Streaming en France : les Américains raflent 65 % du marché, et même Canal+ ne progresse qu’en diffusant… du cinéma américain

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Le dernier bilan trimestriel de JustWatch confirme l’écrasante domination de Netflix, Prime Video et Disney+ sur la SVOD hexagonale. Seul acteur français à tirer son épingle du jeu, Canal+ double HBO Max… grâce à une programmation largement estampillée Hollywood. La « souveraineté culturelle » à la française ressemble de plus en plus à un mirage.

L’agrégateur berlinois JustWatch vient de publier son rapport sur les parts de marché du streaming en France pour le premier trimestre 2026. Le constat, établi à partir du comportement de plus de deux millions d’utilisateurs français mensuels de la plateforme, ne surprendra personne : le paysage audiovisuel hexagonal reste massivement sous pavillon américain. Et le lot de consolation tricolore tient lui-même davantage du trompe-l’œil que de la reconquête.

Un podium tricolore… aux couleurs de l’Oncle Sam

Netflix conserve sa couronne avec 24 % de parts de marché, talonné par Prime Video (21 %) et Disney+ (20 %). À eux trois, ces mastodontes de la Silicon Valley et d’Hollywood captent 65 % de l’intérêt des streamers français. Près des deux tiers de ce que regardent les Français en SVOD sont programmés à Los Gatos, Seattle ou Burbank. Ajoutez-y Apple TV+ et ses 12 %, et ce sont près de quatre écrans sur cinq qui arborent une bannière étoilée.

L’écart entre Netflix et Prime Video s’est même légèrement creusé sur un an : au premier trimestre 2025, la plateforme de Jeff Bezos talonnait le géant rouge autour des 25 %. Douze mois plus tard, Netflix reprend ses distances. Disney+, de son côté, poursuit sa remontée et pourrait ravir la deuxième place à moyen terme — un seul point sépare désormais la plateforme familiale de sa rivale d’Amazon.

Canal+ double HBO Max… avec du Hollywood sous le bras

Sur le papier, une seule plateforme tricolore tire son épingle du jeu : Canal+. La chaîne cryptée du groupe Bolloré grimpe à 8 % de parts de marché et double même l’américain HBO Max, pourtant adossé à Warner Bros. Discovery. Progression d’environ deux points entre fin 2025 et début 2026, pendant que son concurrent d’outre-Atlantique en perdait trois. Voilà pour l’histoire officielle.

Mais le détail du catalogue qui a porté cette ascension mérite qu’on s’y arrête. Les « sorties très attendues » qui ont fait la force de Canal+ ce trimestre, selon JustWatch elle-même ? Sinners, thriller vampirique de Ryan Coogler — américain. F1® Le Film, production Apple Original avec Brad Pitt — américain. Une Bataille après l’autre, dernier Paul Thomas Anderson avec Leonardo DiCaprio — américain. Évanouis — américain encore.

Autrement dit, le seul « champion français » du streaming hexagonal ne gagne des parts de marché qu’en jouant les sous-distributeurs locaux de blockbusters hollywoodiens. La plateforme française dispute à Netflix non pas un modèle culturel alternatif, mais l’exclusivité temporaire de contenus produits et financés outre-Atlantique. Sur le fond, c’est le même cinéma américain qui s’impose partout — seule l’interface change.

Derrière Canal+, l’ex-plateforme de Warner poursuit sa glissade à 5 %, au coude-à-coude avec Paramount+ — qui progresse d’un point grâce notamment à la série Landman. Les autres plateformes (MyCanal thématiques, Crunchyroll, FilmoTV et consorts) se partagent les 5 % restants. Soit autant que Paramount+ à elle seule. L’atomisation du reste du marché en dit long sur la difficulté, pour une offre véritablement française ou européenne, à simplement exister face aux catalogues pharaoniques des majors américaines.

La souveraineté culturelle, un mirage français

Au-delà des chiffres, ce trimestriel dresse le portrait sans fard d’une consommation culturelle française entièrement phagocytée par la production américaine. La question n’est même plus tant celle des parts de marché des plateformes — qui peuvent toujours changer d’actionnaire ou de logo — que celle du contenu qu’elles diffusent. Et sur ce terrain, le match est joué.

Quand le seul acteur « français » du top cinq ne doit sa croissance qu’à son aptitude à acheter les droits de films américains pour les passer à son abonné hexagonal, la notion même de souveraineté culturelle régulièrement agitée de Bruxelles à Matignon devient un exercice de rhétorique. En mars 2026, le film le plus regardé par les Français sur JustWatch restait Une bataille après l’autre, signé Paul Thomas Anderson. La série dominante chez Netflix demeurait Stranger Things. Sur Apple TV+, Pluribus. Sur Prime Video, Fallout. Partout, le même moule.

Pendant que Paris s’enorgueillit des quotas de production et des montages fiscaux de ses « grands groupes », le cinéma breton, français, européen cherche toujours son public sur les plateformes qui comptent. Et à ce rythme, ce n’est pas demain qu’un long-métrage tourné à Brocéliande ou à Roscoff viendra s’imposer en tête des tendances SVOD hexagonales.

Source : JustWatch — Mesure d’audience des services SVOD en France, 1ᵉʳ janvier au 31 mars 2026.


Mots-clés : streaming, SVOD, Netflix, Prime Video, Disney+, Canal+, HBO Max, Paramount+, Apple TV+, JustWatch, parts de marché, souveraineté culturelle, exception culturelle, audiovisuel français, Hollywood, plateformes américaines, Bolloré, cinéma français, France

Photo ; DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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