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285 voix contre 26. Le 15 septembre, les habitants de Piddington, un village d’environ 350 âmes dans l’Oxfordshire, ont voté pour la sécession du Royaume-Uni. Le scrutin était symbolique, avec 312 votants et 1 bulletin nul. Ils protestaient contre le projet du gouvernement travailliste d’installer 1 256 demandeurs d’asile de sexe masculin sur l’ancien site militaire de MoD Bicester, à proximité immédiate. Un mois plus tard, l’exemple fait des émules. À Barnham, dans le Suffolk, les habitants envisagent à leur tour de passer par les urnes.
Piddington, « principauté » d’un jour
L’annonce des résultats s’est faite devant la salle communale, en présence de dizaines de journalistes. Les villageois ont ensuite planté à l’entrée du bourg un panneau « Principality of Piddington ». Le président du conseil paroissial, Tim McNally, y voit un message adressé au monde entier. Il affirme avoir depuis été contacté par des centaines de localités du pays.
Avant le vote, 133 femmes du village avaient écrit à toutes les députées de Westminster. Elles prévenaient qu’elles ne se sentiraient plus en sécurité dans leurs propres rues. Le site retenu pose aussi des problèmes concrets. Selon un conseiller paroissial, Mike Nixon, il ne dispose d’aucun accès piéton, et le premier chemin se trouve à 2 km environ, au bout d’une route fréquentée et non éclairée.
Les élus locaux, toutes étiquettes confondues, ne soutiennent pas le projet. Le chef du conseil du comté d’Oxfordshire, Tim Bearder, estime que l’emplacement est mauvais à la fois pour les habitants et pour les demandeurs d’asile eux-mêmes. Il reproche au gouvernement d’avoir avancé sans consulter la population ni étudier la faisabilité. Le responsable de la police et de la criminalité de la Thames Valley, Matthew Barber, exige que l’État paie la facture du maintien de l’ordre autour du site. Côté gouvernement, la ministre de la Culture, Lisa Nandy, a répondu que la charge de l’hébergement ne devait pas reposer uniquement sur les quartiers pauvres.
Barnham, de la bombe atomique aux migrants
À Barnham, tout est parti d’un communiqué du Home Office, le 25 juin. Le ministère y annonçait son intention d’héberger 1 250 personnes sur l’ancienne base de la RAF, située à 1,5 km du village, près de Thetford. D’après le ministère de la Défense, il s’agira d’hommes célibataires âgés de 18 à 65 ans. Le village compte 580 habitants. Il n’a plus ni commerce ni pub, seulement une église, une école et une salle communale.
Dans les années 1950, la base abritait les premières bombes nucléaires britanniques, dont les Blue Danube. La zone de stockage a été vendue en 1966 et transformée en zone industrielle privée. Le reste du site servait jusqu’ici de camp d’entraînement, notamment pour la police.
Personne n’a été consulté, déplore le président du conseil paroissial, John Bauer, retraité de 66 ans. Le conseil de district du West Suffolk a rejeté le projet à l’unanimité, conservateurs, travaillistes et Verts réunis. Les élus locaux ont fait leurs calculs : avec des séjours de 90 jours, environ 5 000 personnes passeraient chaque année par la base, soit 50 000 sur les 10 ans prévus par le Home Office. Ils rappellent aussi que le ministère avait promis de ne pas installer de migrants à proximité des écoles.
Un campement de protestation s’est installé devant l’entrée, avec des drapeaux, l’Union Jack et la croix de saint Georges, et une banderole « Barnham says No! ». En face du camp, sur l’A134, le garagiste Clinton Warner vit dans la maison construite par son grand-père. Il craint la dévaluation des biens et refuse d’être traité de raciste pour avoir protesté contre l’incapacité de l’État à tenir ses frontières. Au mois d’août, la ville voisine de Thetford avait déjà connu des manifestations contre l’hébergement de migrants.
Le guide du Home Office
Une habitante installée depuis 25 ans, Elizabeth Holland, 62 ans, résume l’inquiétude des femmes du village face à l’arrivée massive d’hommes seuls et désœuvrés. Elle invoque le guide récemment publié par le Home Office à destination des demandeurs d’asile. Ce livret de 9 pages leur explique que le viol, le harcèlement sexuel et les violences conjugales sont illégaux au Royaume-Uni, et que les femmes n’ont pas besoin de l’accord de leur mari pour étudier, travailler ou décider. Pour elle, le simple fait de devoir le préciser en dit long.
