À Robion, petit village du Vaucluse accroché aux reliefs du Luberon, une croix de bois plantée sur les hauteurs devra être déplacée. Le tribunal administratif de Nîmes a ordonné au maire, Patrick Sintes, de retirer la « Croix de Corilou » du domaine public, estimant qu’elle contrevient à l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 interdisant l’érection de signes religieux sur un emplacement public après la séparation des Églises et de l’État.
Saisie par la fédération départementale de la Libre Pensée en 2022, la justice administrative a considéré que la commune n’apportait pas la preuve que la croix était antérieure à 1905. Faute d’éléments probants, l’installation est réputée postérieure à la loi et donc illégale. Le maire, qui a annoncé faire appel, soutient que cette croix « a toujours été là », qu’elle fait partie du paysage et qu’elle sert aussi de point de repère pour accéder à une bergerie communale. Il rappelle également qu’elle a été restaurée après l’assassinat, en 2017, d’une jeune femme originaire du village, devenant pour certains habitants un lieu de mémoire.
Pour la Libre Pensée, l’enjeu est clair : « restaurer la neutralité de l’espace public ». Son secrétaire départemental l’a affirmé sans détour : « tout le monde n’est pas catholique et tout le monde n’a pas envie de voir la campagne parsemée de monuments religieux ». L’argument se veut universel : l’association dit agir de la même manière quelle que soit la religion concernée.
Mais à Robion comme ailleurs, la question dépasse le simple cadre juridique. Elle touche à l’interprétation même de la laïcité. La loi de 1905 garantit la liberté de conscience et organise la neutralité de l’État. Elle n’a pas été conçue pour effacer tout signe visible de l’héritage chrétien du pays. Or, depuis plusieurs années, la Libre Pensée mène un combat méthodique contre toute présence religieuse sur le domaine public : crèches de Noël, statues de saints, croix monumentales, monument Jean-Paul II à Ploërmel dont la croix a été retirée sur décision du Conseil d’État en 2017, statue de Saint-Michel aux Sables-d’Olonne, statue mariale à La Flotte-en-Ré.
Cette stratégie contentieuse s’inscrit dans l’histoire d’une organisation issue de la tradition anticléricale de la fin du XIXe siècle. Forte d’environ 4 000 adhérents revendiqués en 2023, la Fédération nationale de la Libre Pensée se définit comme rationaliste, pacifiste et attachée à une interprétation stricte de la loi de 1905. Elle s’est opposée aux chartes de la laïcité, à la loi dite « contre le séparatisme » et à toute régulation des signes religieux dans la sphère privée, tout en contestant systématiquement les symboles chrétiens sur le domaine public.
À Robion, la croix n’imposait rien, ne s’accompagnait d’aucune injonction, ne conditionnait aucun service public. Elle dominait simplement le paysage provençal. La décision du tribunal pose donc une question plus large : la neutralité de l’État implique-t-elle l’invisibilité des racines chrétiennes dans l’espace commun ? Ou bien se limite-t-elle à garantir que nul ne soit contraint ni favorisé en raison de sa foi ?
Le maire a choisi de contester la décision. Au-delà du cas d’un village de 4 800 habitants, l’affaire illustre un débat qui ne cesse de ressurgir : la laïcité comme principe d’équilibre ou comme instrument d’effacement. À force de procédures, la Libre Pensée poursuit dans la stratégie d’effacement anti catholique, tout en étant beaucoup plus silencieuses concernant d’autres religions. Reste à savoir si, dans l’opinion, cette lecture rigoureuse de 1905 est perçue comme une protection des libertés ou comme l’expression d’un zèle devenu militant.
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Une réponse à “Robion : la croix de Corilou condamnée, la Libre Pensée en croisade judiciaire permanente (mais sélective)”
La libre pensée un président franc mac..
Par contre rien sur les mosquées et les minarets.