On parle beaucoup de réindustrialisation. De relocalisations. De souveraineté productive. Mais derrière les discours, une réalité s’impose : la France manque de bras qualifiés, et surtout d’ingénieurs. Chaque année, il en faudrait environ 65 000 pour répondre aux besoins industriels. Le système éducatif n’en produit qu’environ 45 000. Un déficit structurel de 20 000 profils par an, qui ne tombe pas du ciel.
Ce manque ne s’explique pas seulement par une désaffection générale pour les filières scientifiques. Il révèle une fracture profonde, largement ignorée par les politiques publiques : l’abandon éducatif des territoires ruraux et des petites villes, au profit d’une concentration massive des moyens dans les quartiers urbains dits « prioritaires ».
Une politique éducative à sens unique
Depuis des décennies, l’essentiel de l’effort public en matière d’égalité des chances s’est focalisé sur les quartiers urbains défavorisés. Zones d’éducation prioritaire, dispositifs spécifiques, moyens supplémentaires, accompagnement renforcé : tout un arsenal a été pensé, souvent à juste titre, pour les banlieues.
Mais ce choix a eu une conséquence directe : les jeunes pauvres des territoires ruraux ont été invisibilisés. Dans les villages isolés comme dans les petites villes désindustrialisées, les difficultés scolaires sont pourtant bien réelles, parfois plus lourdes encore, mais elles sont moins bruyantes, moins médiatisées, donc moins prises en compte.
Les chiffres sont éloquents. Parmi les départements comptant le plus de jeunes non insérés, une large majorité sont ruraux. Et à niveau de difficulté scolaire équivalent, un élève issu de la ruralité a beaucoup moins de chances de bénéficier d’un accompagnement spécifique qu’un élève vivant en zone urbaine prioritaire.
Une jeunesse qui renonce avant même d’essayer
Le résultat est mécanique : les jeunes ruraux issus de milieux modestes se projettent beaucoup moins dans l’enseignement supérieur que leurs homologues urbains. Non par manque de capacités, mais faute d’information, de modèles, d’accompagnement, et parfois tout simplement de transports, d’internats ou de structures de proximité.
Dans de nombreux territoires, les classes ferment, les enseignants manquent, les remplacements tardent, et l’orientation devient un parcours du combattant. Là où les banlieues concentrent dispositifs et expérimentations, la ruralité accumule les renoncements silencieux.
Ce sont pourtant ces jeunes-là qui pourraient constituer le vivier manquant de la réindustrialisation française. Les 20 000 ingénieurs absents chaque année sont aussi le produit de ces abandons précoces, de ces trajectoires cassées avant même d’avoir commencé.
Une incohérence stratégique majeure
Cette situation pose un problème bien plus large qu’une simple question scolaire. Elle relève d’une incohérence stratégique. La réindustrialisation est régulièrement présentée comme un levier de revitalisation des territoires. Or ce sont précisément ces territoires que l’on prive des moyens éducatifs nécessaires pour y faire émerger les compétences de demain.
Les métiers industriels, qu’ils soient techniques ou d’ingénierie, ont vocation à s’ancrer hors des métropoles. Ils nécessitent des formations solides, en mathématiques, en sciences, en filières professionnelles et technologiques. Or ces filières restent insuffisamment valorisées, et surtout insuffisamment soutenues dans les zones rurales.
Dans certains secteurs clés, les formations existantes ne couvrent qu’une partie des besoins futurs. Sans correction rapide, ce décalage menace à la fois l’économie productive et la cohésion sociale.
Une fracture territoriale qui fragilise le pays
En réalité, la question n’est pas seulement éducative. Elle est territoriale, sociale, presque civilisationnelle. En privilégiant systématiquement certains espaces au détriment d’autres, l’État a contribué à creuser une fracture durable entre une France visible, prioritaire, et une France périphérique, sommée de se débrouiller seule.
Réindustrialiser sans réinvestir dans la jeunesse rurale relève de l’illusion. On ne rebâtira pas une économie productive solide sur un territoire dont on a affaibli l’école, l’orientation et la transmission des savoirs.
Si la France veut réellement préparer l’avenir, elle devra cesser de considérer la ruralité comme une variable d’ajustement. Et reconnaître que les véritables oubliés de l’égalité des chances ne sont pas toujours là où l’on concentre les moyens, mais bien souvent là où l’on n’entend plus personne protester.
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3 réponses à “Réindustrialisation : quand la France oublie sa jeunesse rurale au profit des banlieues”
On ne peut pas être à la fois au four et au moulin comme le dit le proverbe , ni donner des milliards au banlieues dites sensibles et s’occuper de nos jeunes ruraux ; c’est la le problème
En somme une discrimination inversée…tout pour les banlieues sensibles depuis 50 ans avec quels résultats ? Quelles sont les statistiques des réussites de ces territoires perdus ? Etudes d’ingénieurs qui demandent de gros efforts ou trafic de drogue qui rapporte très gros ? On a dépossédé la province rurale de ses bureaux de Postes, de ses commerces, de son tissus médical, de ses usines, de ses cinémas, de ses écoles et on s’étonne ? La jeunesse rurale part avec un handicap de structures d’ enseignement terrible mais leur potentiel de jeunesse pourrait être sauvé et nous sauver par la même occasion.
Bonjour,
Merci de laisser tous les jeunes intelligents à la campagne. Nous allons peut-être pouvoir refaire société.
Cdt.
M.D