La mort programmée du muscadet, vin breton ? Entretien avec Alan Coraud [interview]

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26/08/2015 – 07h00 Nantes (Breizh-info.com) –  Ancien maire de la Remaudière (2008 à 2014), Alan Coraud vient de publier un ouvrage intitulé « sauvons le Muscadet d’une mort programmée » (Editions Yoran Embanner). Ce militant breton de toujours, ancien vigneron nantais, membre fondateur de l’office de tourisme du pays du vignoble nantais, dirige aujourd’hui une agence spécialisée dans le tourisme.
Dans cet ouvrage, au titre alarmiste, il évoque la chute des ventes de muscadet depuis 20 ans et l’écroulement de ses surfaces d’un tiers. Sur une centaine de pages, ce partisan fervent de la réunification bretonne – il fût même agressé pour ses idées bretonnes par l’extrême gauche radicale lors d’une fresque en faveur de la réunification en 2010 – analyse les raisons qui ont amené, selon lui, cette situation de crise. Il évoque notamment « les plans de déracinements culturels de ce territoire par l’Etat et la région « Pays de la loire » » avec un effacement volontaire de l’identité bretonne du muscadet au profit d’une identité « ligérienne » artificielle et repoussoir pour les consommateurs historiques bretons, anglais, belges …

Pour développer encore plus cette analyse, nous avons interrogé Alan Coraud, sur son ouvrage, sur la vigne, mais également sur l’actualité bretonne.

Breizh-info.com :  pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs. 

Alan Coraud :
Coraud est un nom de la vallée comme on dit localement.  Mes ancêtres viennent de ces bords de Loire, là où muguet et mâche sont produits en Saint Julien de Concelles.
J’ai tout d’abord été producteur de lait et vigneron.  Puis en 1995 j’ai créé une agence de communication dans le tourisme que je dirige toujours. En parallèle j’ai conservé mon vignoble jusqu’en 2008. Cette année là,  j’ai été élu maire de la Remaudière et j’ai conservé l’agence.
De 2008 à 2014, j’ai donc été maire mais aussi président de la commission communication de l’Office de Tourisme du Vignoble de Nantes qui est la fusion des trois OT correspondant à des cantons.
Je suis très heureux d’avoir été un des fondateurs de cet OT très professionnel.
Breizh-info.com : qu’est ce qui vous a poussé à écrire ce livre, véritable sonnette d’alarme à propos de la disparition programmé du muscadet ?

Alan Coraud : 
Comme vigneron et président du syndicat viticole communal j’ai été confronté au tout début des années 90 à la perte d’identité du muscadet et à un glissement vers le Val de Loire qui s’accompagnaient  d’une communication dévalorisante et particulièrement suicidaire sur le thème « vins de guinguette » .
Ce livre explique les répercussions négatives d’une perte d’identité sur un produit de terroir, à savoir le muscadet.

Il ouvre aussi des perspectives par les conseils dans une stratégie de reconquête.

Breizh-info.com :  Dans votre livre, vous estimez que la vallée de la Loire est en train de tuer la Bretagne au niveau des vignobles. Pouvez-vous l’expliquer ?


Alan Coraud : 
La dilution du muscadet et plus largement des vins de Nantes dans les vins de Loire est une grave erreur. Je mettais en garde la profession dès 1993 sur les conséquences désastreuses de cette stratégie.
Ce qui frappe le visiteur étranger à la région c’est cette incapacité des locaux qu’ils soient vitis ou autres à dire ce qu’ils sont.
Résultat, un territoire sans identité avec un muscadet devenu vin hors sol.
Par le découpage régional et la lobotomie des habitants qui en résulte via l’école, les medias, les administrations etc les habitants de notre vignoble sont incapables de s’affirmer Nantais et Bretons.
Le grand panneau sur l’axe Nantes-Cholet à hauteur de Haute Goulaine-Vallet annonce « Vignoble du Val de Loire ».
Même la référence au vignoble nantais a disparu. Des politiques ont bien, à un moment ou à un autre, été à l’initiative de cette ineptie.
Quant à InterLoire, la structure de  l’inter-profession, même des vins authentiquement du Val de Loire comme le Sancerre ou le Montlouis la quittent pour retrouver leur autonomie.
Quant à nous qui ne sommes pas du Val de Loire et qui avons été le plus grand vignoble de vins blanc sec d’Europe, il ne fallait pas aller dans cette fusion.
Leur accroche « La Loire, des vins qui ont a un fleuve comme terroir » est une absurdité, sanctionnée par les consommateurs.
Les raisons sont politiques, bien sûr. Comme pour notre langue, notre culture, notre ouverture au monde, nous faisons peur au pouvoir central, nous devons donc être affaiblis.
Breizh-info.com :  Sur le terrain, qu’avez vous ressenti chez les vignerons bretons ? La société économique bretonne leur vient-elle en aide ?

