La France endettée. Peut-on dire l’indicible ?

Décidément, la période que nous vivons semble propice aux remises en question de choses considérées comme acquises et, en quelques sortes, immuables. Depuis des décennies, on nous a fait croire que l’Europe ne pouvait qu’être « fédérale », à l’exclusion de toute autre forme.

Pour accélérer le fédéralisme et le rendre irréversible, quoi de mieux que ligoter tous les pays dans le carcan d’une monnaie unique ? Quelques voix s’étaient élevées contre, mais elles furent ignorées, et la pensée unique étalée dans les médias « bien-pensants » a fait le reste.

Pourtant l’Euro, ou plutôt la BCE, n’étaient que le résultat d’un mécanisme de prise de contrôle de la finance élaboré depuis longtemps. L’origine de cette lente évolution de la monnaie, qui aurait dû rester un outil au service des peuples, en un moyen de mise en servitude de ces derniers remonte à plusieurs siècles et il est probable qu’il n’était pas dans l’intention de ses premiers acteurs de s’enrichir démesurément comme certains l’ont fait depuis.

Pour raccourcir l’histoire, le grand tournant pour le peuple français s’est produit en 1973, lorsque, contrairement à une pratique courante et très répandue à l’époque, l’État français s’est vu contraint de financer les déficits résultants de l’adoption de budgets non équilibrés en empruntant auprès des banques privées. L’énorme différence était que la Banque de France pouvait prêter sans intérêts alors que les banquiers privés (ils faut bien qu’ils vivent) le font moyennant le versement d’intérêts.

Comme le disait Napoléon Bonaparte, « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »

Bien sûr, les bonnes âmes moralisatrices nous rappellent à l’envi qu’une dette doit être remboursée et qu’il serait « malhonnête » de ne pas le faire. On nous le dit mais, concernant les dettes publiques, aucun dirigeant politique ne l’a jamais fait. Pourquoi ?

Le système caché

Venons en maintenant aux mécanismes qui permettent de créer de la dette pratiquement sans limite. C’est un système très simple dans son principe, mais qui a été complexifié  volontairement pour décourager ceux qui voudraient s’y aventurer de trop près.

Tout le monde croit que, pour prêter de l’argent à quelqu’un, il faut posséder soi-même l’argent en question. Ainsi, la quantité de monnaie en circulation n’est pas altérée par les emprunts effectués. Les riches prêtent aux pauvres qui leur rendront ensuite grâce à l’argent qu’ils vont gagner. Cela vaut pour le commun des mortels, mais pas pour les banques, et encore moins pour les banques centrales.

Les banques ont le l’argent. Cela s’appelle des « fonds propres ». On les trouve sous forme d’actions qui représentent le capital de la banque et de réserves qui peuvent être de toute nature (immobilier, liquidités, etc) mais elles possèdent également l’argent des déposants, ceux qui ont un compte dans la banque. Ces comptes sont considérés comme des « fonds propres ».

Pourtant, l’argent que la banque prête ne provient que très faiblement de ces fonds propres. Dans la réalité, la banque prête de l’argent qu’elle n’a pas mais qu’elle crée pour la circonstance. Cela s’appelle le « système des réserves fractionnaires ».

Pour ce qui concerne les dettes publiques (celles créées par les États), il y a plusieurs cas. Aux États-Unis, la Réserve Fédérale, créée en 1913, bien qu’établissement privé propriété de banques privées, à le privilège exclusif de contrôler la monnaie américaine. Le Trésor américain émet des « bons du Trésor » qui sont envoyés à la Réserve Fédérale qui, en contrepartie, imprime des dollars qui généreront des intérêts payés par les contribuables américains. Les USA sont un cas un peu particulier en raison de la double nature du dollar, à la fois monnaie domestique et monnaie internationale.

La BCE (Banque Centrale Européenne) ne peut pas (en principe et de par les traités) financer les États de l’UE. Elle le fait néanmoins, mais indirectement, en rachetant les dettes des États aux banques qui émettent les emprunts et les mettant dans la colonne des actifs de son bilan. Une banque centrale ne pouvant pas faire faillite par définition, les banques privées sont donc assurées de leur survie. Ce qu’il faut retenir de tout cela est que chaque billet de banque centrale représente une dette et que si, par aventure, on remboursait toutes les dettes, il n’y aurait plus aucun billet en circulation, ce qui poserait un sacré problème.

Et c’est bien là le cœur de tout ce système. Les banquiers ne tiennent pas du tout à ce qu’on leur rembourse l’argent qu’ils nous prêtent car il leur faudrait le détruire immédiatement pour ne pas augmenter le masse monétaire en circulation. Par contre, les intérêts que nous versons représentent de l’argent réel, gagné « à la sueur de notre front » et plus la dette augmente, plus les intérêts augmentent. C’est un système très pervers et c’est la raison pour laquelle de plus en plus de pays veulent rompre avec l’argent-dette pour aller vers un système de monnaie stable qui, comme le disait de Gaulle, ne peut être que celui de l’étalon-or, dans lequel il est impossible de créer de la monnaie si on ne dispose pas d’une quantité d’or correspondante.