La motion conservatrice rejetée aux Communes
Les femmes de Piddington ont suivi le débat depuis la tribune du public. La semaine dernière, les conservateurs ont présenté une motion à la Chambre des communes pour mettre fin au projet de Bicester, assortie d’une proposition de sortie de la Convention européenne des droits de l’homme. La ministre fantôme des Femmes et de l’Égalité, Joy Morrissey, a dénoncé l’absence de renforts policiers autour d’un camp où les hommes pourront « circuler librement dans le village ». Selon elle, ces communautés paient le prix d’un État qui n’expulse pas les clandestins.
La majorité travailliste a rejeté le texte. La ministre des Femmes et de l’Égalité, Anna Turley, a promis une sécurité spécialisée 24 heures sur 24, de la vidéosurveillance et une coordination avec la police locale. Le député de la circonscription, Calum Miller, critique virulent du projet, a refusé de voter la motion en raison de la clause sur la CEDH. Il a néanmoins reconnu que les femmes de sa circonscription lui faisaient part de leurs craintes. Une habitante, Jo Haw-Cook, défend une campagne apolitique et dénonce avant tout la taille disproportionnée du site.
Le chef de file conservateur pour l’Intérieur, Chris Philp, s’est rendu à Piddington, tout comme Kemi Badenoch. Reform UK, de son côté, réclame un référendum local sur l’hébergement des migrants.
2,1 milliards de livres pour les hôtels
Le Premier ministre Andy Burnham, qui a succédé à Keir Starmer en juillet, dit comprendre l’émotion de Piddington. Il maintient toutefois le recours aux sites militaires, au nom de la promesse travailliste de fermer d’ici 2029 les hôtels qui hébergent des demandeurs d’asile. L’été dernier, environ 16 000 demandeurs d’asile y étaient encore logés, répartis dans 160 établissements, soit 2 fois moins qu’un an plus tôt. En 2024-2025, la facture s’est élevée à 2,1 milliards de livres, près de 6 millions par jour.
Le Home Office affirme avoir déjà économisé plus de 1 milliard de livres. John Bauer, à Barnham, cite au contraire un rapport du National Audit Office selon lequel les sites militaires reviennent plus cher que les hôtels, une fois comptés les travaux et le fonctionnement. Le Premier ministre insiste également sur la fermeté : tout étranger qui enfreint la loi sera expulsé. Il revendique près de 70 000 expulsions depuis l’arrivée des travaillistes au pouvoir en juillet 2024, un niveau inédit depuis 2010.
Une loi plus restrictive, Farage veut aller plus loin
Entre avril 2025 et mars 2026, 93 525 personnes ont demandé l’asile au Royaume-Uni, soit 12 % de moins que l’année précédente. Un projet de loi en discussion au Parlement s’inspire du modèle danois :
- fin de l’aide financière et de l’hébergement automatiques ;
- contribution demandée aux demandeurs qui en ont les moyens ;
- protection désormais temporaire, réexaminée tous les 30 mois ;
- 20 ans d’attente, contre 5 aujourd’hui, avant de pouvoir demander un titre de séjour permanent.
Le gouvernement veut aussi empêcher l’article 8 de la CEDH, sur le droit à la vie familiale, de bloquer les expulsions, sans pour autant quitter la Convention.
Nigel Farage, chef de Reform UK, juge ces mesures insuffisantes. S’il arrive au pouvoir en 2029, il promet de suspendre le système d’asile pendant 5 ans et d’annuler toutes les demandes en cours et à venir.
Le 24 octobre à Barnham
Il y a 3 semaines, une délégation de Barnham s’est rendue à Piddington pour coordonner les deux mouvements. Le village se réunit le 24 octobre pour décider de la suite, avec la possibilité d’organiser à son tour un référendum. À Crowborough, dans l’East Sussex, l’installation de 540 migrants dans un ancien camp militaire suscite également une forte opposition.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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