La découverte des cellules “pacificatrices” qui pourrait bouleverser le traitement des maladies auto-immunes et du cancer

Pendant des décennies, le système immunitaire a été décrit comme une armée disciplinée, prête à défendre l’organisme contre les virus, bactéries et cellules anormales. Mais une question demeurait : qu’est-ce qui empêche cette armée de se retourner contre son propre camp ?

Pour les millions de personnes atteintes de maladies auto-immunes – diabète de type 1, lupus, polyarthrite rhumatoïde, psoriasis – la réponse n’est pas théorique. Leur système immunitaire attaque leurs propres tissus, provoquant des inflammations chroniques, des lésions irréversibles et des traitements lourds fondés sur l’immunosuppression générale.

Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2025 est venu consacrer une découverte majeure qui éclaire ce mystère : l’identification des cellules T régulatrices, ou Tregs, véritables « gardiens de la paix » du système immunitaire.

Des cellules longtemps contestées

Dans les années 1970, certains chercheurs évoquaient déjà l’existence de cellules capables de freiner la réponse immunitaire. Mais l’idée de « lymphocytes suppresseurs » restait controversée. Les résultats étaient incohérents et le concept tomba en disgrâce.

Il faudra attendre les travaux décisifs du Japonais Shimon Sakaguchi dans les années 1990 pour relancer la piste. Il identifie un marqueur spécifique, CD25, permettant de repérer ces cellules régulatrices. Ses expériences démontrent que leur absence provoque des réactions auto-immunes sévères.

Malgré un fort scepticisme initial, la robustesse des données finit par convaincre une partie de la communauté scientifique. Mais il restait à comprendre ce qui rendait ces cellules si particulières.

FOXP3 : le gène chef d’orchestre

Le tournant survient au début des années 2000 avec l’identification d’un gène clé : FOXP3. Deux équipes, menées notamment par Mary E. Brunkow et Fred Ramsdell, montrent que des mutations de ce gène sont responsables de graves désordres immunitaires.

Chez certaines souris dites “scurfy”, une mutation entraîne une inflammation massive et fatale. Chez l’être humain, une pathologie rare et dramatique – le syndrome IPEX – provoque des attaques auto-immunes précoces et généralisées. Dans les deux cas, le gène FOXP3 est défaillant.

FOXP3 agit comme un véritable interrupteur maître. Il programme les cellules T régulatrices et leur donne leur capacité à calmer la réponse immunitaire. Sans lui, ces cellules ne se développent pas correctement et le système immunitaire s’emballe.

Cette découverte a définitivement établi les Tregs comme une classe cellulaire à part entière, dotée d’une identité génétique spécifique.

L’équilibre fragile du système immunitaire

Les Tregs représentent une fraction minuscule des cellules immunitaires, mais leur rôle est central. Elles empêchent les réactions excessives, limitent l’inflammation et protègent les tissus sains.

Lorsque ces cellules sont absentes ou dysfonctionnelles, le système immunitaire déclenche des attaques contre l’organisme lui-même. À l’inverse, certaines tumeurs exploitent ces cellules pour se protéger. En recrutant des Tregs, les cancers peuvent neutraliser l’attaque immunitaire et progresser à l’abri.

Tout l’enjeu thérapeutique consiste donc à ajuster l’équilibre : renforcer les Tregs en cas d’auto-immunité, les réduire dans certains cancers.

Vers une médecine de précision immunitaire

Les perspectives ouvertes par cette découverte sont considérables.

Dans les maladies auto-immunes, des essais cliniques explorent des stratégies visant à augmenter le nombre ou l’efficacité des Tregs. Les premiers résultats sont encourageants, notamment dans le diabète de type 1 ou certaines complications des greffes.

Une approche particulièrement prometteuse repose sur les CAR-Tregs. Sur le modèle des CAR-T utilisées en oncologie, des cellules régulatrices sont prélevées chez le patient, modifiées en laboratoire pour cibler précisément un antigène pathologique, puis réinjectées. L’objectif : freiner l’attaque immunitaire sans affaiblir l’ensemble des défenses.

Dans le cancer, la stratégie est inversée. Les chercheurs cherchent à neutraliser les Tregs présentes dans l’environnement tumoral, souvent en combinaison avec les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire déjà utilisés en oncologie.

La difficulté tient au caractère délicat de cet équilibre. Intervenir trop brutalement pourrait déclencher des effets indésirables graves.

Au-delà des thérapies lourdes

Certaines recherches suggèrent également que des facteurs de mode de vie pourraient influencer l’activité des Tregs.

La supplémentation en vitamine D a montré, dans plusieurs études, une augmentation du nombre et de l’activité des cellules régulatrices. L’exercice physique a également été associé, chez l’animal, à une amélioration de leur fonction. D’autres travaux explorent les effets de la restriction calorique dans certains modèles tumoraux.

Ces pistes restent exploratoires, mais elles rappellent que le système immunitaire est profondément intégré à l’ensemble du métabolisme.

Une révolution silencieuse

La découverte des cellules T régulatrices a profondément modifié la compréhension du système immunitaire. Elle marque le passage d’une vision purement offensive – le corps contre l’ennemi – à une vision plus subtile fondée sur l’équilibre.

Plutôt que d’écraser la réponse immunitaire ou de la stimuler aveuglément, la médecine de demain cherche à la rééduquer.

Le Nobel 2025 consacre ainsi non seulement une avancée scientifique majeure, mais aussi un changement de paradigme : la santé immunitaire ne repose pas uniquement sur la force de l’attaque, mais sur la capacité à savoir quand s’arrêter.

À l’heure de la médecine personnalisée, ces « gardiens de la paix » pourraient devenir l’un des piliers des traitements de demain.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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