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Amendes pour les femmes voilées puis référendum sur une « grande loi » annoncés par le RN fin août, promesse de Mathilde Panot de lever l’interdiction de l’abaya à l’école, Jean-Luc Mélenchon revenant sur son opposition passée au voile, proposition d’Éric Zemmour d’interdire la kippa dans la rue : en quelques semaines, la religion s’est imposée dans la campagne présidentielle. L’hebdomadaire Marianne a demandé à l’Ifop de mesurer où se situe l’opinion. L’enquête a été réalisée en ligne du 25 au 30 septembre 2026 auprès de 9 689 personnes résidant en France métropolitaine, un échantillon d’une taille inhabituelle qui permet d’étudier des sous-populations rarement mesurées.
Le voile dans la rue : une opposition majoritaire mais en recul
53 % des personnes interrogées se disent opposées au port du voile dans la rue, 22 % y sont favorables et 25 % indifférentes. L’opposition a reculé de 10 points depuis 2012, tandis que la part des partisans a triplé sur la même période, passant de 7 % à 22 %.
Le basculement est d’abord générationnel. 62 % des moins de 25 ans approuvent le port du voile dans la rue, contre 19 % des jeunes en 2010. Les jeunes femmes y sont plus favorables (64 %) que les jeunes hommes (58 %). Le soutien atteint aussi 47 % chez les personnes se disant très féministes, contre 14 % chez les non-féministes. Il est de 62 % chez les personnes qui se situent à l’extrême gauche et de 74 % chez les musulmans.
Parmi les intentions de vote pour 2027, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est le seul majoritairement favorable au voile dans la rue (62 %). Ce soutien est de 38 % chez les électeurs de Marine Tondelier, 21 % chez ceux de Gabriel Attal, 16 % chez ceux de Raphaël Glucksmann et 8 % chez ceux de Fabien Roussel.
Les interdictions ciblées largement soutenues
Toutes les mesures restrictives évoquées depuis la rentrée sont majoritaires. 75 % soutiennent le maintien de l’interdiction de l’abaya au collège et au lycée. 72 % approuvent l’interdiction du voile pour les filles de moins de 15 ans dans l’espace public, et autant l’interdiction des signes religieux dans les compétitions sportives. La mesure de Marine Le Pen sur les universités et bâtiments publics recueille 69 %.
Le soutien baisse lorsque la restriction vise les femmes adultes dans l’espace public. Le référendum proposé par Marine Le Pen sur l’interdiction du voile à tout âge recueille 60 % d’avis favorables. C’est la seule mesure où 1 Français sur 5 se dit très opposé (20 %). L’Ifop note par ailleurs que l’adhésion à l’interdiction de l’abaya semble se tasser depuis 2023.
90 % des électeurs de Marine Le Pen soutiennent ses mesures ciblées et 82 % son référendum. À droite et au centre, les électeurs vont plus loin que leurs candidats. Ceux d’Édouard Philippe, qui n’a proposé aucune interdiction, approuvent à 81 % la mesure sur les universités et à 59 % le référendum. Ceux de Gabriel Attal sont respectivement à 70 % et 56 %. Ceux de Bruno Retailleau, pourtant hostile à une interdiction générale, soutiennent le référendum à 72 %.
À gauche, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est le seul à rejeter ces mesures : 37 % pour l’abaya, 33 % pour les moins de 15 ans et 26 % pour le référendum. Le reste de la gauche s’en distingue nettement. Les électeurs de Raphaël Glucksmann soutiennent l’interdiction de l’abaya à 88 % et ceux de Fabien Roussel à 84 %, contre 35 % chez les sympathisants LFI. Les électeurs de Marine Tondelier occupent une position intermédiaire : ils approuvent l’interdiction de l’abaya (63 %), du voile pour les moins de 15 ans (61 %) et des signes religieux en compétition (56 %), mais seulement 31 % le référendum.
Les femmes soutiennent moins ces mesures que les hommes : 73 % contre 78 % pour l’abaya, 57 % contre 62 % pour le référendum. Les moins de 25 ans les rejettent toutes : 45 % pour l’abaya, 41 % pour le voile des moins de 15 ans, 44 % pour le sport et 34 % pour le référendum. Pour François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop, ce clivage relève d’un effet de génération plus que d’âge. Il l’attribue au poids croissant des musulmans parmi les jeunes, mais surtout à une « américanisation » des mentalités qui touche l’ensemble de la jeunesse.
Frères musulmans et entrisme : un consensus jusqu’à gauche
80 % des personnes interrogées approuvent l’interdiction des organisations liées aux Frères musulmans, et 74 % la création d’un délit d’« entrisme islamiste ». Le soutien est massif chez les sympathisants des partis dont les députés ont voté contre la résolution de janvier 2026 visant les Frères musulmans : 81 % au PS, 85 % au PCF, 80 % chez Les Écologistes et 93 % chez Place publique.
56 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon soutiennent l’interdiction des organisations fréristes, et 47 % la création d’un délit d’entrisme. Chez les musulmans, l’interdiction des organisations liées aux Frères musulmans recueille 48 %, mais le délit d’entrisme seulement 35 %.
Concordat et financement des cultes : l’anticléricalisme passé à droite
Les mesures de séparation stricte entre l’État et les religions sont toutes majoritaires. La garantie d’une école publique laïque dans chaque commune fait l’unanimité (90 %). Les propositions reprises du programme de Jean-Luc Mélenchon en 2022 obtiennent des majorités plus nettes : 65 % pour l’abrogation du concordat d’Alsace-Moselle, 64 % pour l’interdiction de tout financement public des cultes et 57 % pour l’abrogation des statuts spécifiques des Outre-mer.
