France, Espagne, Royaume-Uni : Washington prépare des sanctions contre les alliés qui ont refusé de s’engager en Iran

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Selon une enquête publiée le 22 avril 2026 par le site américain Politico, la Maison-Blanche aurait élaboré un document de travail classant les membres de l’OTAN en différentes catégories selon leur degré d’engagement aux côtés des États-Unis durant l’Opération Epic Fury — le nom donné par le Pentagone à la campagne militaire conjointe américano-israélienne lancée le 28 février dernier contre l’Iran. Sobrement désignée dans les couloirs du pouvoir comme une « liste des bons et des mauvais élèves », cette hiérarchie pourrait se traduire par des décisions concrètes : redéploiements de troupes, exercices militaires conjoints, ventes d’armement. Une nouvelle fracture s’ouvre au sein d’une Alliance atlantique déjà mise à rude épreuve par le second mandat de Donald Trump.

Il y a dans la manière dont Washington traite désormais ses alliés européens quelque chose qui évoque moins la diplomatie traditionnelle que la gestion d’une entreprise familiale par un patron capricieux. Selon des informations publiées cette semaine par Politico, citant trois diplomates européens et un responsable de la Défense américain sous couvert d’anonymat, la Maison-Blanche a préparé, en amont de la récente visite à Washington du secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, un document hiérarchisant les États membres de l’Alliance selon leur comportement — entendre par là : leur niveau de soutien à l’opération américaine contre l’Iran lancée le 28 février 2026.

Epic Fury : la guerre dont l’Europe n’a pas voulu

Pour saisir l’enjeu, il faut revenir aux événements des deux derniers mois. L’Opération Epic Fury est le nom de code donné par le Pentagone à la vaste campagne militaire conduite conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, déclenchée le 28 février dernier. Objectifs affichés : démantèlement des capacités balistiques iraniennes, destruction de la marine iranienne, neutralisation définitive du programme nucléaire du régime des mollahs. L’opération d’ouverture a ciblé le cœur du pouvoir iranien, avec l’élimination du guide suprême Ali Khamenei dès le premier jour de l’offensive.

Iran a répliqué avec une série de frappes de missiles balistiques et de drones contre Israël, contre les bases américaines dans la région, contre les États arabes du Golfe alliés de Washington, mais aussi — et c’est là que l’affaire prend une dimension planétaire — par la fermeture du détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transitent environ 20 à 25 % du commerce mondial d’hydrocarbures. Le monde entier en a ressenti les conséquences : flambée des prix du carburant, pénurie localisée, inflation brutale, ruptures d’approvisionnement en urée (engrais azoté indispensable à l’agriculture mondiale).

Face à cet engrenage, les Européens ont réagi en ordre très dispersé. L’Espagne, le Royaume-Uni et la France ont refusé ou différé les demandes américaines de soutien actif. À l’inverse, la Roumanie, la Bulgarie et plusieurs petits pays ont autorisé les États-Unis à utiliser leurs bases aériennes — la base de Mihail Kogălniceanu, récemment agrandie dans le sud de la Roumanie, a notamment servi de plateforme logistique pour la campagne aérienne américaine contre l’Iran. La Pologne, qui finance déjà elle-même l’essentiel de l’hébergement des 10 000 militaires américains stationnés sur son sol, est restée fermement alignée sur Washington.

« Alliés modèles » versus « alliés problématiques »

Dès le mois de décembre 2025, avant même le déclenchement des opérations, le secrétaire à la Guerre américain (titre rétabli par l’administration Trump en remplacement du traditionnel secrétaire à la Défense) Pete Hegseth avait posé publiquement les termes du nouveau logiciel. Les « alliés modèles » qui assument leur part du fardeau — il citait Israël, la Corée du Sud, la Pologne, de plus en plus l’Allemagne, les pays baltes — recevraient la « faveur spéciale » de Washington. Les autres, ceux qui « continuent à ne pas faire leur part », devraient « en subir les conséquences ».

Quatre mois plus tard, la doctrine Hegseth se matérialise dans un document interne que Politico désigne du nom informel donné par ses sources : le « naughty and nice paper », le papier des bons et des mauvais. Le principe est simple : classer les alliés selon leur comportement, puis piocher dans la boîte à outils américaine pour récompenser ou punir. Déploiements militaires, exercices conjoints, ventes d’armement : autant de leviers dont dispose Washington et qu’il pourrait désormais utiliser de manière différenciée.

Les grands bénéficiaires potentiels identifiés par Politico sont sans surprise : la Pologne et la Roumanie, déjà citées. Varsovie pourrait ainsi voir renforcée la présence américaine sur son sol ; Bucarest, dont la base aérienne de Mihail Kogălniceanu a été réaménagée récemment à grands frais, dispose de capacités d’accueil supplémentaires. À l’inverse, l’Espagne — qui avait déjà rompu des lances avec Trump au sommet de l’OTAN de La Haye l’été dernier en contestant l’objectif de 5 % du PIB consacré à la défense — figure manifestement dans la catégorie « indisciplinée ». La France et le Royaume-Uni, du fait de leurs refus ou atermoiements concernant l’aide militaire à Epic Fury, appartiendraient au même groupe.

Une stratégie aux contours flous

Dans la pratique, toutefois, les diplomates européens interrogés par Politico expriment un scepticisme certain quant à la capacité de l’administration Trump à traduire la menace en actes concrets. « Ils ne semblent pas avoir d’idées très précises quand il s’agit de punir les mauvais alliés », résume l’un d’eux. « Déplacer des troupes est une option, mais cela punit surtout les États-Unis, non ? »

La remarque touche juste. Retirer les militaires américains de France — où ils ne sont de toute façon qu’en nombre très limité — n’aurait que peu de sens. Les retirer d’Allemagne, où ils sont plusieurs dizaines de milliers, constituerait une gifle politique considérable mais aussi un casse-tête logistique, avec des coûts de redéploiement estimés à plusieurs milliards de dollars. Quant aux ventes d’armement, leur suspension frapperait aussi durement les industriels américains que les armées européennes concernées.

