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Des rideaux de fer arrachés, des vitrines éventrées, des pilleurs qui reviennent se servir une deuxième fois. Le 17 octobre au soir, en marge de la manifestation contre la vie chère, plus de 30 commerces du centre-ville de Nantes ont été saccagés et vidés. Les dégâts s’étendent de la place du Commerce au quartier Graslin, jusqu’à la Chaussée de la Madeleine. Lacoste, The North Face, Foot Locker et la Fnac figurent parmi les enseignes touchées. Une semaine plus tard, les vitrines sont réparées et l’acte II est annoncé pour le samedi 24 octobre. Les commerçants, eux, ont reçu des reports de charges, un arrêté valable 5 jours et une plateforme de bénévoles.
Le 17 octobre, un saccage en 2 temps
Le vice-président au commerce de la CCI Nantes-Saint-Nazaire, Hugues Frioux, décrit la méthode. Les black blocs cassaient d’abord les devantures, puis les pilleurs entraient, sans être inquiétés. Un commerçant du centre parle de centaines de mortiers d’artifice tirés contre les forces de l’ordre. Certaines boutiques ont baissé le rideau en urgence, avec leurs salariés coincés à l’intérieur. D’autres ont évacué leurs équipes avant que les casseurs ne s’attaquent aux rideaux. Nantes a déjà connu les samedis des Gilets jaunes et des manifestations contre la réforme des retraites. Selon les commerçants, l’ampleur de cette fois-ci n’a rien de comparable.
Avant la manifestation, beaucoup de commerçants n’avaient même pas été prévenus, raconte Yannick Deschamps, gérant d’un Easy Cash du centre-ville. Dans une ville où les cortèges dégénèrent régulièrement depuis des années, l’impréparation a de quoi étonner.
La lettre des 18 enseignes
Le 20 octobre, 18 enseignes de l’hypercentre, indépendantes comme franchisées, ont adressé une lettre ouverte au préfet de Loire-Atlantique et à la mairie. Elles y jugent les mesures annoncées insuffisantes et réclament un couvre-feu ciblé. Elles rappellent que la métropole de Lyon a débloqué 10 millions d’euros pour soutenir ses commerces, quand Nantes n’offre rien d’équivalent.
Les signataires pointent aussi la réponse judiciaire. Après les premières comparutions immédiates, les commerçants pillés ont vu des pilleurs ressortir libres du tribunal. Eux ont perdu leur marchandise, leur outil de travail et parfois des mois de chiffre d’affaires, et leurs salariés sont au chômage partiel. Pour éviter que la scène se répète, la sanction doit être réelle, plaident-ils. Yannick Deschamps résume : les commerçants ne veulent pas s’armer, ils demandent à être protégés, « pas de prendre des mesurettes ».
Un arrêté de 21 h à 6 h, jusqu’au 24 octobre
La réponse de l’État tient en un arrêté dit « anti-pillage et anti-casse », publié le 20 octobre par le préfet Laurent Hottiaux. Il interdit les attroupements de 21 h à 6 h dans 4 secteurs du centre-ville. Ces secteurs sont délimités au nord par la place Bretagne et l’allée des Tanneurs, à l’est par la rue de Strasbourg, au sud par le cours John-Kennedy et à l’ouest par la rue Franklin. L’interdiction couvre aussi les abords d’Atlantis à Saint-Herblain, de Ruban Bleu et d’Océanis à Saint-Nazaire. Les terrasses de bars et de restaurants et les files d’attente devant les commerces ou les salles ne sont pas concernées.
La préfecture présente l’arrêté comme un outil permettant de disperser un groupe menaçant « sans attendre qu’une infraction soit commise ». Il expire le samedi 24 octobre inclus, soit le soir même de l’acte II. Jeudi 22 octobre, après avoir reçu les représentants économiques, le préfet a ajouté un périmètre d’interdiction de manifester à partir de vendredi. Au moins 5 points de rendez-vous circulent déjà parmi les manifestants.
Pas de couvre-feu en revanche. Les professionnels eux-mêmes sont divisés sur la question. Olivier Dardé, président de l’UMIH, a demandé au préfet de ne pas instaurer de couvre-feu à 20 h, ses bars et restaurants tournant à plein. Il se dit pourtant très remonté contre un préfet qui assure avoir engagé les effectifs nécessaires le 17 octobre.
Des reports de charges et des prêts
Le gouvernement a annoncé le 20 octobre une série de dispositifs, que la préfecture promet de déployer immédiatement :
- un report jusqu’à 12 mois des cotisations patronales ;
- un prêt à taux zéro spécifique ;
- la prise en charge de l’activité partielle pour les entreprises de moins de 250 salariés ;
- un soutien financier pour celles de moins de 50 salariés.
Un report de charges reste une dette, et un prêt à taux zéro doit être remboursé. Aucune de ces mesures ne rend la marchandise volée ni ne répare les rideaux arrachés. Le seul dispositif qui ressemble à une aide directe est réservé aux plus petites entreprises, et son montant n’a pas été précisé.
Une exonération et des bénévoles
La maire socialiste Johanna Rolland, également présidente de la métropole, a promis de « soutenir concrètement » les commerçants. Concrètement, la ville supprime la redevance d’occupation du domaine public pour le dernier trimestre. Elle ouvre avec la CCI un guichet unique pour orienter les victimes. Elle lance enfin une plateforme qui met en relation des habitants volontaires avec les boutiques sinistrées, pour un soutien psychologique, juridique ou logistique : nettoyer, ranger, remettre en état. Près de 120 Nantais s’y sont inscrits.
La générosité des habitants n’est pas en cause. Mais la mairie a choisi de confier aux bénévoles le nettoyage des boutiques pillées, et non d’augmenter les moyens de protection du centre-ville. De son côté, Hugues Frioux rappelle que chaque dispositif de sécurité acheté par les commerçants est un coût de plus, dans un centre-ville où le taux de vacance commerciale atteint déjà 9,3 %. Sara Gangloff, pour l’association Plein Centre, souligne que derrière chaque boutique touchée se trouvent des salariés et des familles fragilisés.
Samedi 24 octobre
L’acte II de la mobilisation contre la vie chère est prévu samedi. Le périmètre d’interdiction de manifester s’applique dès vendredi, et l’arrêté nocturne court jusqu’à samedi inclus. La CCI dit craindre que la situation empire et que les violences s’étendent à d’autres quartiers.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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