Ces mesures sont pourtant minoritaires chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon : 49 % pour l’interdiction des financements publics, 41 % pour les Outre-mer et 56 % pour le concordat. Elles sont en revanche plébiscitées par les électeurs de Marine Le Pen (75 %, 68 % et 72 %) et d’Éric Zemmour (85 %, 76 % et 74 %). Marine Le Pen a pourtant indiqué ne pas vouloir remettre en cause le concordat ni le financement des écoles privées. Même les catholiques pratiquants (53 % pour le concordat, 54 % pour les financements) et les habitants d’Alsace-Moselle (53 % pour l’abrogation du concordat) y sont légèrement favorables. Chez les musulmans, l’interdiction des financements publics ne recueille que 30 %.
La kippa presque autant visée que le voile
L’interdiction de la kippa dans la rue, proposée par Éric Zemmour, recueille 58 % d’avis favorables, soit 2 points de moins que le référendum sur le voile. Chez les électeurs de Marine Le Pen, l’écart est de 5 points (82 % pour le voile, 77 % pour la kippa). Il s’inverse au sein de la gauche de gouvernement : les électeurs de Raphaël Glucksmann soutiennent davantage l’interdiction de la kippa (63 %) que celle du voile (50 %). Les électeurs d’Éric Zemmour approuvent le référendum sur le voile à 88 %, mais l’interdiction de la kippa proposée par leur propre candidat à 71 % seulement. Selon l’Ifop, 41 % des Français de confession juive seraient favorables à l’interdiction de la kippa, un chiffre à prendre avec prudence compte tenu de la petite taille de ce sous-échantillon.
Ce consensus repose surtout sur les plus âgés. Les 65 ans et plus approuvent l’interdiction des organisations fréristes à 89 %, le délit d’entrisme à 84 %, l’interdiction des financements publics à 75 % et celle de la kippa à 73 %. Chez les moins de 25 ans, ces taux tombent à 53 %, 48 %, 38 % et 28 %. Seules l’école publique laïque (82 % chez les 18-24 ans) et l’abrogation du concordat (52 %) restent majoritaires chez eux.
Mélenchon jugé plus dangereux pour la laïcité, sauf par les jeunes
Invités à choisir lequel de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen menacerait le plus la laïcité s’il était élu, 43 % désignent le leader insoumis, 35 % la candidate du RN, et 17 % aucun des 2. Jean-Luc Mélenchon est désigné par 53 % des 65 ans et plus, 55 % des catholiques non pratiquants et 65 % des Français de confession juive.
21 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon désignent leur propre candidat, et 72 % Marine Le Pen. Dans la gauche de gouvernement, 23 % des sympathisants socialistes et 24 % des électeurs de Raphaël Glucksmann désignent aussi le leader insoumis. Les électeurs de Gabriel Attal sont partagés (43 % Mélenchon, 39 % Le Pen), ceux d’Édouard Philippe désignent Jean-Luc Mélenchon à 51 %.
Le résultat s’inverse chez les jeunes. Les moins de 25 ans désignent Marine Le Pen à 54 % contre 25 % pour Jean-Luc Mélenchon, et les jeunes femmes à 60 % contre 18 %. Marine Le Pen est également désignée par 57 % des musulmans, 56 % des personnes dont le père est né au Maghreb et 56 % des personnes très féministes. L’Ifop résume ce clivage d’une formule : « Mélenchon menace la laïcité des pères, Le Pen celle des enfants ».
L’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen
L’enquête a aussi interrogé les sondés sur leurs réactions en cas d’élection de Marine Le Pen. Parmi les personnes appartenant à une religion minoritaire, 63 % redoutent une hausse des agressions et discriminations envers leurs coreligionnaires, 61 % une restriction de leur liberté religieuse, et 60 % des dégradations de lieux de culte ou de cimetières. Ces craintes atteignent environ 80 % chez les musulmans, contre environ 40 % chez les juifs. Les musulmanes qui ne portent pas le voile se disent aussi inquiètes (90 %) que celles qui le portent (81 %).
Dans cette hypothèse, 41 % de l’ensemble des Français se disent prêts à refuser de respecter des lois qu’ils jugeraient injustes, 38 % à participer à une grève générale et 36 % à manifester. Ces intentions concernent environ 4 électeurs de Gabriel Attal sur 10 et 6 électeurs de Raphaël Glucksmann sur 10. Elles atteignent les 3 quarts des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (75 %, 77 % et 78 %).
21 % des Français envisageraient de quitter le pays et 17 % de faire valoir une autre nationalité. Ces proportions montent à 40 % et 33 % chez les moins de 25 ans, à 46 % et 33 % chez les musulmans, et à 43 % chez les électeurs actuels de Jean-Luc Mélenchon pour le départ. La moitié des parents musulmans (49 %) inciteraient leurs enfants à étudier ou travailler à l’étranger. Selon l’Ifop, 44 % des Français de confession juive envisageraient également de quitter la France, toujours avec la réserve liée à la faiblesse de l’échantillon.
Pour François Kraus, l’assise de la législation laïque dans l’opinion apparaît fragile à terme. Il estime que la présidentielle de 2027 pourrait être la dernière gagnée sur des enjeux de « laïcité de combat ».
Méthodologie
Étude Ifop pour Marianne réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 25 au 30 septembre 2026 auprès d’un échantillon de 9 689 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été redressé sur des critères sociodémographiques, électoraux et religieux. Le terme « Français » désigne l’ensemble des personnes résidant en France métropolitaine.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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