Certains observateurs américains vont plus loin dans le scepticisme. « Trump et son équipe sont déjà occupés à se dépêtrer du bourbier qu’ils ont eux-mêmes créé », ironise un ancien responsable finlandais cité par Politico. « L’administration n’a probablement pas la bande passante nécessaire pour ouvrir un nouveau front hostile avec l’Europe tant que la guerre avec l’Iran continue. » De fait, deux mois après le lancement d’Epic Fury, Washington n’est toujours pas parvenu à obtenir un accord définitif avec Téhéran : un cessez-le-feu précaire a été conclu mi-avril avec la médiation pakistanaise, mais le détroit d’Ormuz reste partiellement bloqué, alternant ouvertures et fermetures au gré des ultimatums iraniens.

Des voix dissonantes au Sénat américain

Même à l’intérieur du camp républicain, la manière dont l’exécutif traite ses alliés commence à susciter des remous. Le sénateur Roger Wicker (républicain du Mississippi), pourtant loin d’être un adversaire de Trump, a exprimé cette semaine son inquiétude avant une audition consacrée aux forces américaines dans la zone Indo-Pacifique. Selon lui, il n’est pas « utile » que les dirigeants américains parlent de leurs alliances « avec dérision ». Il faut au contraire, estime-t-il, rester clair sur les multiples bénéfices « politiques, stratégiques et moraux » que l’Amérique retire de ses alliances.

Le rappel n’est pas superflu. L’OTAN, créée en 1949 sur le principe fondateur de la défense mutuelle, a constitué pendant près de 80 ans l’une des matrices structurantes du monde occidental. La transformer en cour de récréation où Washington distribue récompenses et punitions selon l’humeur du moment du président américain, c’est prendre le risque d’en dissoudre le principe même. Les alliances ne sont pas des abonnements commerciaux qu’on renouvelle ou qu’on résilie selon la satisfaction du client.

Paris, Londres, Madrid : une occasion politique ?

Pour la France, pour le Royaume-Uni, pour l’Espagne et, plus largement, pour les pays européens qui ont refusé de s’engager derrière Washington dans une guerre dont ils n’étaient ni responsables ni même informés en amont, la séquence actuelle offre paradoxalement une opportunité stratégique. Celle de constater enfin, après des années de démentis, que la dépendance européenne à la protection militaire américaine comporte un coût politique redoutable : celui de voir Washington considérer l’autonomie de jugement de ses alliés comme une trahison.

Il y a quelque chose de salutaire dans cette crise. Pendant des décennies, les gouvernements européens ont prétendu défendre une « souveraineté stratégique » tout en continuant d’aligner leurs achats militaires, leur diplomatie et leurs renseignements sur les standards américains. Ils ont pu en payer le prix en monnaie sonnante (achats de F-35, alignements sur les sanctions américaines), mais rarement en monnaie politique. Avec Trump, cette protection disparaît. Quand il faut choisir entre suivre Washington dans une guerre non voulue ou assumer un désaccord public au prix de sanctions possibles, la question de la souveraineté cesse d’être théorique pour devenir opérationnelle.

Les Français qui se sont tant félicités, sous tous les gouvernements successifs, des discours sur « l’autonomie stratégique européenne » ont désormais l’occasion de mesurer ce que ces mots signifient vraiment. La question n’est plus de savoir si l’Europe doit s’émanciper de la tutelle américaine — elle est de savoir si elle peut le faire, techniquement, industriellement, politiquement, face à un partenaire devenu imprévisible et transactionnel. La réponse dépendra, dans les mois qui viennent, de la capacité des États européens à tirer les leçons de la séquence Epic Fury — non pour s’aligner tardivement sur Washington, mais pour construire enfin les outils d’une vraie défense continentale.

Pour l’heure, les responsables de l’OTAN à Bruxelles observent avec inquiétude la préparation de ce « naughty and nice paper » à la Maison-Blanche. L’Alliance traverse probablement la crise la plus grave de son histoire — et rien n’indique qu’elle en sortira intacte.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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3 réponses à “France, Espagne, Royaume-Uni : Washington prépare des sanctions contre les alliés qui ont refusé de s’engager en Iran”

  1. PL44 dit :

    Le « Royaume Uni » a refusé ou différé. Ca s’arrose ! En tout cas peut être pas à sous-estimer.

  2. Brunrouge dit :

    Il y a une certaine incohérence à avoir applaudi à l’assassinat de Saddam Hussen et à la destruction de l’Irak, à avoir applaudi à l’assassinat de Kadhafi et à la destruction de la Libye, a s’être réjouit de la destruction de la Syrie et la mise à sa tête d’un djihadiste financé par les israélo-américains, a avoir cautionné le génocide des palestiniens, d’accepter le massacre des libanais et puis… tout d’un coup…pour des raisons mercantiles s’étonner de la guerre contre l’Iran. On comprend que l’illuminé judéo-protestant Trump en soit étonné. Il a des défauts mais pas celui d’être fidèle à son projet.

  3. Poulbot dit :

    Il a crue quoi le peroxydé , que l’Europe tel un toutou viendrait lui lécher les babouches pour ce conflit qu’il a déclenché pour des raisons mercantile , pas sur que les élections de mi-mandat soit en sa faveur, les américains commence a comprendre qu’ils ce sont fait rouler dans la farine par une bande d’escroc.

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