La Garde civile espagnole a annoncé le 27 août le démantèlement d’un vaste réseau de trafic de migrants reliant l’Algérie à l’Espagne. Quatorze individus de nationalité algérienne et marocaine ont été arrêtés dans le cadre de l’opération « Nautilita », menée avec l’appui d’Europol, de la Gendarmerie nationale française et des Carabinieri italiens. Le réseau, dirigé par un citoyen marocain, organisait de dangereuses traversées en Méditerranée depuis les côtes algériennes.
7 000 € par migrant et une logistique semi-industrielle
Les enquêteurs ont procédé à huit perquisitions à Almería, Níjar, Tabernas, Espartinas (Séville) et Alicante. Ils ont saisi 15 canots pneumatiques de 7,5 à 8 mètres, équipés de moteurs de forte puissance (200 à 425 chevaux), ainsi que deux armes à feu, 133 bidons d’essence et 68 115 euros en espèces selon les informations communiquées par la Garde civile espagnole le 27 août. Des moules pour la fabrication de coques de 8 et 14 mètres et du matériel électronique ont également été découverts.
Selon la Garde civile, « l’organisation criminelle avait investi plus d’un million d’euros » dans l’acquisition et la fabrication de bateaux rapides, appelés go fast, et « pouvait percevoir jusqu’à 7 000 euros par migrant en situation irrégulière transporté jusqu’en Espagne ». Les migrants étaient entassés à plusieurs dizaines sur ces embarcations de fortune.
L’organisation reposait sur plusieurs cellules spécialisées : achat de bateaux et moteurs, logistique (essence, nourriture, sécurité), accueil des migrants en Espagne. Le financement passait par la hawala, système informel de transfert d’argent permettant d’échapper au contrôle bancaire. La Garde civile a souligné que ces traversées « représentaient un risque grave pour [la] vie » des passagers.
Source : guardiacivil.es
Une pression migratoire croissante depuis l’Algérie
Ce démantèlement ne met pas fin au phénomène. Chaque année, des centaines de clandestins tentent la traversée. En 2024, plus de 400 Algériens ont péri en mer et 9 600 autres ont atteint l’Espagne, rapportait le Figaro le 27 août.
Les îles Baléares connaissent par ailleurs une forte pression. Depuis le début de l’année 2025, l’archipel aurait enregistré une hausse de 77 % d’arrivées de migrants par rapport à l’année dernière. Le tarif moyen y est estimé à 1 700 euros. Mais la route reste mortelle : selon l’ONG Caminando Fronteras, 328 harraga ont perdu la vie sur ce trajet en 2024.
Cette affaire s’inscrit par ailleurs dans une série de coups de filet. À l’été 2024, la police espagnole avait déjà démantelé un réseau facilitant l’entrée de plus de 1 000 migrants syriens et algériens, avec des tarifs allant jusqu’à 20 000 euros par personne. 21 individus avaient alors été arrêtés et les revenus de l’organisation estimés à 1,5 million d’euros.
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