Alan Coraud : 
De plus en plus de vignerons réagissent et affirment avec force leur identité nantaise et bretonne.
La Grande Tablée Bretonne, Vignerons-Artisans de Bretagne, Comité des Vins Bretons, les Grands Vins de Bretagne etc autant d’initiatives pour valoriser nos vins et mieux les vendre.
Produit en Bretagne devrait davantage s’ouvrir aux vignerons qui en font la demande. Pour l’export sur le thème Product of Brittany, Celtic Wine, je préconise la création de structures commerciales avec des agents commerciaux de bon niveau au minimum anglophone.
Breizh-info.com :  Avec le changement de climat qui s’instaure petit à petit en Bretagne, , n’y a t’il pas un espoir, demain, d’avoir également de grands vins rouges issus des terres bretonnes ?

Alan Coraud :
Les derniers ducs de Bretagne avaient implanté le Berliguou, un pinot noir.  Aujourd’hui, il est de nouveau cultivé ainsi que des merlot, cabernet, gamay etc
On trouve de très bonnes choses dans les caves de nos vignerons.
Breizh-info.com :  Si vous deviez nous parler amoureusement du muscadet en quelques lignes, que nous diriez vous ?

Alan Coraud : 
Grace à son climat doux,  océanique et iodé, au Massif Armoricain, à l’ensoleillement du sud Bretagne nos vins sont très spécifiques.
Le muscadet est un vin à la fois minéral et fruité, parfois aux tonalités de fleur blanche, en vieillissant il prend des saveurs de pêche et poire. Les grands muscadets peuvent se garder plusieurs années.
Le muscadet accompagne harmonieusement les mets. Il ne s’impose pas mais accompagne subtilement les saveurs des plats et en renforce même les qualités gustatives.
Sur fruits de mer ou poissons grillés quand il est jeune, avec des poissons en sauce, des viandes blanches, du Comté quand il a quelques années, le muscadet est un vin inimitable.
Breizh-info.com : Vous avez été maire de la Remaudière, militant résolu de la réunification de la Bretagne, y compris face à certains extrémistes de gauche qui vous ont molesté par le passé. Quel est votre regard aujourd’hui sur la Bretagne, son évolution, ses possibilités. COmment la voyez vous à l’horizon 2032 ? Le Mouvement politique Breton est il réellement connecté au peuple selon vous ?

Alan Coraud :
On a en effet l’impression qu’hormis les spécificités bretonnes, il se garde d’aborder tous les sujets de sociétés qui fâchent.
Les Bretons sont dans un Etat  qui a imposé un système particulièrement asphyxiant et liberticide. Les peuples qui ont réussi à s’émanciper comme en Afrique ont beaucoup de mal à retrouver leurs repaires, leur références culturelles, facteurs indispensables au dynamisme économique d’une nation.
Longtemps les Bretons comme les Corses étaient fonctionnaires. Le dynamisme naturel des Bretons a donc été atteint.
En ce début de  XXIé siècle, la Bretagne et son peuple retrouvent une certaine liberté de penser, loin des schémas clivants de nos maîtres.
Ce génie créatif, les jeunes générations l’ont retrouvé. Malheureusement, ils sont nombreux à s’exiler, loin de ce système républicain français très hostile à la liberté d’entreprendre, voire même à la liberté de penser  » autrement ».
Nous devons tous, chacun avec nos moyens, permettre aux jeunes de rester en Bretagne, de vivre, créer, travailler et de s’épanouir.
Ce que l’on appelle le mouvement politique breton n’est pas en phase avec cette dynamique.
Nous devons donc retrouver cette énergie qui nous pousse vers le large, le monde, les richesses de l’humanité.
A nous de créer notre propre modèle de société, en gardant en mémoire ces paroles de Jean-Marie Tjibaou:  « l’indépendance, c’est la liberté de choisir ses inter-dépendances.»
Achat du livre :  « Sauvons le muscadet d’une mort programmée » soit en librairie soit chez l’éditeur :  http://www.yoran-embanner.com/ ou bien encore chez:  http://www.vignerons-artisans-de-bretagne.bzh/

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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