Salvador (Netflix) : quand le thriller social vire à la caricature

Huit épisodes, un casting solide, une promesse de thriller social tendu autour de la radicalisation néonazie et des milieux ultras du football. Sur le papier, Salvador avait tout pour intriguer. Créée par Aitor Gabilondo, réalisée par Daniel Calparsoro, portée par l’excellent Luis Tosar, la série mise en ligne le 6 février 2026 sur Netflix prétend explorer la dérive idéologique d’une jeunesse happée par des groupuscules radicaux liés au hooliganisme.

Dans les faits ? Une succession de clichés lourdingues et de scènes outrancières qui donnent l’impression d’avoir été écrites en 1997 pour une chaîne câblée en manque de sensationnalisme.

Dès le premier épisode, un autre problème saute aux yeux : la caricature. L’épisode inaugural pousse les curseurs à un niveau presque grotesque, comme si le spectateur devait être immédiatement conditionné. Les “White Souls”, présentés comme une transposition fictive des ultras madrilènes, apparaissent d’emblée comme une bande monolithique de néonazis outranciers, accumulant tatouages, slogans et violences gratuites dans une mise en scène lourde et peu crédible.

Cette entrée en matière donne le ton : le propos n’est pas tant d’explorer un milieu que de le caricaturer. Or, quiconque connaît un tant soit peu l’univers des tribunes, en Espagne comme ailleurs en Europe, perçoit rapidement le décalage entre la réalité complexe des groupes ultras et la représentation simpliste qui en est faite ici.

La suite de la série est, il faut le reconnaître, légèrement mieux tenue sur le plan narratif. Le rythme se stabilise, certains personnages gagnent un peu en épaisseur et la tension dramatique devient plus cohérente. Mais le biais idéologique, lui, ne disparaît jamais. Il traverse l’ensemble du récit de manière constante, presque mécanique.

Surtout, la série donne l’impression que ses créateurs ne connaissent pas de l’intérieur les milieux qu’ils prétendent décrire. Ni les Ultras Sur de Madrid — dont les “White Souls” semblent être une version déformée — ni même des groupes sociaux comme Hogar Social Madrid, eux aussi transfigurés à l’écran dans une logique de simplification extrême. Tout se passe comme si le scénario s’était davantage nourri de représentations militantes, voire de récits issus de milieux antifas, que d’une véritable enquête de terrain.

Ce choix se ressent dans chaque scène : absence de nuances, psychologie réduite à des archétypes, et vision homogène d’un univers pourtant traversé par des contradictions, des logiques culturelles et des dynamiques sociales bien plus complexes que ce que la série laisse entendre.

Le problème, encore une fois, n’est pas le sujet. Une fiction abordant la radicalisation, les marges du hooliganisme ou les fractures identitaires en Europe aurait pu être passionnante, voire nécessaire. Le matériau était là, riche, sensible, explosif. Mais encore fallait-il le traiter avec rigueur, distance et connaissance réelle du terrain.

Au lieu de cela, Salvador semble s’inscrire dans une grille de lecture très contemporaine, très politiquement correcte, où tout est déjà interprété avant même d’être montré. Le spectateur n’est pas invité à comprendre un phénomène social, mais à valider une démonstration préconstruite.

C’est d’autant plus regrettable que, débarrassée de ce biais permanent, l’histoire aurait pu être réellement intéressante. Le cadre du football, les tensions générationnelles, la quête d’identité d’une jeunesse déboussolée : autant de pistes narratives fortes qui sont ici constamment écrasées par une vision idéologique univoque.

Résultat : une série qui se veut un thriller social sur les fractures contemporaines, mais qui, en pratique, ressemble davantage à une fiction engagée, calibrée et déconnectée du réel qu’elle prétend dépeindre.

Il y a de grandes séries espagnoles sur Netflix. Celle-ci n’en fera pas partie.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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