Dans l’archipel des Fidji, longtemps présenté comme une carte postale du Pacifique Sud, une crise sanitaire et sociale majeure se déploie à bas bruit. En toile de fond, l’implantation durable de la méthamphétamine, arrivée par les routes du narcotrafic international, et son usage massif par injection, qui a provoqué une flambée sans précédent des contaminations au VIH.
Suva, plaque tournante locale d’un trafic mondial
Dans certains quartiers informels de Suva, les livraisons de drogue se sont banalisées. Selon des habitants et des travailleurs sociaux, des réseaux organisés approvisionnent régulièrement les squats et bidonvilles, où la pauvreté est extrême, l’accès à l’électricité et à l’eau limité, et la nourriture parfois rare. La méthamphétamine, issue de cargaisons en transit depuis l’Asie du Sud-Est ou l’Amérique latine vers l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou l’Amérique du Nord, s’est progressivement diffusée dans la société fidjienne elle-même.
Les autorités et les Nations unies alertaient depuis plusieurs années sur le rôle géographique des Fidji comme point de transbordement. Les faits leur ont donné raison : la drogue ne se contente plus de passer, elle reste, avec des conséquences lourdes pour les populations locales.
Une consommation par injection aux effets dévastateurs
Contrairement à d’autres régions, la méthamphétamine est majoritairement injectée aux Fidji. Faute d’information sanitaire et dans un contexte culturel marqué par le partage communautaire, les seringues sont fréquemment utilisées à plusieurs. Cette pratique, conjuguée à une méconnaissance des risques sexuels, a provoqué une explosion des contaminations au VIH.
Des travailleurs sociaux rapportent des usages dès l’âge de dix ans. Selon les données officielles, plus de 1 580 nouvelles infections au VIH ont été enregistrées en 2024 dans un pays de moins d’un million d’habitants, soit une hausse de près de 500 % par rapport à 2018. Les projections pour 2025 évoquent plus de 3 000 nouveaux cas, avec un chiffre réel probablement bien supérieur, faute de dépistage systématique dans les îles les plus isolées.
La majorité des nouvelles contaminations concerne les 15-34 ans. La transmission mère-enfant progresse également, signe d’un ancrage durable de l’épidémie. Selon le gouvernement fidjien, près de la moitié des nouvelles infections sont directement liées à l’usage de drogues injectables.
Pour les acteurs de terrain, les conditions étaient réunies pour une « épidémie explosive » : pauvreté, isolement, circulation massive de stupéfiants et faibles capacités du système de santé, largement dépendant de l’aide internationale.
Narcotrafic, corruption et coopérations criminelles
Les services de renseignement estiment que plusieurs organisations criminelles coopèrent aux Fidji, mêlant triades chinoises, cartels latino-américains, gangs de motards australiens et réseaux internationaux. Cette coopération, décrite comme pragmatique et non concurrentielle, complique le travail des forces de l’ordre.
La situation est aggravée par des soupçons de corruption. Des policiers sont mis en cause pour leur implication présumée dans le trafic. En 2023, une saisie record de plus de quatre tonnes de méthamphétamine, d’une valeur estimée à plus d’un milliard de dollars, a mis en lumière l’ampleur du phénomène, sans permettre d’identifier clairement les commanditaires internationaux.
Silence, stigmatisation et pénuries de soins
À la crise sanitaire s’ajoute une forte stigmatisation sociale. De nombreux séropositifs hésitent à se faire dépister ou à suivre un traitement, par peur du rejet. Des militants et associations tentent de briser cette culture du silence, tandis que les autorités encouragent le dépistage et l’accès aux traitements antirétroviraux.
Mais les difficultés persistent. Des pénuries de médicaments ont été signalées en 2024, tout comme un manque de matériel médical de base. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont annoncé des aides financières, mais les discussions avec les États-Unis n’ont pas abouti.
Entre répression et réduction des risques
Un programme d’échange de seringues, pourtant recommandé par l’Organisation mondiale de la santé, reste juridiquement bloqué, la distribution de matériel stérile étant encore illégale. En attendant, les drogues continuent d’affluer. Début 2026, plus de deux tonnes de cocaïne ont encore été saisies sur un navire au large des côtes fidjiennes.
Pour les autorités judiciaires, tant que la corruption et l’économie de la drogue resteront enracinées, les Fidji demeureront une plaque tournante du narcotrafic dans le Pacifique, avec des conséquences sanitaires et sociales désormais visibles à grande échelle.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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