et d’orphelins.

L’Europe sort brisée : des villages rasés, des champs minés, des cicatrices dans les corps et les esprits. On parle désormais de “génération perdue”.

1919 : la paix ou l’illusion de la paix ?

Le Traité de Versailles (28 juin 1919) met officiellement fin à la guerre.
L’Allemagne est désarmée, amputée de territoires (Alsace-Moselle, Pologne, colonies) et condamnée à de lourdes réparations.
Mais beaucoup dénoncent un traité humiliant qui prépare les rancunes futures.

Le maréchal Foch résume d’ailleurs l’inquiétude de l’époque : « Ce n’est pas une paix, c’est un armistice de vingt ans. »

En effet, vingt ans plus tard, l’Europe replongera dans la guerre.

Les grandes conséquences du conflit

  1. Fin des empires
    Quatre grands empires disparaissent : allemand, austro-hongrois, ottoman et russe. De nouveaux États naissent ou renaissent : la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, la Finlande…
  2. Changements sociaux et économiques
    Les femmes ont travaillé en masse dans les usines, les hôpitaux, les transports : une révolution silencieuse.
    L’économie, ruinée, reste marquée par la dette et l’inflation.
  3. Une Europe affaiblie
    Les États-Unis deviennent la première puissance mondiale. L’Europe, épuisée, perd son hégémonie. Les idéologies nouvelles (communisme, fascisme, nationalisme) s’enracinent dans les ruines.
  4. Une mémoire durable
    Partout, les monuments aux morts s’élèvent dans les villes et villages.
    Le 11 novembre, devenu jour de commémoration, rappelle chaque année le prix payé pour la paix.

Une guerre bretonne aussi

La Bretagne, comme toutes les régions de France, a payé un tribut immense. Environ 130 000 des mobilisés ne revinrent jamais. Des monuments, de Ploërmel à Carhaix, de Dinan à Quimper, portent encore aujourd’hui leurs noms.
Les campagnes bretonnes, vidées de leurs jeunes hommes, connurent un deuil collectif qui marqua durablement les familles et les paroisses.

La Grande Guerre a été le premier conflit total : une guerre où tout un peuple — soldats, ouvriers, femmes, enfants — fut mobilisé.  Elle a aussi vu l’apparition des tanks, de l’aviation militaire, de la guerre chimique et des propagandes de masse.
Mais elle fut aussi le creuset d’un immense courage collectif, d’une fraternité du feu entre soldats de toutes origines.

Aujourd’hui encore, comprendre 1914-1918, c’est comprendre d’où vient notre monde : les frontières modernes, la peur de la guerre, l’idée européenne, mais aussi la conviction que la paix n’est jamais acquise.

La Première Guerre mondiale ne fut pas seulement un drame ou un suicide européen, elle fut un avertissement. Elle a montré ce que deviennent les nations lorsqu’elles oublient la prudence, la diplomatie et le sens du tragique. Et ce qu’il advient des peuples lorsqu’ils laissent des petites castes dirigeantes les mener à la boucherie.

À l’heure où l’Europe connaît à nouveau des tensions, où les mémoires s’effacent, se souvenir de 1914-1918 n’est pas un exercice d’histoire, mais un acte de lucidité.

Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT.

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9 réponses à “1914-1918 : comprendre la Première Guerre mondiale, la guerre qui a bouleversé le monde (et suicidé l’Europe)”

  1. Charles Coelho dit :

    Excellente conclusion pour mettre en garde contre les errements de l’actualité.

  2. Tte fse dit :

    Merci pour cet.article

  3. margue dit :

    de quelles grandes familles aristocratiques européennes parlez-vous? Seule l’Angleterre a un roi!!!!!

  4. mouchet dit :

    Le danger actuel c’est d’inverser l’information de malentendus et de provoquer la Russie qui n’a jamais déclaré la guerre, mais a lutté contre ses envahisseurs principalement l’Allemagne avec la Wehrmacht. Cette Russie a aussi subit la perte de sa noblesse comme tous les pays d’Europe.1914-1918 fut un carnage abominable et le militaro business dont la noblesse avait investi ses fortunes dans l’armement retrouve donc ses bénéfices perdus. Et ainsi va le monde en perpétuelle guerre les morts rapportant des fortunes au militaro business européen et américain. L’Ukraine a développé 460 milliards de chiffre d’affaire d’armement et environ 1,70 million de morts ukrainiens et 150’000 morts russes en comptant les 54’000 pros russes exterminés en Ukraine pour déclarer la guerre en essayant d’affaiblir la dite Russie. Ce fut un échec et l’Europe va le payer très très cher, environ 150 milliards à l’heure actuelle.
    L’histoire nous rappelle qu’il faut être prudent en matière de déclaration de guerre à la Russie car l’effet boomerang risque d’être très dévastateur pour les classes dirigeantes ancienne noblesse.
    Le fond de ce conflit ce sont les énergies gaz pétrole et la Russie ne jouant pas le jeu du dollars et les investissements de 150 milliards du gaz de schiste aux USA. Cela a exacerbé les jalousies commerciales des énergies. La Russie refusant le dollars et associant les BRICS et l’OCS actant la dédollarisation. Ou cela va nous mener avec le tampon Ukraine qui subit. Nous ne sommes plus en présence d’une nation avec fusils et gaz de combat en 1916.
    La guerre vient de changer de braquet, drones, missiles hypersoniques, satellites militaires pour positionner l’ennemi au mètre carré. Les grands navires de combat et porte avions sont vulnérables et maintenant même les sous marins avec les missiles torpilles sous marins. Plus personne n’est à l’abri même au fin fond de l’Arizona.
    Les USA qui n’ont jamais eu de guerre livrent des armes en ayant initialisé les conflits avant. C’est tout bénéfice pour eux. Est-ce que l’Europe réalise sa petitesse et sa densité face à l’immense Russie de 11 fuseaux horaires et sa puissance phénoménale indestructible comme le cite Mr Trump. Le mieux c’est donc de faire l’Europe continentale avec la Russie en associant technicité et énergies ce qui dérange les USA qui ont toujours mis un veto.

