Isaac Newton, la foi derrière la science : les manuscrits perdus d’un génie en quête du plan divin

On connaît l’image d’Épinal : une pomme tombe, un esprit s’interroge, et la gravitation universelle naît sous le ciel anglais. Isaac Newton est entré dans la légende comme l’architecte de la mécanique moderne, l’homme des Principia, le mathématicien qui mit l’univers en équations. Mais derrière cette figure canonique du rationalisme scientifique se cache une autre réalité, longtemps restée dans l’ombre : Newton fut aussi un théologien passionné, obsédé par l’Écriture et convaincu que la science révélait l’ordre voulu par Dieu.

Pendant près de deux siècles, cette dimension essentielle de sa pensée a été partiellement occultée. Ses manuscrits religieux, restés inédits après sa mort, n’ont été progressivement redécouverts qu’au XXe siècle. Ils révèlent un Newton bien différent du portrait simplifié souvent proposé dans les manuels.

Un savant nourri de Bible

Newton a produit plus d’écrits théologiques que scientifiques. Sur l’ensemble de ses manuscrits, des millions de mots ont été consacrés à l’étude des Écritures, à l’exégèse biblique, à l’analyse des prophéties et à la réflexion sur la nature de Dieu. Pour lui, il ne s’agissait pas de deux domaines séparés. La recherche scientifique et l’étude de la Bible relevaient d’une même quête : comprendre l’ordre divin du monde.

Nommé en 1669 à la prestigieuse chaire lucasienne de mathématiques à Cambridge, Newton aurait dû, comme l’exigeait la règle, recevoir les ordres de l’Église d’Angleterre. Il refusa. Non par indifférence religieuse, mais parce qu’il estimait que certaines doctrines officielles trahissaient le sens originel des textes sacrés. Maîtrisant le latin et le grec, il s’était plongé dans les sources bibliques et contestait notamment l’interprétation trinitaire dominante.

Son refus aurait pu briser sa carrière. Il obtint finalement une dispense royale. À partir de cette période, il consigna systématiquement ses recherches théologiques dans des carnets qu’il n’abandonna jamais, les retravaillant et les complétant jusqu’à la fin de sa vie.

Un Dieu d’ordre et de raison

Lorsque Newton publie en 1687 les Principes mathématiques de la philosophie naturelle, il bouleverse la compréhension du mouvement, de la gravitation et de la structure du cosmos. Pourtant, ce monument scientifique reste relativement discret sur la théologie.

Il faudra attendre l’édition de 1713 pour voir apparaître le fameux General Scholium, ajout où Newton expose clairement sa conception de Dieu. Il y décrit un Être suprême éternel, infini, intelligent et puissant. Pour lui, l’harmonie du système solaire ne peut être le fruit du hasard. L’architecture du monde suppose un principe organisateur.

Cette conviction n’était pas marginale dans sa pensée : elle en constituait le socle. La gravitation universelle n’était pas, à ses yeux, une preuve de l’autonomie du monde, mais un indice supplémentaire d’un ordre voulu.

Des écrits cachés pendant 150 ans

À la mort de Newton en 1727, des milliers de pages de manuscrits restent inédits. Ses proches, inquiets des controverses que pourraient susciter ses positions théologiques hétérodoxes, conservent les documents à l’écart du public.

Une partie de ses papiers scientifiques sera finalement confiée à l’Université de Cambridge au XIXe siècle. Mais ses écrits religieux et alchimiques demeurent dispersés jusqu’à une vente aux enchères organisée en 1936 par Sotheby’s. Peu médiatisée, cette vente voit les manuscrits se disséminer chez différents collectionneurs.

Deux figures vont alors jouer un rôle décisif. L’économiste John Maynard Keynes acquiert nombre de documents liés à l’alchimie newtonienne, domaine longtemps méprisé mais essentiel pour comprendre son rapport à la matière et aux transformations naturelles. De son côté, le savant Abraham Yahuda se consacre à la collecte des textes théologiques.

Einstein face à Newton

Abraham Yahuda, spécialiste des textes hébraïques, perçoit immédiatement l’importance des écrits bibliques de Newton. Contraint de fuir l’Europe au début de la Seconde Guerre mondiale, il emporte avec lui des milliers de pages.

En 1940, il rencontre Albert Einstein aux États-Unis. Fasciné par ces documents, Einstein souligne l’intérêt qu’ils présentent pour comprendre la méthode intellectuelle de Newton. Il note le contraste entre la rigueur critique du savant envers les institutions ecclésiales et sa certitude quant à l’origine divine de la Bible.

Ces échanges contribuent à faire émerger une image plus complète du génie anglais : celle d’un homme pour qui la science n’était pas un substitut à la foi, mais un prolongement.

Après la mort de Yahuda, les manuscrits seront finalement confiés à la Bibliothèque nationale et universitaire hébraïque de Jérusalem, où ils deviennent accessibles aux chercheurs.

Un héritage redécouvert

Depuis la fin du XXe siècle, des initiatives comme le Newton Project ont entrepris de cataloguer et publier ces textes longtemps ignorés. Ils permettent de mesurer l’ampleur de la réflexion théologique de Newton.

On y découvre un penseur soucieux d’interpréter les prophéties, d’identifier les corruptions doctrinales au fil des siècles et de restaurer, selon lui, la pureté du message biblique originel. Loin de l’image d’un rationaliste froid, Newton apparaît comme un homme traversé par une quête spirituelle exigeante.

Science moderne et racines spirituelles

La redécouverte de ces manuscrits invite à reconsidérer le récit classique d’une rupture radicale entre science et religion. Newton, figure fondatrice de la physique moderne, ne concevait pas l’univers comme un mécanisme autonome, mais comme un système ordonné par une intelligence supérieure.

La formule qu’il inscrit dans le General Scholium résume cette vision : le système du Soleil, des planètes et des comètes procède du dessein d’un être intelligent et puissant. Cette affirmation ne fut pas une concession rhétorique. Elle exprime la cohérence profonde de sa pensée.

Comprendre Newton dans sa totalité, c’est reconnaître que la modernité scientifique ne s’est pas construite uniquement contre la foi, mais aussi à partir d’une interrogation métaphysique sur l’ordre du monde. Ses manuscrits perdus rappellent qu’à l’origine de la science moderne se trouvait non seulement le calcul, mais aussi la question du sens.

À l’heure où le débat public oppose souvent raison et spiritualité, la figure de Newton oblige à plus de nuance. Le père de la gravitation universelle n’était pas un simple technicien du réel : il cherchait, derrière les lois du mouvement, la trace d’un plan divin.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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