David Engels : sauver l’Europe en redevenant une civilisation

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Comparer l’Europe d’aujourd’hui à la Rome de la fin de la République : c’est le fil rouge de l’œuvre de David Engels. Historien belge de l’Antiquité, installé en Pologne, il s’est fait connaître en France avec Le Déclin (2013), avant de publier notamment Renovatio Europae (2020), Défendre l’Europe civilisationnelle (2023) et Que faire ?, réédité en 2024. Il y développe une pensée singulière, qui renvoie dos à dos l’européisme de Bruxelles et le repli souverainiste.

Rome, miroir de l’Europe

Pour David Engels, l’histoire ne se répète pas, mais les civilisations traversent des étapes comparables. Les maux de l’Occident contemporain avaient déjà frappé Rome au 1er siècle avant notre ère : immigration massive, effondrement de la natalité, crise de la famille et de la religion traditionnelle, polarisation sociale, guerres lointaines, mondialisation, perte d’identité, insécurité, dérive oligarchique des institutions et montée des populismes. À Rome, cette crise avait débouché sur des décennies de troubles et de guerres civiles, puis sur le régime autoritaire et conservateur d’Auguste, seul capable d’arbitrer entre des groupes devenus irréconciliables. L’historien voit mal comment l’Europe échapperait à une évolution semblable.

Thèse, antithèse, synthèse

Sa grille de lecture dépasse la seule comparaison avec Rome. Héritier d’Oswald Spengler, il distingue dans chaque grande civilisation 3 grandes phases. D’abord un âge de la tradition et de la transcendance. Puis un âge du rationalisme et de l’humanisme. Enfin une synthèse, brève, marquée par un retour réfléchi à la tradition, avant une lente pétrification.

Ce qui fait l’Europe, selon lui, c’est un tempérament « faustien », apparu au Moyen Âge : une soif d’infini et de dépassement, tournée d’abord vers Dieu, puis vers la matière. Les cathédrales gothiques et les gratte-ciel américains seraient les 2 visages d’un même élan.

Le wokisme, terme d’une époque

David Engels voit dans le wokisme l’aboutissement, et bientôt l’impasse, de l’âge rationaliste et universaliste ouvert il y a 5 siècles. Poussé jusqu’à l’absurde, le rationalisme amènerait les Européens à redécouvrir que seule la tradition peut fonder durablement une civilisation. Il en voit les signes un peu partout : le regain d’intérêt pour le christianisme traditionnel chez les jeunes, le néopaganisme, les démocraties dites « illibérales », le retour du classicisme dans l’art ou encore le phénomène des « trad wives ».

Ce retour ne sera pas celui du Moyen Âge : là où la tradition médiévale allait de soi, celle qui s’annonce sera choisie, consciente, et en partie construite. Il serait d’abord, comme sous Auguste, l’affaire d’une élite, avant de gagner éventuellement les masses. Au cœur de ce mouvement, un renouveau chrétien, voie naturelle des Européens vers la transcendance.

L’« hespérialisme », ni Bruxelles ni le repli

Sur le plan politique, David Engels défend ce qu’il appelle l’« hespérialisme », un patriotisme européen fondé sur l’identité de civilisation. Il rejette l’Union européenne telle qu’elle est, dont l’universalisme nierait aussi bien les nations que la civilisation européenne, et dont le wokisme serait le produit logique. Mais il juge aussi le souverainisme dangereux : une Europe morcelée en une trentaine d’États sans poids serait une proie facile pour les États-Unis, la Chine, la Russie ou les monarchies du Golfe.

Sa solution : une coopération étroite sur l’essentiel (défense, frontières extérieures, politique étrangère, ressources stratégiques, recherche) et le retour de tout le reste aux nations. Il reproche à l’Union d’être faible face au monde et autoritaire envers ses membres ; il faudrait l’inverse. Son modèle n’est pas un État centralisé, mais le Saint-Empire romain germanique, qui a su pendant des siècles défendre ses frontières tout en préservant la diversité de ses royaumes, principautés et villes libres. Il précise toutefois qu’aucune réforme institutionnelle n’aurait de sens sans une révolution culturelle préalable : il ne confierait pas une armée européenne à Ursula von der Leyen.

Assimiler, et ré-européaniser les Européens

L’historien affronte aussi la question migratoire. Même en expulsant les clandestins, l’Europe compte des dizaines de millions de citoyens d’origine étrangère, parfois depuis des générations, dont une partie reste hostile à sa civilisation. Il propose de s’inspirer d’Auguste, qui fit de l’identité romaine non plus une appartenance ethnique mais une appartenance de civilisation, accessible à ceux qui prouvaient leur loyauté : service militaire, langue latine, adoption des usages et du culte civique.

Le défi vaut aussi pour les Européens de souche, dont beaucoup ont selon lui « quitté l’histoire ». Être européen doit redevenir une fierté et non une source de culpabilité. Faute de quoi, prévient David Engels, l’Europe finira en musée à ciel ouvert pour touristes chinois et américains, et en échiquier pour les guerres des autres.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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