Il fut un temps où le rugby respirait. Où chaque match comptait. Où une affiche européenne se méritait, où une défaite avait un prix, et où les corps avaient le droit de récupérer. Ce temps semble désormais lointain. À force d’avoir voulu tout faire jouer, tout vendre, tout diffuser, le rugby professionnel s’est engagé dans une fuite en avant dont les effets deviennent impossibles à nier.
Le Top 14, longtemps présenté comme le championnat le plus dense et le plus exigeant du monde, donne aujourd’hui un spectacle de plus en plus inégal. Des écarts abyssaux, des rencontres pliées avant la pause, des équipes qui “font l’impasse” sans même s’en cacher. Non par désinvolture, mais par nécessité. Le calendrier est devenu une machine à broyer.
Trop de matches, trop de compétitions, trop de tout
On demande désormais aux joueurs de disputer des saisons à rallonge, étalées sur onze mois, entre championnat, compétitions européennes, fenêtres internationales, tournées, stages, doublons réels ou déguisés. Les corps lâchent. Les infirmeries débordent. Les entraîneurs bricolent. Et le public, lui, assiste à des matches parfois vidés de leur substance.
La multiplication des bonus offensifs, des scores fleuves et des non-matches n’est pas un hasard. Elle est le symptôme d’un rugby devenu gestionnaire, comptable, presque cynique. On ne joue plus toujours pour gagner un match, mais pour préserver un groupe, préparer un autre rendez-vous, ou simplement survivre à la semaine suivante.
Une Coupe d’Europe qui ne fait plus rêver
La Champions cup fut longtemps le sommet absolu du rugby de clubs. Une compétition resserrée, lisible, impitoyable. Aujourd’hui, son format dilué brouille les repères. Trop d’équipes engagées, trop peu éliminées, trop peu de conséquences. On peut se qualifier sans briller, parfois même sans vraiment jouer.
L’intégration des franchises sud-africaines, souvent présentée comme un progrès, a surtout accentué les déséquilibres. Voyages interminables, équipes envoyées au rabais, logique sportive sacrifiée sur l’autel de la logistique. Le résultat est cruel : une compétition que tout le monde dit vouloir gagner, mais que peu jouent réellement à fond.
Par ailleurs la question mérite d’être posée franchement : est-il normal que des clubs mal classés dans leurs championnats nationaux se retrouvent en Coupe d’Europe, en Challenge cup ? Ne faudrait-il pas revenir à l’ancienne formule de Champions cup et supprimer la Challenge cup ? Est-il sain qu’une épreuve continentale tolère, voire encourage, les calculs et les rotations extrêmes ?
Le mirage du rugby business
À vouloir imiter le football, le rugby a adopté ses travers sans en avoir les garde-fous. Inflation des droits TV, pression permanente sur les joueurs, logique d’audience avant logique de jeu. Le joueur devient un actif, le supporter un consommateur, le match un produit parmi d’autres.
Cette surenchère permanente finit par lasser. Trop de rugby tue le rugby. À force d’en être gavé, le public ne distingue plus l’exceptionnel de l’ordinaire. Les grandes affiches deviennent routinières. L’émotion s’émousse.
Il est peut-être temps de ralentir. De revenir à des formats plus lisibles, plus exigeants, plus justes. Une Champions cup recentrée, sans dispersion géographique absurde. Un championnat de France allégé, avec une vraie phase régulière, moins de matches mais plus de sens. Pourquoi pas un Top 16, deux poules de 8, et des playoffs entre les deux meilleurs de chaque poule avec relégation des derniers de poules, et montée automatique, sans playoffs, des deux premiers de Pro D2 ? Une séparation claire entre hémisphère nord et sud, chacun avec ses compétitions, ses rythmes, ses cultures.
Et surtout, cesser d’empiler les rendez-vous internationaux. Une Coupe du monde tous les quatre ans suffit. Avec le Tournoi annuel des 6 nations. Et le Rugby Championship. Le reste n’est que remplissage.
Le rugby n’a jamais eu besoin de démesure pour exister. Il s’est construit sur l’engagement, la rareté, l’attente. À force de vouloir tout offrir, tout le temps, à force de vouloir copier un football moderne devenu ridicule, nauséabond même parfois tant il y a de matchs et de compétitions, il risque de perdre ce qui faisait sa singularité : le goût de l’effort, de l’affrontement, et de l’instant qui compte vraiment.
YV
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6 réponses à “À force de copier le foot-business, le rugby est en train de se perdre”
Bonjour,
C’est le genre de machine qui se préoccupe peu des individus.
Arrêtez de regarder. Faites sécession.
Cdt.
M.D
Je n’ai connu que le rugby amateur : que des bons souvenirs.
Bien vrai, mais la recherche du fric à tout prix va à l’encontre de la raison sportive – et de la « lisibilité » des compétitions.
PSG / OM va se jouer à 4h et demie d’avion ! Le rugby est bien parti pour tomber dans ces excès et tous les calculs de matches en arrivent à nous donner un spectacle stéréotypé, sans prise de risques, sans imagination….où est passé le » French Flair » ? Le sport de voyous joué par des gentlemen est désormais joué par des traders !
« Trop de matches, trop de compétitions » dites vous.
Pourtant, il est impossible de voir un match de rugby à la télé. Canal Plus a tous les droits de diffusion et il faut payer si l’on veut voir du rugby.
Par contre du Foot, tu en as « en veux tu en voilà » tous les jours de la semaine sur les chaines publiques, un vrai bourrage de crânes, l’Opium du Peuple comme dans les pays du Tiers Monde.
Regarde le Foot et ne réfléchis pas, ça c’est bon pour tes neurones.
Une télé de merde qui fait bouffer du ballon rond. Moi je dis « Arrêtez de regarder les matches de foot et de perdre votre temps ». Allez plutôt sur CNews, ce sera plus profitable et vous serez des citoyens informés.
Tellement vrai ! J’ai renoncé à regarder le foot et je m’inquiète désormais pour le rugby. Pourvu que le tournoi des six Nations tienne le choc…