La dette américaine : vers une nouvelle crise comme en 2008 ?

Les chiffres tombent comme des avertissements : en janvier 2025, 6,6 % des emprunteurs “subprime” automobiles aux États-Unis étaient en défaut de paiement d’au moins 60 jours — un record qui dépasse celui de 2009. Dans le même temps, la somme due sur les cartes de crédit américaines atteint un niveau astronomique de 1 210 milliards de dollars, un record historique.

Ces signes défaillants d’un système sous tension ravivent des souvenirs amers : l’éclatement de la bulle immobilière en 2008. Mais la configuration actuelle est plus complexe, plus opaque, plus innovante — et par conséquent plus dangereuse encore.

Dettes invisibles, danger réel

Les produits financiers émergents — BNPL (« Buy Now, Pay Later ») et EWA (avances sur salaire) — sont vantés comme des solutions de facilitation. Mais ils masquent une explosion de l’endettement invisible, particulièrement chez les classes les plus fragiles.

BNPL : un piège pour les plus vulnérables

Le BNPL permet d’acquérir immédiatement un bien et de le payer plus tard, souvent en plusieurs échéances sans frais apparents au départ. Ce mécanisme, initialement pensé pour lisser les achats, creuse paradoxalement le déficit des ménages.

On observe déjà que :

  • certains utilisateurs utilisent le BNPL pour des achats alimentaires — signe d’une précarité grandissante.
  • les dettes BNPL ne sont pas toujours reflétées dans les agences de crédit, ce qui fait que des emprunteurs surendettés apparaissent comme solvables.-
  • le service BNPL touche une majorité d’utilisateurs, dont nombre ont déjà des scores de crédit “risqués”.–

Cette “dette vide” échappe aux contrôles traditionnels — jusqu’au jour où elle explose.

EWA : avance de salaire ou coup de couteau dans le budget ?

L’EWA permet aux salariés de toucher une partie de leur salaire en avance. Cela peut aider ponctuellement en cas de coup dur, mais, dans la pratique, crée un cycle infernal :

  • l’avance diminue de facto le salaire restant pour le reste du mois ;
  • beaucoup finissent par recourir à de nouvelles avances, mois après mois ;
  • les coûts facturés (frais, commissions) peuvent atteindre des taux usuraires, notamment selon les cas examinés aux États-Unis.

À l’heure actuelle, plusieurs millions d’Américains utilisent l’EWA, pour un total avancé de l’ordre de 22 milliards de dollars.

L’automobile : un incendie rampant

L’autre foyer d’alarme, c’est le crédit auto subprime. Alors que les constructeurs et prêteurs poussent les ventes malgré la montée des taux, un nombre croissant d’emprunteurs ne parvient plus à suivre.

  • Les défauts (delinquencies) dépassent les 5 %, voire 6,6 % pour les crédits les plus risqués.
  • Le total des crédits auto américains s’élève à 1 660 milliards de dollars.
  • Le coût d’emprunt (mensualités élevées) associé à la hausse des prix de l’automobile pèse lourd.

Quand plus d’un emprunteur sur quinze est en défaut, on frôle le seuil de l’emballement contagieux.

Le montant record atteint par la dette des cartes de crédit — 1 210 milliards de dollars — n’est pas un hasard : c’est le marqueur d’une population obligée de “vivre à crédit” pour survivre.

Les taux appliqués sont souvent usuraires (autour de 20-22 % ou davantage). Beaucoup de consommateurs ne remboursent que les intérêts mensuels, sans jamais entamer le capital initial. Résultat : la dette croît exponentiellement.

Vers une crise globale ? Le scénario du choc en retour

Lorsque la “mer monte” de l’endettement privé, les premières victimes sont les banques et les marchés financiers. Plusieurs mécanismes peuvent déclencher la cascade :

  1. Perte de confiance bancaire : face à l’augmentation des défauts, les banques pourraient restreindre le crédit, se replier sur l’économie locale.
  2. Retrait des flux de capitaux internationaux : les prêts internationaux seraient réduits, mettant sous pression les économies émergentes.
  3. Effondrement du secteur de la consommation : aux États-Unis, une crainte de stagnation ou de récession toucherait les entreprises exportatrices, fournisseur de technologies, mais aussi les marchés actions.
  4. Contagion européenne : via les banques, les fonds d’investissement, les marchés interconnectés, une crise américaine pourrait emporter des pans entiers de l’économie française.

La France, déjà fragilisée sur ses finances souveraines, ne serait pas épargnée. Les coûts de financement, la confiance des investisseurs et l’accès au crédit pourraient se dégrader.

Tout porte à le croire. Mais le facteur déterminant sera politique : l’inaction des États, la non-régulation des instruments financiers émergents, et l’aveuglement des marchés face à l’endettement invisible pourraient accélérer l’implosion.

Ce ne sera pas 2008 exactement : ce sera pire — plus diffus, plus lent à se déclarer, et d’autant plus destructeur quand le bâti financier s’effondrera sans que personne n’ait anticipé.

Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT.

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2 réponses à “La dette américaine : vers une nouvelle crise comme en 2008 ?”

  1. Pschitt dit :

    L’effondrement pourrait être plus rapide qu’en 2008, et surtout plus profond. La bulle immobilière américaine de 2020-2022 a commencé à se dégonfler depuis le début 2023 mais il reste sans doute du chemin à faire. Surtout, elle se double d’une bulle boursière dans des proportions inédites et d’une bulle d’un genre inédit, celle des cryptomonnaies. Le potentiel d’une destruction de valeur massive est impressionnant.

  2. kaélig dit :

    En janvier 2008, j’avais vendu en catastrophe les dizaines d’actions boursières qui constituaient mes 2 portefeuilles, évitant ainsi la grosse décote qui venait.
    Très rapidement, dès 2009, le danger écarté,les actions ont remonté dare dare faisant bondir un de mes comptes de 80 %, l’autre de 50% en à peine un an (En fait, je récupérais mes pertes antérieures !).
    Eh puis, comme cest souvent le cas, dans des périodes euphorisantes, j’ai laissé courir, m’amusant à monter des coups de poker avec des valeurs prétendues start-up du domaine pharmaceutique dont inévitablement 90 % coulaient au bout de 2 ans, les survivantes rentables étant rachetées par les américains.
    Après 20 ou 30 000 € perdus en 30 ans, j’ai laissé tomber la Bourse pour me consacrer à des placements moins hasardeux tel l’immobilier.
    J’ai toujours été joueur, même au boulot où je prenais plaisir à changer de boites tous les 3 ans
    exploitant ma faculté à passer des concours et entreprendre des formations.
    Il n’empèche que pour un gars attentif la bourse peut etre rémunératrice à condition de jouer les actions de grosses boites du CAC 40.

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