Aidants au travail : le grand non-dit qui fragilise salariés et entreprises

Selon une enquête nationale publiée le 16 février 2026 par l’agence HOW MUCH, l’aidance s’impose comme un fait social massif… mais reste, au travail, un sujet largement tu. En 2025, 22 % des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche au cours des douze derniers mois, et 18 % sont encore en situation d’aidance aujourd’hui. Un adulte sur cinq, donc, avec une réalité très concrète : accompagner un parent en perte d’autonomie, un conjoint malade, un enfant en situation de handicap, ou plusieurs proches à la fois.

Cette photographie, réalisée entre fin janvier et début février auprès de 3 204 personnes, met en évidence un décalage saisissant : d’un côté, des millions de Français qui tiennent un équilibre fragile entre vie professionnelle et obligations familiales ; de l’autre, un monde du travail qui, faute de cadre clair ou de culture managériale adaptée, laisse souvent les intéressés se débrouiller seuls.

La première surprise, c’est l’ampleur de la multi-aidance. Parmi les salariés aidants, 35 % déclarent accompagner plusieurs proches en parallèle. L’image de “l’aidant” dédié à une seule personne ne correspond donc pas toujours à la réalité : beaucoup cumulent, jonglent, s’organisent au jour le jour, parfois sans solution durable.

La deuxième surprise, c’est le volume de temps mobilisé. L’aidance n’est pas un “coup de main” ponctuel : près de deux aidants sur trois y consacrent au moins six heures par semaine (29 % entre 6 et 10 heures, 36 % au-delà de 10 heures). Et dans 21 % des cas, cela dépasse 20 heures hebdomadaires, trajets inclus. Autrement dit : un second travail, souvent invisible.

Un tiers des aidants se retrouvent aussi dans ce que l’enquête appelle la “génération sandwich” : ils s’occupent en même temps d’un ou plusieurs enfants à charge et d’un proche dépendant. Cette double pression n’a rien d’anecdotique : elle concerne 36 % des aidants, et elle dit beaucoup de l’épuisement qui monte dans une partie du pays, loin des discours abstraits sur la “qualité de vie au travail”.

Sur le plan professionnel, l’étude confirme que l’aidance perturbe fréquemment l’activité. 57 % des salariés aidants déclarent une baisse de disponibilité ou de productivité. Un tiers (33 %) dit avoir demandé ou accru le télétravail. Près d’un sur trois (29 %) évoque des retards ou des absences imprévues. Dans un cas sur cinq (22 %), on parle même d’une réduction d’heures ou d’un passage à temps partiel, parfois temporaire. Et 16 % déclarent avoir renoncé à une promotion, une mission ou une mobilité. On est loin du simple “ajustement”.

Cela dit, l’enquête montre aussi une réalité polarisée : 38 % indiquent n’avoir constaté aucun impact notable. Ce point est important : l’aidance n’écrase pas tout le monde de la même manière. Selon l’état du proche, la distance, la présence d’autres aidants dans la famille, les ressources financières, l’organisation du travail et le degré d’autonomie, la charge bascule d’un côté ou de l’autre. Mais quand elle bascule, elle frappe fort.

Le cœur du papier, c’est pourtant ailleurs : dans le silence. Seuls 37 % des salariés aidants ont signalé leur situation à leur employeur. À l’inverse, 61 % n’en ont parlé à personne. Pas au manager, pas aux RH. Rien. Ce “non-dit” n’est pas un détail. Il signifie que, dans de nombreuses entreprises, l’accès à une solution dépend d’un acte de dévoilement que la majorité n’ose pas faire.

Pourquoi se taire ? Les raisons donnent une radiographie assez brutale de la culture du travail en France. Première motivation : la volonté de séparer vie professionnelle et vie personnelle (34 %). Ensuite, un sentiment d’illégitimité : 24 % ne se considèrent même pas comme “aidants”. S’ajoute un déficit d’information : 21 % ne savaient pas que l’aidance peut être reconnue en entreprise, 28 % ignorent l’existence de dispositifs. Mais il y a aussi la peur, très présente : peur d’être jugé ou incompris (23 %), peur que cela nuise à la carrière (25 %), peur d’être perçu comme moins fiable (19 %), peur de la stigmatisation (18 %). Et pour 11 %, la confidentialité n’est pas garantie : “si j’en parle, ça se saura”.

Ce qui ressort, en creux, c’est qu’on demande à des salariés déjà sous contrainte de prendre un risque supplémentaire : celui d’être catalogués. Beaucoup préfèrent donc “tenir” tant que l’impact reste gérable (21 %). Jusqu’au jour où ça ne l’est plus.

L’enquête pointe aussi un angle souvent oublié : l’argent. 57 % des aidants déclarent que l’aidance leur a coûté de l’argent ou a diminué leurs ressources. Pour 21 %, ce sont des dépenses significatives (transport, soins, aide à domicile). Et là encore, les situations sont contrastées : 41 % disent n’avoir rien déboursé, ce qui rappelle que la charge dépend autant du contexte familial que de la maladie ou de la dépendance.

Sur la carrière et le salaire, l’impact prend parfois la forme d’une érosion douce : 21 % citent d’abord des congés ou absences non rémunérés (ou pris au détriment des jours de repos), 17 % une réduction du temps de travail, 12 % un refus d’opportunité. Et 26 % vivent avec une crainte d’impact futur, sans conséquence concrète à ce stade. Cette inquiétude latente est une bombe à retardement : elle use, elle rigidifie les décisions, elle pousse certains à choisir la prudence plutôt que l’ambition.

Face à ce tableau, l’attente est massive : 81 % des aidants souhaitent un “accord aidants” en entreprise (46 % “oui absolument”, 35 % “oui peut-être”). On n’est pas dans une revendication marginale, mais dans une demande de cadre : clair, confidentiel, activable vite, protecteur. Les mesures jugées les plus utiles privilégient la souplesse immédiate : télétravail et horaires flexibles (55 %), puis congés ou banque de jours (45 %). Ensuite viennent des solutions plus structurantes : temps partiel temporaire sans pénalité (32 %), référent RH et accompagnement administratif (25 %). Les aides financières arrivent loin derrière (15 %), signe que ce que cherchent d’abord les aidants, c’est du temps, de l’air, et la capacité d’absorber les imprévus.

Reste un autre enseignement : la connaissance des dispositifs est inégale. 22 % des répondants ne connaissent aucune mesure, 18 % ne savent pas si des mesures existent, 10 % affirment qu’il n’y en a aucune. Les dispositifs plus “institutionnels” (référent aidants, soutien psychologique, fonds de solidarité) restent minoritaires dans les réponses. Là aussi, il y a un sujet de lisibilité : on peut avoir des mesures sur le papier, mais si personne ne sait qu’elles existent, elles ne protègent personne.

Au final, cette enquête met le doigt sur un point que beaucoup préfèrent éviter : l’aidance n’est déjà plus un problème privé. C’est un enjeu collectif de société et un enjeu d’organisation du travail. Et si l’entreprise ne crée pas un cadre de confiance — avec une porte d’entrée simple, des règles de confidentialité, des aménagements rapides — elle pousse une partie de ses salariés vers le décrochage silencieux : fatigue, absentéisme subi, opportunités refusées, puis parfois rupture.

Il y a, dans ces chiffres, une forme de réalisme : les aidants ne demandent pas des slogans. Ils demandent des solutions praticables. Et surtout, ils demandent de pouvoir en parler sans payer un prix social ou professionnel. C’est peut-être là, en 2026, le vrai test de maturité des entreprises.

Photo : Pixabay (cc)

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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