Plus de trente ans après le massacre d’Ovčara, l’affaire Jean-Michel Nicolier entre dans une nouvelle phase judiciaire particulièrement lourde de conséquences diplomatiques et juridiques. Selon les documents juridiques actualisés adressés à l’ambassade de Serbie à Paris, une mise en demeure formelle a été transmise le 15 février 2026 par l’avocat de la famille, Maître Ghislain Dubois, au nom de la mère et du frère du volontaire français assassiné en Croatie en 1991.
Cette démarche s’appuie explicitement sur l’identification officielle du corps de Jean-Michel Nicolier en 2025, après plus de trente-quatre ans de recherches, étape considérée comme déterminante dans la procédure judiciaire engagée en France pour crimes de guerre.
Une mise en demeure visant directement l’État serbe
Le courrier, adressé à l’ambassadrice de Serbie à Paris, rappelle que la procédure est engagée au nom de Lyliane Fournier et de Paul Nicolier, respectivement mère et frère du jeune Français exécuté à Ovčara le 20 novembre 1991, après la chute de Vukovar. Le document retrace le parcours personnel de Nicolier, né en 1966 et parti en Croatie durant l’été 1991 pour rejoindre la résistance croate, avant d’être blessé puis capturé après la prise de la ville par l’armée yougoslave et les milices serbes.
La mise en demeure exige officiellement que la Serbie livre plusieurs personnes nommément désignées aux autorités judiciaires françaises, dans le cadre de l’instruction ouverte au pôle crimes contre l’humanité du Tribunal de Paris. Elle réclame également le versement de 200 000 euros de dommages et intérêts pour les préjudices moral, matériel et psychologique subis par la famille.
Le document précise qu’à défaut de réponse dans un délai de trente jours, une action judiciaire pourrait être engagée contre l’État serbe pour complicité de tortures, mauvais traitements, assassinat, disparition forcée et obstruction à la justice, en soulignant qu’aucune prescription ni immunité juridictionnelle ne saurait s’appliquer à de tels faits.
Le rappel détaillé des faits du massacre d’Ovčara
Les pièces juridiques reprennent de manière extrêmement précise la chronologie des événements survenus après la chute de Vukovar, le 18 novembre 1991, lorsque les forces yougoslaves et paramilitaires serbes ont pris le contrôle de la ville après 87 jours de siège.
Malgré les accords d’évacuation des blessés de l’hôpital de Vukovar, des soldats ont séparé les hommes des femmes et enfants, avant de transférer plusieurs centaines de détenus vers la caserne puis vers la ferme d’Ovčara, lieu du massacre.
Les documents décrivent ensuite un système de violences systématiques : fouilles, passages à tabac, tortures prolongées dans le hangar agricole, et exécutions par groupes dans une fosse creusée à proximité. Les prisonniers, dont Jean-Michel Nicolier, furent battus à l’aide de barres métalliques, crosses de fusil ou fils électriques, certains mourant même sous les coups avant les exécutions.
L’exécution du volontaire français explicitement décrite
Les pièces évoquent de façon nominative les circonstances de l’assassinat du jeune Français, présenté comme « le Français de Vukovar », exécuté au crépuscule du 20 novembre 1991 après avoir été extrait du hangar par un milicien serbe sur ordre d’un supérieur.
Le document mentionne également des éléments matériels précis, notamment le dépouillement de ses effets personnels, la récupération d’argent en francs suisses et même la présence de ses chaussures sur des photographies postérieures aux faits, éléments déjà relevés dans des procédures judiciaires antérieures.
Il est également rappelé que l’assassin présumé, identifié dans les pièces, aurait bénéficié du statut de témoin assisté lors d’un procès en Serbie, sans pour autant être poursuivi pour l’exécution du volontaire français, malgré l’existence d’indices et de preuves évoquant des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
La découverte, le 25 septembre 2025, de plusieurs corps près du hangar d’Ovčara, suivie d’analyses ADN confirmant l’identité de Jean-Michel Nicolier, constitue l’un des pivots juridiques de cette relance judiciaire. L’annonce officielle par le procureur général de Croatie fin octobre 2025 a permis à la famille de disposer, pour la première fois, d’une preuve matérielle irréfutable de l’assassinat.
Cette identification, mentionnée explicitement dans la mise en demeure, renforce la qualification pénale des faits et ouvre la voie à de nouvelles actions judiciaires, notamment sur le terrain international.
Une procédure qui dépasse le cadre mémoriel
Au-delà de l’hommage rendu au volontaire français tombé à 25 ans, les documents juridiques montrent clairement que l’objectif de la famille n’est plus seulement mémoriel mais judiciaire. La plainte avec constitution de partie civile déposée en France dès 2016 pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre s’inscrit désormais dans une stratégie visant à obtenir la comparution des responsables présumés devant la justice française.
La mise en demeure adressée à la Serbie marque ainsi une nouvelle étape dans une affaire emblématique de la guerre d’indépendance croate, où se mêlent mémoire européenne, droit international humanitaire et recherche tardive de justice pour les victimes du massacre d’Ovčara.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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