Sénégal : la réserve de Bandia, un safari inattendu aux portes de Dakar

Quand on évoque un safari africain, le Sénégal n’est généralement pas la première destination qui vient à l’esprit. Pourtant, à une soixantaine de kilomètres au sud de Dakar, dans la région de Thiès, la réserve privée de Bandia propose une expérience singulière : celle d’un sanctuaire de biodiversité reconstitué, au cœur d’un territoire longtemps fragilisé par la pression humaine, la sécheresse et la disparition progressive de la faune sauvage.

Située à proximité immédiate de la station balnéaire de Saly-Portudal, sur l’axe Dakar–Mbour, la réserve de Bandia s’étend sur 3 500 hectares de savane clôturée. Baobabs géants, acacias épineux, lianes et brousse soudano-sahélienne composent un décor à la fois rude et majestueux, dans lequel ont été réintroduites, depuis plus de trente ans, des espèces emblématiques de la faune africaine, parfois absentes du Sénégal depuis des siècles.

Un projet né du reboisement et devenu modèle de conservation

L’histoire de Bandia commence au début des années 1980 avec le PARFOB, un projet de reboisement de la forêt de Bandia financé par l’USAID et co-dirigé par des équipes sénégalaises et américaines. À l’issue de ce programme, achevé en 1986, l’ambition évolue : il ne s’agit plus seulement de restaurer la végétation, mais de recréer un écosystème complet, en réintroduisant une faune autrefois décimée par le braconnage et l’avancée humaine.

La réserve de Bandia est officiellement créée en 1990, devenant la première réserve privée du Sénégal. Le pari est audacieux : faire cohabiter conservation, écotourisme et réalités locales dans une zone menacée par l’urbanisation croissante de la Petite Côte. Trente ans plus tard, Bandia est régulièrement citée comme un exemple de réussite écologique à l’échelle régionale.

 

Une faune spectaculaire, observable de près

La visite de la réserve se fait exclusivement en véhicule, personnel ou loué sur place, sous la conduite obligatoire d’un guide. Dès l’ouverture, à 8 heures, les premiers visiteurs sont accueillis par les singes verts qui circulent librement autour des postes d’accueil, parfois les petits accrochés au ventre.

Le safari débute souvent par le village des tortues sulcata, dont certaines peuvent vivre près de deux cents ans. À la nurserie, les œufs et les nouveau-nés sont protégés des rapaces avant d’être relâchés. Plus loin, dans le lit de la rivière Somone, les crocodiles du Nil veillent sur leur progéniture. Là, il est formellement interdit de descendre du véhicule : la rapidité de charge du reptile en fait un prédateur redoutable, y compris pour le buffle, considéré comme l’animal terrestre le plus dangereux de la réserve.

En progressant sur les pistes, les visiteurs découvrent girafes venues d’Afrique australe, zèbres, buffles, phacochères, gazelles dama, hippotragues, grandes antilopes et chacals. L’absence de grands prédateurs comme les lions ou les éléphants permet une observation rapprochée, dans des conditions adaptées à un public familial.

Rhinocéros et espèces rares, symboles d’un pari réussi

L’un des temps forts du safari reste l’observation du couple de rhinocéros blancs, particulièrement discret. Leur présence constitue une exception dans la région, alors que l’espèce est menacée d’extinction à l’échelle du continent, notamment en raison du trafic de cornes. Les guides échangent entre eux des indications précises pour tenter de repérer leurs traces et orienter les véhicules.

Autre fierté de Bandia : l’éland de Derby, la plus grande antilope du monde. L’espèce ne compte que quelques centaines d’individus dans la nature. À Bandia, plus d’une centaine sont protégés grâce à un programme de reproduction contrôlée. Les petits naissent dans des enclos avant d’être relâchés, tandis que les hyènes sont maintenues dans des espaces spécifiques afin d’éviter que le cheptel ne soit décimé.

Un patrimoine culturel discret mais profondément enraciné

La réserve de Bandia ne se limite pas à la faune. Elle abrite également un patrimoine culturel ancien, lié à l’ethnie sérère. Plusieurs tumulus funéraires, classés monuments historiques, sont visibles dans la forêt. On y trouve aussi des baobabs creux ayant servi de sépulture aux griots, ces conteurs et gardiens de la mémoire collective, dont les ossements étaient traditionnellement déposés dans l’arbre emblématique du Sénégal.

Cette pratique, interdite après l’indépendance, reste fortement ancrée dans les mémoires locales. La grande sécheresse des années 1970 fut d’ailleurs interprétée par certains comme la conséquence de l’abandon de ces rites, illustrant le lien étroit entre croyances, nature et survie dans cette région sahélienne.

La sécheresse demeure aujourd’hui l’un des principaux défis pour la réserve. En période de pénurie, certaines espèces doivent être complémentées en nourriture. Des opérations de déboisement contrôlé ont également été menées afin de permettre aux sols de se régénérer, le bois étant transformé en charbon écologique revendu aux populations alentour.

Seules les girafes semblent relativement épargnées, capables de consommer jusqu’à quarante kilos de feuilles d’acacia par jour. Le rhinocéros, quant à lui, reste le plus gros consommateur de végétation du parc, ce qui impose une surveillance permanente de l’équilibre écologique.

Une excursion accessible depuis Dakar et la Petite Côte

Dernière étape du parcours : le restaurant panoramique de la réserve, dominant un point d’eau fréquenté par buffles, singes et crocodiles. Très apprécié des Dakarois, il permet de prolonger l’expérience autour d’un repas, parfois à base d’éland du Cap, espèce abondante à Bandia et dont la régulation est nécessaire pour préserver les ressources.

Avec environ 50 000 visiteurs par an, la réserve de Bandia est devenue une excursion classique depuis Dakar, Saly ou Mbour. Les tarifs restent accessibles : environ 12 000 francs CFA par adulte, 7 000 pour les enfants, auxquels s’ajoutent les frais de guide et de véhicule.

À mi-chemin entre parc animalier et réserve africaine, Bandia démontre qu’un modèle de conservation pragmatique, enraciné dans le réel, peut encore exister, conciliant protection de la faune, transmission culturelle et tourisme maîtrisé.

Plus d’infos sur le site officiel

Photo : DR

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