USA, janvier 1976. Comment Thomas Paine transforma une rébellion en révolution

En janvier 1776, alors que la guerre d’indépendance américaine est déjà engagée sans horizon clair, un simple pamphlet va bouleverser le cours de l’histoire. En quelques semaines, Common Sense, de Thomas Paine, fait basculer les colonies britanniques d’Amérique du Nord d’une révolte confuse à une révolution assumée.

Au début de l’année 1776, rien n’est encore joué. Les soldats britanniques occupent toujours Boston et Québec. La Royal Navy contrôle les côtes, le commerce est paralysé, des villes sont incendiées. L’armée continentale, mal équipée et mal payée, survit tant bien que mal à l’hiver. À Philadelphie, le Congrès continental reste profondément divisé : certains élus, notamment en Nouvelle-Angleterre, penchent pour l’indépendance, tandis que d’autres espèrent encore un compromis avec la Couronne britannique.

Dans la population, la situation est tout aussi ambiguë. Beaucoup d’Américains continuent de se considérer comme des sujets loyaux du roi George III, tout en rejetant les décisions du Parlement. Cette distinction fragile, héritée des conflits politiques britanniques du XVIIe siècle, nourrit l’illusion qu’une réconciliation reste possible. Mais la réalité de la guerre, des occupations militaires et de la violence vient peu à peu fissurer cette croyance.

Le discours qui brise l’illusion

Le 26 octobre 1775, le roi George III prononce son discours d’ouverture devant le Parlement. Il y accuse ouvertement les colonies de rébellion, justifie le recours à la force armée – y compris à des mercenaires étrangers – et appelle à écraser le soulèvement. Certes, il évoque une possible clémence pour les colons « égarés », à condition qu’ils se soumettent. Mais le message est clair : la voie du dialogue est close.

Ce discours, qui arrive à Philadelphie début janvier 1776, agit comme un révélateur. Il confirme ce que beaucoup pressentaient déjà : la Couronne ne reconnaît plus les colons comme des sujets dotés de droits, mais comme des insurgés à mater. C’est dans ce contexte que Thomas Paine choisit de publier son pamphlet.

Un outsider devenu déclencheur

Thomas Paine n’est ni un notable, ni un chef militaire, ni un aristocrate. Arrivé en Amérique fin 1774 avec une simple lettre de recommandation de Benjamin Franklin, il cherche d’abord à refaire sa vie. Rapidement, il s’immerge dans les débats politiques et se montre frappé par une contradiction qu’il juge insoutenable : comment continuer à proclamer sa loyauté envers un roi qui mène une guerre contre ses propres sujets ?

Paine considère que le lien entre les colonies et la Grande-Bretagne est déjà rompu de fait. Selon lui, espérer une réconciliation revient à refuser de regarder la réalité en face. Il décide alors d’écrire un texte accessible à tous, sans jargon juridique ni références savantes, destiné non aux élites mais au peuple.

Common Sense, ou l’art de parler clair

Publié le 10 janvier 1776, Common Sense tranche radicalement avec les écrits politiques de l’époque. En moins de cinquante pages, Paine balaie l’idée de réconciliation et affirme que l’indépendance est non seulement souhaitable, mais nécessaire. Il attaque frontalement la monarchie héréditaire, qu’il juge contraire à la nature et à l’égalité originelle des hommes.

Il souligne l’absurdité d’un empire prétendant gouverner un continent situé à des milliers de kilomètres, et avance que cette distance même prouve que cette domination n’a rien de légitime. Pour Paine, différer la décision ne fait que prolonger l’instabilité : tant que l’indépendance n’est pas proclamée, les colonies resteront dans une forme de paralysie politique et morale.

Le succès est immédiat. Le pamphlet est lu à haute voix dans les tavernes, les ateliers, les camps militaires. Des centaines de milliers d’exemplaires circulent en quelques semaines, un chiffre inédit pour l’époque. Pour la première fois, une population entière est interpellée directement sur son avenir politique.

De la conviction à l’action

Les événements viennent rapidement confirmer les avertissements de Paine. À Norfolk, en Virginie, la Royal Navy bombarde la ville après un refus de ravitaillement, provoquant un incendie massif. D’autres raids côtiers suivent. Des gouverneurs royaux fuient à bord de navires de guerre et tentent d’organiser la résistance loyaliste depuis la mer.

Pendant ce temps, les milices patriotes prennent l’initiative, saisissent des armes et arrêtent des loyalistes. Le mouvement dépasse désormais le cadre institutionnel du Congrès. Même George Washington, confronté à une armée démoralisée et en sous-effectif, comprend que la guerre ne peut être gagnée sans un objectif politique clair. Il fait lire Common Sense à ses soldats. L’effet est décisif : ils ne se battent plus seulement contre une autorité injuste, mais pour la naissance d’une nation.

En l’espace de quelques semaines, la finalité du conflit change. L’indépendance cesse d’être une hypothèse marginale pour devenir une perspective crédible, puis inévitable. John Adams reconnaîtra plus tard que le pamphlet de Paine a dissipé les derniers doutes.

Thomas Paine n’a pas créé la révolte, mais il lui a donné un sens, une direction et une légitimité. En posant les mots justes au moment décisif, il a transformé une guerre subie en projet politique assumé. À la fin de janvier 1776, il n’est plus possible de revenir en arrière.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Culture & Patrimoine, Histoire

Hannah Adams, pionnière de l’histoire américaine autodidacte et femme de lettres avant l’heure

Découvrir l'article

International

Neutralité ou militantisme ? – Le président de la Gaelic Athletic Association (GAA) sous pression après un discours controversé lors d’une commémoration républicaine

Découvrir l'article

A La Une, International

Slovénie. Andrej Poglajen (SDS) : « Le PPE s’éloigne des valeurs démocrates-chrétiennes » [Interview]

Découvrir l'article

Economie

Philippe Fabry annonce la fin de la Ve République et le retour d’une ère révolutionnaire

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Histoire

La guerre d’indépendance irlandaise : une lutte décisive pour la souveraineté

Découvrir l'article

A La Une, Histoire

La guerre d’indépendance américaine de 1812, méconnue et racontée par Sylvain Roussillon [Interview]

Découvrir l'article

PARTICIPEZ AU COMBAT POUR LA RÉINFORMATION !

Faites un don et soutenez la diversité journalistique.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.