Jean Goychman

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

3 réponses à “La France endettée. Peut-on dire l’indicible ?”

  1. Pschitt dit :

    Dire que les banques sont assurées de leur survie est très exagéré ! L’histoire économique est semée de faillites bancaires retentissantes. Quant aux banques centrales, si elles ne peuvent pas faire faillite au sens juridique du terme, elle peuvent faire faillite moralement et perdre toute utilité économique et politique (lire à ce sujet « Cette fois c’est différent », de Reinhart et Rogoff). Toute monnaie est un acte de confiance, même quand elle est gagée sur un bien matériel : l’or n’a de valeur que parce qu’il est demandé. Et la quantité d’or physique n’évolue pas avec le besoin de monnaie déterminé par l’activité économique. Le déséquilibre peut jouer dans les deux sens, d’ailleurs : il peut y avoir « trop » d’or, comme dans l’Espagne du XVIe s., aussi bien que « pas assez ». En dernière analyse, le problème est toujours la confiance du créancier dans la capacité du débiteur à lui rembourser une valeur identique à celle qu’il lui a prêtée. Mais qui peut avoir confiance en quoi aujourd’hui ? Quand on voit que tant de gens se précipitent sur les cryptomonnaies, maigré déjà quelques gros désastres, on se dit qu’il est temps d’acheter des oignons de tulipes.

  2. Hadrien Lemur dit :

    Margaret Thatcher n’a pas voulu de l’euro, c’est pour cette raison que la City est toujours à Londres et pas à Francfort. Les anglais ont cet avantage d’avoir un Lord Mayor élu qui dirige les finances (je schématise un peu). Nous avons pour notre part les bureaucrates de Bruxelles, élus de personne et qui n’ont de compte à rendre à personne. Ceci explique peut-être cella.

  3. kaélig dit :

    Intéressant de connaître les effectifs des Banques nationales:
    Au niveau de l’UE, c’est la BCE, patronnée par Christine Laborde qui gère l’€ et la politique économique.
    En Angleterre, la banque nationale, gère l’intégralité des tâches (La Livre et l’économie) avec 4970 employés (il est prévu d’en augmenter le nombre).
    En Allemagne pour les tâches hors BCE, la banque nationale dispose de 9 500 employés.
    En France, c’est 13 000 employés qui s’occupent aussi des problèmes de surendettement des citoyens comme l’Allemagne d’ailleurs.
    Etonnant, cette écart de personnel entre l’Angleterre qui effectue toutes les tâches et la BNF à (5000/13000), il est vrai que virer du personnel de la fonction publique en France est miss.ion impossible.
    A noter que le coût de fabrication des billets en France est supérieur de 34 % à celui en Allemagne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Rugby, Sport, VANNES

Pro D2. Brive – Vannes : le choc d’entrée pour des Bretons déjà attendus au tournant

E brezhoneg, Local, ST-NAZAIRE

Sant-Nazer : ul lañvad a zramm hag a drafikerien dindan OQTF er Bouletterie hag en Drebal

Economie

Finances locales en Bretagne : une situation globalement stable mais sous tension

Education, Sociétal

Terreur woke. Elisabeth Borne veut « dégenrer » la devise du Panthéon

A La Une, Economie

La France endettée. Peut-on dire l’indicible ?

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

International, Tribune libre

Pourquoi la City veut-elle détruire la Russie ?

Découvrir l'article

International, Tribune libre

Atterrissage dur pour les euro-fédéralistes

Découvrir l'article

A La Une, International

La guerre peut-elle encore sauver le dollar ?

Découvrir l'article

A La Une, International

Iran : le piège tendu à Trump par l’État profond

Découvrir l'article

A La Une, International

L’État profond américain est né en Angleterre

Découvrir l'article

A La Une, International

La survie de l’État profond passe-t-elle par la guerre ?

Découvrir l'article

International

Pourquoi Donald Trump veut-il détruire l’Union européenne ?

Découvrir l'article

Tribune libre

La réalité des nations européennes et surtout celle de la France

Découvrir l'article

Economie

François Bayrou veut faire un référendum sur la dette publique. Mais en quoi consiste celle-ci ?

Découvrir l'article

A La Une, International

Pourquoi Donald Trump s’amuse-t-il à déjouer tous les pronostics ?

Découvrir l'article

PARTICIPEZ AU COMBAT POUR LA RÉINFORMATION !

Faites un don et soutenez la diversité journalistique.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.

Clicky