  5. Marc ILIOU dit :

    la France n’a pas récupéré l’Alsace et la Moselle mais a réenvahi ces deux territoires germaniques ce qui n’est pas pareil !

  6. pepers dit :

    Un génocide européen commandé par des dirigeants irresponsables et des généraux incompétents. Les généraux Nivelle, Foch et quelques autres envoient à la mort des centaines de milliers de jeunes pour quelques mètres gagnés? L’histoire en a fait des héros. Dirigeants et généraux tous coupables de meurtres prémédités! A quand la justice? Et cette guerre qui permet l’accouchement d’une folie idéologique le communisme qui fera 100 millions de mort! Une pensée profondément et sincère pour tous ces soldats morts et blessés de toutes les armées en présence.

  7. Capitaine Haddock dit :

    Il est cocasse de constater que ces mêmes Français qui avaient suivi Pétain et sa formule « Ils ne passeront pas ! » sont les mêmes qui se sont couchés et se sont mis en fil indienne derrière ce traître qui s’est aplati face aux Allemands en 1940, après avoir envoyé à la boucherie des centaines de milliers de Français vingt ans plus tôt.
    Le quotient intellectuel moyen du Français n’a jamais brillé.

  8. kaélig dit :

    Je vois que le Maréchal Pétain est toujours autant décrié pour s’être proposé à gouverner la France occupée par les Allemands en 1940 plutôt que d’organiser la Résistance comme Charles De gaulle réfugié en Angleterre.
    Alors, évidemment le camp des vainqueurs à la Libération, comme d’habitude, l’a traité de collabo et condamné alors que Mitterrand décoré de la Francisque a tourné sa veste opportunément comme beaucoup d’autres.
    Que fallait-il faire ? Pétain durant la guerre 14-18 qui défendit Verdun avait la réputation contrairement à Joffre, Foch, Nivelle, Morin de vouloir ménager la vie des ses soldats, refusant l’offensive de l’infanterie sans une intense préparation d’artillerie.
    Mon sentiment est que Pétain à la tête du gouvernement voulait protéger les français d’une situation qui aurait été pire avec un gouverneur allemand d’occupation.

  9. Yannig Louis Mahé dit :

    Excellente analyse j y ajouterais que c est la première guerre industrielle ou les allemands nouvelle nation industrielle a voulue s imposer et ils ont renouveler cette stratégie en 40:par l impuissance française soumise à l impuissance militaire par les socialistes et les mouvements pacifiques issus de 36 et cette nouvelle deuxième guerre mondiale a touchée d abord les civils et les idéologies racistes que les nouvelles guerres asymétriques depuis 45 perpétuent en Europe centrale en Afrique et maintenant en Ukraine une guerre moderne c est d abord beaucoup d argent pour produire un matériel de guerre moderne et une formation militaire de haut niveau mais ces guerres touchent d abord les civils que l insuffisance de La Défense civile ne peut protéger car les gouvernements associés d abord avec la mission offensive s en fichent il en va de la responsabilité des généraux et des états majors de prendre en compte cette dimension essentielle de protection de la population civile c est le premier devoir d un chrétien et de l église qui a su protéger les juifs pendant la seconde guerre mondiale de façon discrète mais efficace
    L Allemagne et la structure européenne actuelle avec la chienne allemande de la commission ne plaident pas pour la paix mais pour la guerre avec la Russie qui n a jamais été l ennemi de la France mais plutôt son allié face aux teutons ou boches ou casques à pointes comme ma grand mère veuve de guerre résistante et issue d une famille de chouans autre genocide de nos voisins vendéens me le rappelais souvent
    LCL yannig louis Mahé officier breton au service de la Bretagne et de la France sapeur pompier de Paris et de Sécurité Civile ancien instructeur Au 7 Génie alors en Avignon régiment le plus décoré du Génie dissous par Mitterand et reconstitué comme régiment support de l École du wwGenie d Angers

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